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Liban : le moment décisif

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2006-03-09

Le Liban se trouve à une croisée des chemins historique. Il peut choisir de mener le Moyen-Orient vers une démocratie multiconfessionnelle pleine de vie ou de retomber dans les magouilles d’une vie politique corrompue sous tutelle étrangère. Cette dernière solution pourrait très bien mener à des troubles civils et peut-être même à une autre guerre civile.

En ce moment même, les leaders politiques libanais se rencontrent pour la première fois dans l’histoire contemporaine du pays sans que la Syrie, la France ou les États-Unis interfèrent. Tout le monde, depuis Saad Hariri, le fils de Rafik Hariri, le premier ministre qui a été assassiné, jusqu’au leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, participe au débat ouvert sur les questions qui divisent le pays, tout comme les leaders shiites, sunnites, grecs orthodoxes, chrétiens maronites et des communautés druzes.

Ce dialogue national, qui se déroule au centre de Beyrouth et explique que le centre ville soit bouclé pour des raisons de sécurité, s'est entamé le 2 mars et est prévu pour durer dix jours maximum. Il manque cependant un acteur : Émile Lahoud, qui réclame la présidence du Liban de droit de par son pouvoir syrien. L’absence de M. Lahoud n’est pas surprenante, puisque le débat porte sur le sort de son mandat illégal de président et sur le moyen de sortir de l’impasse que sa présence continue au pouvoir a imposé au pays depuis.

En effet, tout comme le fauteuil de M. Lahoud est vide, ainsi en est-il de la présidence libanaise, aux yeux du monde et de la constitution du pays, vieille de 150 ans. Il est vacant depuis septembre 2004 quand M. Lahoud, soutenu par la Syrie, a voulu faire passer en force une extension de six ans de son mandat devant le parlement libanais, qui élit le président.

Nous, les Libanais, pouvons déjà crier victoire après une année de lutte non violente pour l’indépendance et la démocratie. Nous avons réussi à placer la question de la présidence au centre de la scène politique libanaise. Le porte-parole du parlement, Nabih Birri, le Secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et Michel Aoun, leader du Mouvement patriotique libre sont peu enclins à trouver un nouveau chef d’État. Néanmoins, l’élection d’un nouveau président, démocratique et respectueux des lois, est acceptée par tout le pays comme essentielle pour abandonner le chemin meurtrier suivi par le pays avec l’extension du mandat de M. Lahoud.

C’est ce qui fut clairement prouvé le 14 février quand près d’un million de personnes se sont rassemblées pour commémorer le premier anniversaire de l'assassinat de Rafik Hariri. La seule exigence de cette foule était le départ de M. Lahoud. Ce jour-là, j’ai demandé avec insistance au leader druze Walid Jumblatt et au leader du Mouvement de l’avenir Saad Hariri, sunnite et héritier politique de son père assassiné, de mettre ce slogan au centre de leur campagne.

Le principal objectif du mouvement démocratique est de mettre en place un processus constitutionnel non violent pour remplacer M. Lahoud au poste de président via des élections libres et ouvertes. Nous sommes très clairement soutenu en cela par la communauté internationale, le Conseil de sécurité des Nations unies ayant accordé un soutien unanime à ma demande d’élections présidentielles. Le 23 janvier, le Conseil de sécurité a publié un communiqué exprimant son regret de constater que « des élections présidentielles libres et justes » n’aient pas encore été organisées conformément à la Résolution 1559 du Conseil de sécurité, adoptée le soir de l’extension du mandat de M. Lahoud.

Lors d’une réunion historique de la majorité parlementaire le 16 février, j’ai présenté un processus en quatre étapes pour achever, de manière constitutionnelle, notre révolte non violente contre les puissances étrangères. Il faut d’abord que la majorité populaire et parlementaire du Liban affirme qu'aucune solution n'est envisageable sans l'élection d'un nouveau président. Ensuite, une majorité de représentants parlementaires doivent signer une pétition pour déclarer nulle et non avenue l’extension du mandat de M. Lahoud. Puis, la majorité parlementaire doit formellement reconnaître l’illégitimité de M. Lahoud. Enfin, le Liban doit élire un nouveau président.

Le dialogue national qui est en cours actuellement nous place au cœur de la phase trois. Si, durant ce dialogue, un consensus est trouvé sur la nécessité d’élire un nouveau président, nous n'en serons que mieux. Sinon, il faudra réaliser les phases trois et quatre par d’autres moyens.

M. Lahoud n’a plus aucune importance. Une fois l’illégitimité du président formellement reconnue par une majorité parlementaire, ses actes seront considérés comme dépourvus de tout pouvoir constitutionnel et le processus d'élection d'un nouveau président sera fermement lancé. Cela ne peut être empêché que par la violence, ce qui est peu probable, tellement le consensus est fort pour déclarer le besoin d’un nouveau président pour le Liban, et le rejet de la violence est bien ancré dans tous les Libanais. Alors qu’il nous faut rester vigilant pour empêcher tout groupe extrémiste de faire dérailler le processus, le seul moyen d’y parvenir est d’accélérer le changement à la tête.

De mon point de vue, je comprends qu'il nous faut penser à l'avenir dans notre quête d'un nouveau président pour le Liban. C’est pourquoi j’ai proposé un programme qui répond aux questions centrales de la représentation effective des femmes au gouvernement, du besoin de traiter de toute urgence des problèmes de l’environnement, de renforcer la primauté du droit, la transparence, les responsabilités et d’aller dans le sens d’un suffrage universel pour les postes principaux de l’exécutif. J’ai également souligné que le Liban devait développer ses avantages comparés, particulièrement en matière d’éducation, de services et de finances. Toutes ces questions sont maintenant intégrées au débat national.

La classe politique libanaise traditionnelle ne l’apprécie peut-être pas, mais, comme de plus en plus de ses membres le reconnaissent aujourd’hui, le mouvement qui mènera à un nouveau type de présidence ne pourra plus être stoppé.

Chibli Mallat, candidat de l’opposition dans l’élection présidentielle libanaise, enseigne le droit et dirige le Centre d’études de l’Union européenne de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.

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