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Vivre dans l’histoire

LONDRES – Il y a peu, j’ai pris part à un débat public avec Paul Keating, ancien premier ministre australien. C’est un homme intéressant, un véritable intellectuel poussé par ses démons intérieurs à critiquer ceux qui n’accordent pas suffisamment de crédit à son rôle transformationnel dans la politique australienne et à dénoncer ce qu’il considère comme du verbiage et des mythes.

Il se trouve donc souvent au cœur de controverses, qui peuvent toutefois avoir une fonction éducative. Par exemple, il a récemment rejeté l’idée que les sacrifices australiens de la campagne Gallipoli de 1916, durant la Première Guerre mondiale, avaient quelque peu créé et sauvé sa nation. Pour lui, l’Australie a atteint la majorité plus tard à Kokoda, souvent qualifié de Thermopyle australienne, lorsqu’un petit groupe de jeunes soldats a résisté à l’avance de troupes de l’armée japonaise, dont le but était manifestement de prendre Port Moresby (Papouasie-Nouvelle-Guinée) et de menacer le continent australien. Pour Paul Keating, la bataille de Kokoda symbolise la vraie douleur de parturition d'une Australie indépendante, et non de quelque appendice colonial britannique à des fins impériales en Extrême-Orient.