Wednesday, November 26, 2014
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L'Amérique latine à la croisée des chemins

L'année qui vient de s'écouler a été décisive pour l'Amérique latine. De plus en plus nombreux sont les pays de la région qui paraissent déterminés à suivre une voie conforme leur intérêt, sans faire cas des desiderata des Etats-Unis. L'élection de José Miguel Insulza au poste de secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), ceci aux dépends du concurrent qui avait les faveurs du gouvernement Bush, montre on ne peut plus clairement le déclin de l'influence américaine à l'échelle du continent. Les USA ont non seulement perdu le contrôle de l'OEA qui œuvre en général à leur service, mais ils ne sont pas parvenus à persuader le Sommet américain 2005 de Mar del Plata en Argentine de signer une déclaration unanime en faveur de leur politique dans la région. Ce revers est d'autant plus frappant que le Sommet a été structuré de manière à soutenir la position des USA.

Tout au long de l'année dernière, les tentatives du gouvernement Bush pour mettre au pas le Vénézuéla ont également échoué. Le président Bush a tout simplement été incapable d'obtenir le soutien d'autres pays dans sa politique d'isolation du gouvernement du président Chavez. De même, il n'a pas obtenu l'aide d'autres pays de la région pour sa politique d'intervention directe dans le conflit intérieur de la Colombie.

Certes, tout n'est pas négatif pour l'Amérique. Ils ont soutenu avec succès l'élection du colombien Luis Alberto Moreno à la présidence de la Banque interaméricaine de développement, ce qui signifie que la Banque va sans doute poursuivre sa politique néo-libérale très orthodoxe. Mais il y a maintenant un clivage net entre les pays d'Amérique latine qui veulent poursuivre l'intégration régionale en toute indépendance et ceux qui souhaitent y parvenir sous la direction des USA.

Les premiers - avec en tête le Brésil, suivi par l'Argentine et le Vénézuéla - veulent construire une Communauté des Nations d'Amérique du Sud. Les pays du Mercosur - le Brésil et l'Argentine, ainsi que le Paraguay et l'Uruguay - veulent défendre leurs intérêts nationaux respectifs et aller vers un ordre international plus juste et plus démocratique, mais ils ne cherchent pas une confrontation avec qui que ce soit.

Les seconds - les pays qui ont une relation privilégiés avec Washington - comportent deux groupes : ceux qui agissent isolément comme la Colombie, l'Equateur et le Pérou, et ceux qui agissent dans une perspective régionale, essentiellement les pays d'Amérique centrale ainsi que la République dominicaine. Mais ils sont tous dans la ligne politique initiée par le Mexique et à un moindre degré, par le Chili.

Mais c'est le paysage idéologique de la région qui offre les contrastes les plus marqués. Si la confrontation entre le Vénézuéla et les USA s'aggravait et si le Front sandiniste de libération nationale remportait une victoire électorale au Nicaragua, l'onde de choc pourrait affecter politiquement toute la région. Le gouvernement Bush pourrait considérer la formation possible d'un triangle formé par Cuba, le Vénézuéla et le Nicaragua comme une menace directe vis-à-vis de la stabilité régionale, et placer l'Amérique latine dangereusement en tête de son agenda sécuritaire. Le triomphe du Mouvement pour le socialisme d'Evo Morales en Bolivie ne peut qu'alimenter cette anxiété.

Certes, on ne peut considérer l'Amérique latine de 2005 qu'à l'aune de ses relations avec les USA. La situation interne de nombreux pays, comme Haïti, l'Equateur et le Bolivie, qui sont en crise politique et institutionnelle quasi permanente, est des plus préoccupante. Malheureusement, les causes structurelles de ces crises ne vont pas disparaître en 2006. Différents problèmes internes vont sans doute exacerber les tensions régionales. En 2005, le Chili et le Pérou se sont opposés sur la question de leurs frontières maritimes. En Bolivie, un courant revanchard se développe en utilisant les exportations de gaz comme moyen de pression, pour récupérer un accès à la mer qui lui a été ravi par le Chili au cours du 19° siècle. Le conflit entre le Costa Rica et le Nicaragua au sujet de la navigation sur le San Juan, ainsi que la crise de nature juridictionnelle entre la Colombie et le Vénézuéla ne font qu'aggraver les tensions régionales.

Toutes ces tensions menacent d'entraîner une nouvelle course aux armements, ceci alors que les premiers problèmes qui se posent à la région sont la pauvreté, les inégalités et la marginalisation des peuples indigènes. Si on ne leur apporte pas de solution, la région pourrait s'en trouver déstabilisée.

Enfin, une émigration massive ne fait que renforcer les inquiétudes concernant la région. Ce n'est pas seulement une question d'immigration clandestine aux USA. Ces mouvements de population engendrés par la misère et également, surtout dans le passé, par une violence à grande échelle, interviennent aussi entre les pays d'Amérique latine eux-mêmes. Il ne sera pas facile aux dirigeants de la région d'éviter qu'ils n'entraînent des violences dans les mois et les années à venir.

Dans toute l'Amérique latine, si rien n'est fait pour lutter contre la pauvreté et la violence, les tensions vont croître. La région se trouve à la croisée des chemins : on verra en 2006 si l'Amérique latine replonge dans le chaos du passé ou si, dans le respect de la démocratie et des libertés, elle parvient à créer sa propre voie vers la croissance et la stabilité.

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