Friday, July 25, 2014
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A la traîne de la course aux investissements étrangers

En matière d’investissements directs à l’étranger (IDE), l’Amérique latine est dans une situation fort délicate. Il est vrai que les IDE entrants atteignaient environ 70 milliards de dollars en 2006 ; pourtant, ce chiffre est bien inférieur au pic de 1998-1999, et encore, une grande partie des IDE provient de sociétés d'Amérique centrale investissant dans des pays voisins, alors que les afflux de capitaux depuis l'Europe et les États-Unis ont chuté. En plus des nombreuses sociétés qui ont quitté la région, plusieurs investissements importants que la Chine avait promis (en particulier au Brésil) ne se sont pas concrétisés.

Dans les années 70, puis dans les années 90, la proportion globale de l’IDE mondial était de 17 % en Amérique latine. Elle n’est désormais que de 8 % (en 2006), après une moyenne de 11 % durant les cinq années précédentes. Parmi les pays en voie de développement, la part de l'IDE mondial de l’Amérique latine a également chuté, passant de 40‑50 % dans les années 70 à environ la moitié en 2006.

Les politiques de la région ont certainement pour priorité de résoudre les problèmes du chômage et des secteurs informels – où est produite près de la moitié des biens et services. La majorité des investissements et la croissance des sociétés nationales sont tributaires du prix des matières premières, qui est actuellement élevé et, par conséquent, ne favorise pas la création d'emplois. De même, les IDE affluent uniquement dans les secteurs qui consomment beaucoup de ressources, tandis qu’ils ont baissé du côté des services et quasiment stagné dans le secteur de la fabrication.

Les politiques publiques efficaces pour attirer des IDE de bonne qualité font défaut, notamment au niveau des exportations – car une amélioration pourrait avoir un effet multiplicateur à l’échelon national et créer des emplois de façon directe et indirecte. Toutefois, en plus d’un cadre juridique et de contrôle approprié pour garantir des liens avec l'économie nationale – qui manque aussi cruellement dans la quasi-totalité de la région –, la recherche d'investisseurs intéressants ne peut se faire sans un organe convaincant chargé de promouvoir les investissements étrangers.

Il faudra beaucoup d'imagination pour changer la façon dont les pays d’Amérique latine se vendent auprès des investisseurs étrangers. Vendre des produits destinés à l'exportation et vendre son pays à des investisseurs étrangers sont deux choses très différentes. Selon Padraic White, pionnier dans son domaine et responsable de l’Irish Industrial Development Agency (IDA-Ireland) de 1980 à 1990, il faut être créatif et capable de penser de façon innovante si l’on veut attirer les IDE.

White a fait observer que les promoteurs des IDE ne vendent pas un produit – ce rôle revient plutôt aux ambassadeurs à l'étranger. La technique de vente doit s'appuyer sur des notions fiscales et de contrôle et employer les jargons juridique et financier – ce dont seuls les experts sont capables. Il importe donc que la promotion des IDE se fasse séparément de celle des investissements internes et des exportations. Qui plus est, les investisseurs étrangers ne tiennent pas à faire affaire avec des diplomates ni avec des fonctionnaires : ils veulent parler à des experts du secteur privé qui comprennent les besoins techniques et financiers de leurs sociétés ou de leurs secteurs.

Par ailleurs, exception faite de CINDE, l’agence de promotion des investissements étrangers du Costa Rica créée à l’image d’IDA-Ireland, aucune autre agence d’Amérique latine n’est parvenue à adopter de bonnes pratiques. Bon nombre d’entre elles encouragent à la fois les investissements étrangers et les investissements nationaux, malgré les échecs passés de ce type d’arrangements institutionnels. En l’occurrence, l'Irlande a dû scinder les deux fonctions avant d'arriver à ses fins. De plus, la plupart des agences de promotion des IDE n'ont pas les ressources humaines et financières nécessaires pour réussir, compte tenu du manque de volonté politique pour les soutenir et supprimer les processus parallèles qui sèment le trouble dans l’esprit des investisseurs.

Pour être efficace, une agence de promotion des IDE doit être dirigée par une personne hautement qualifiée et ayant une excellente réputation dans le secteur privé, de bons contacts internationaux et une certaine aisance en anglais. Il importe tout autant que les activités menées au sein de l’agence ne soient pas en conflit d'intérêts (avérés ou potentiels) avec d'autres activités politiques ou personnelles, passées ou présentes.

Le directeur a pour rôle de constituer une équipe d’analystes présents sur les « points chauds » à l'étranger et dotés d’une intelligence économique – c’est-à-dire aptes à mener des recherches sur les marchés et les tendances, à identifier les sociétés qui conviennent aux pôles de compétences et aux niches que les pays souhaitent développer.

Il faut aussi que cette équipe se compose de « promoteurs » dépêchés sur place, de personnes spécialisées dans les relations publiques et ayant des connaissances techniques sur le pays et sur les pôles de compétences. Enfin, celle-ci aura besoin de « prestataires de services » locaux au fait des spécificités des pôles de compétences, afin d’aider les investisseurs étrangers dès lors qu’ils s’implantent dans le pays, pour qu'ils puissent rester et se développer.

Les investisseurs doivent faire face à une concurrence internationale brutale ; on ne peut donc s’attendre à ce qu'ils tombent du ciel. Si l’Amérique latine n'opte pas pour la bonne stratégie, elle continuera d’être à la traîne.

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