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Les trois voies de l’Amérique

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2007-04-19

La popularité en chute libre de George W. Bush, sa perte de contrôle sur le Congrès, les doutes persistants en matière d’économie et par-dessus tout le discrédit dû au fiasco en Irak ne font qu’accentuer la faiblesse caractéristique des présidents sortants américains. Si les dirigeants d’Amérique latine disposent des mêmes informations sur les difficultés et les tribulations du président Bush, leurs réactions au transfert de pouvoir qui se prépare aux Etats‑Unis sont pourtant de trois natures différentes.

La première réaction peut être qualifiée de réaliste : peu importe qui gouverne, l’important est d’obtenir des résultats concrets. Pour faire simple, le programme du président prime sur son identité. Mais les dirigeants d’Amérique latine comptent en même temps sur une continuité de la politique américaine.

C’est ce qui sous-tend l’accord du Brésil visant à inclure la question des biocarburants dans une déclaration commune, ainsi que la rencontre entre George W. Bush et Luiz Inácio Lula da Silva à Camp David. On peut en dire autant de l’intérêt de l’Uruguay pour un traité de libre échange avec les Etats-Unis en vue d’élargir les possibilités limitées de Mercosur – et étant donné que Bush est un adepte des accords d’échange bilatéraux. La Colombie, dont l’alliance avec les Etats‑Unis est antérieure au président Alvaro Uribe, veut maintenir le soutien américain à son niveau actuel et le Mexique inscrit désormais la lutte contre le trafic de drogue et l’immigration illégale au rang de priorités, conformément à la politique américaine. Le Chili et le Pérou s’alignent aussi sur les priorités américaines et mettent l’accent sur leur ouverture aux investissements américains.

La deuxième position de l’Amérique latine à l’égard des Etats-Unis se manifeste dans le « nis est » » » » »chavisme », typique des gouvernements populistes financés le plus souvent par le gaz et le pétrole, qui pratiquent la démocratie autocratique en ignorant toute séparation constitutionnelle des pouvoirs et faisant peu de cas des institutions indépendantes et de la presse. Ces gouvernements encouragent les réformes constitutionnelles et se prononcent en faveur des réélections perpétuelles et de soi‑disant nouvelles formes de participation qui, en réalité, phagocytent la démocratie représentative.

En tant que modèle politique, le chavisme s’appuie largement sur le nationalisme. Avec ou sans Bush, sa légitimité repose donc sur un antiaméricanisme grandissant. Le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et le Nicaragua ont opté pour ce modèle d’affirmation internationale, par ailleurs porté sur les politiques économiques statiques qui diabolisent les investissements étrangers.

Parallèlement, ces gouvernements pratiquent une diplomatie voulant que l’hégémonie américaine a été fort affaiblie par la guerre en Irak et qu’une politique de confrontation visant à affaiblir l’ennemi peut donc être profitable – ce qui explique l’étrange alliance de fait entre le Venezuela, l’Iran et le Belarus, et le rejet de la candidature du Venezuela à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU. En effet, cette conception des relations internationales repose clairement sur l’idée que l’influence ne va pas sans la puissance militaire.

Enfin, l’Argentine est un cas à part. Loin d’être réaliste, selon sa vision idéologique des relations internationales et à l’instar du président vénézuelien Hugo Chávez, le gouvernement de Néstor Kirchner associe l’anti‑américanisme au gouvernement Bush. Pour Kirchner, la victoire des Démocrates aux élections présidentielles de l’année prochaine ne fait pas de doute.

Mais rien ne garantit que même si les Démocrates l’emportent, ils opteront pour une politique étrangère différente. Après tout, cela n’a pas été le cas au moment de la transition de Clinton/Bush. De plus, les candidats qui sortent du lot, comme la sénatrice Hillary Clinton, ont soutenu l’invasion de l’Irak, alors que les Démocrates sont plus protectionnistes que les Républicains et moins prévisibles financièrement.

En fait, Kirchner devrait véritablement craindre une victoire démocrate. Roberto Shapiro, ancien numéro deux du ministère du Commerce du gouvernement Clinton et proche du parti démocrate, est actuellement vice-président d’American Taskforce Argentina. Cette alliance de fonds d’investissement et de créanciers institutionnels a durement pâti du fait que l’Argentine cesse d’assurer le service de sa dette internationale. Le ministère des finances du gouvernement Bush, contrairement à celui de Clinton, était plus proche des entreprises que des banques. La réaction américaine aux manquements de l’Argentine a certainement été plus tolérante qu’elle l’aurait été sous le gouvernement Clinton.

Soyons réalistes, l’Amérique latine n’occupera pas une place de premier plan dans la politique étrangère américaine à venir. Le terrorisme, la prolifération nucléaire, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, le Proche-Orient et la Chine sont des priorités bien plus élevées. Toutefois, cela ne veut pas dire que les Etats-Unis ne s’intéressent pas du tout à cette région. Une politique régionale cohérente pour l’Amérique latine, comparable à celle pour l’Asie et l’Europe, serait la bienvenue. Celui ou celle qui gouvernera bientôt les États-Unis devra en proposer une, de peur que les idéologues et les rêveurs d’Amérique latine ne prennent l’avantage.

Carlos Pérez Llana, ancien ambassadeur d’Argentine en France, est vice-président de la section de politique internationale à l’université du 21e siècle de Córdoba, en Argentine, et professeur à l’université T. Di Tella de Buenos Aires.

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AUTHOR INFO

Carlos Pérez Llana, a former Argentine ambassador to France, is Vice-President for International Affairs, 21st Century University, Córdoba, Argentina, and a professor at T. Di Tella University, Buenos Aires.