Friday, August 29, 2014
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Terre de paix au Kosovo

BELGRADE – La quête de rêves impossibles a conduit la Serbie et le Kosovo dans une impasse. Un retour au conflit armé est probablement impossible – du moins pour l’instant – compte tenu de la présence militaire de l’ONU au Kosovo (bien qu’elle sera réduite de moitié dans les prochains mois à seulement 5000 hommes). Mais le manque d’effort de part et d’autre pour parvenir à un compromis durable au sujet du différend sur l’indépendance du Kosovo menace d’affaiblir nombre des progrès réalisés pour la stabilité et la démocratie dans les Balkans occidentaux.

Une ouverture pour des négociations entre la Serbie et le Kosovo a été obtenue grâce à une résolution conjointe entre l’Union Européenne et la Serbie aux Nations Unies, établissant un cadre de dialogue. Cela a constitué un triomphe pour Madame la Baronne Catherine Ashton, Haute Représentante et chef de la diplomatie de l’UE, qui s’est assurée du soutien des états membres de l’Union Européenne (y compris des cinq pays qui ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo), des Etats-Unis, de la Serbie et du Kosovo.

Cette résolution reflète l’âpre réalité à laquelle la Serbie est maintenant confrontée. Même si la Serbie considère toujours le Kosovo comme une de ses provinces, certains membres clé de la communauté internationale ont investi trop de capital financier et politique au Kosovo pour accepter de reconsidérer la question de son statut politique.

La Serbie doit aussi faire face au fait que son adhésion à l’Union Européenne est impossible tant que ce désaccord n’est pas résolu. L’UE veut éviter un autre Chypre, où le pays candidat occupe en partie un pays membre. Plus près, le récent désaccord entre la Croatie et la Slovénie au sujet de leurs frontières maritimes a failli saborder le projet d’adhésion de la Croatie.

Mais le gouvernement du Kosovo aussi a intérêt à ce qu’un accord soit conclu. Dans son empressement à déclarer unilatéralement son indépendance, le Kosovo s’est condamné à un avenir international incertain. La résolution de l’ONU encouragée par Mme Ashton ne se réfère ni n’endosse l’indépendance du Kosovo. En l’état actuel de la situation, en effet, le Kosovo ne peut rejoindre l’UE, l’OTAN ou l’ONU, dont les deux tiers des membres, y compris deux membres permanents du Conseil de Sécurité (la Russie et la Chine), ne reconnaissent pas son indépendance.

Malgré la dureté de leur rhétorique, les deux parties savent qu’elles doivent lâcher du terrain – et pas seulement au sens figuré. Une séparation officielle et mutuellement acceptable du Kosovo – un échange territorial du type dont presque tout le monde reconnait qu’il serait la seule solution viable au conflit israélo-palestinien – pourrait permettre de parvenir à un accord complet et final.

Adjoindre à la Serbie trois municipalités du nord Kosovo (Leposavić, Zubin Potok, et Zvečan) autour de la ville de Mitrovica, et la ville elle-même au nord de la rivière Ibar, permettrait de supprimer un obstacle majeur. Cette région ethnique à majorité serbe de quelques 70 000 habitants est devenue de plus en plus rétive depuis la déclaration d’indépendance du Kosovo. Le Kosovo ne pourrait probablement jamais gouverner ce territoire que les habitants d’origine albanaise ont presque tous quitté. 

En effet, il y a peu d’égard accordé au gouvernement du Kosovo dans le nord à majorité serbe (Ibarski Kolašin), en partie parce qu’il n’a pas réussi à éviter que la zone soit envahie par des organisations criminelles. De plus, les contingents de l’ONU et de l’UE, ainsi que les forces de l’OTAN au Kosovo n’ont pas su, ou pas voulu, renforcer le mandat du gouvernement en Ibarski Kolašin, et peu d’attention a été accordée à la débandade de son économie. 

En contradiction avec cette attitude négligente, le gouvernement serbe entretient, lui – au prix d’un coût considérable – un nombre important de fonctionnaires et une administration parallèle pour préserver son influence. Les Serbes locaux craignent que le gouvernement de Priština ne recherche qu’à imposer son pouvoir sur les zones à majorité serbe plutôt que de s’engager avec eux, en tant que citoyens du Kosovo, égaux devant la loi.

L’argument en faveur de la partition est aussi d’ordre historique : ces districts faisaient partie de la Serbie jusqu’à ce que Tito ne redessine les frontières intérieures de la Yougoslavie dans les années 50. Si la Serbie devait récupérer une partie du nord Kosovo, son gouvernement devrait concéder la souveraineté sur des communes isolées du sud Kosovo où vivent encore des communautés serbes, comme Strpce et Novo Brdo. Des garanties sur les droits civiques et politiques des minorités seraient exigées, ainsi que l’assurance de la préservation des sites orthodoxes serbes comme le Monastère Pec.

Ce qui pourrait permettre de conclure un accord final acceptable pour les deux parties serait une proposition de la Serbie de restituer une partie de son territoire dans la vallée à majorité albanaise de Preševo sur le flanc oriental du Kosovo. Cette volonté courageuse et visionnaire de la Serbie, capable d’accepter un échange territorial en faveur de la paix, soulèverait probablement un sentiment nationaliste interne, mais cela obligerait surtout le Kosovo à exprimer ses propres concessions.

L’idée d’une partition du Kosovo en ces termes n’est pas nouvelle. L’écrivain et théoricien politique serbe Dobrica Ćosić l’avait proposé dans les années 70, conscient probablement de l’inévitable fragilité de la Yougoslavie post-Tito. L’idée a depuis été largement abandonnée par les puissances occidentales. L’ancien président finlandais et prix Nobel Martti Ahtisaari, qui pourrait prétendre à la paternité de la nation Kosovar, la rejette d’emblée.  

C’est uniquement cette intransigeance internationale – et celle du gouvernement du Kosovo – qui barre la route à l’idée de la partition comme solution juste et équitable. Les élites politiques serbes, dynamiques et plutôt jeunes, semblent prêtes à tourner la page et à faire des sacrifices pour assurer un avenir durable à la Serbie au sein de l’Union Européenne (et peut-être aussi à l’OTAN.)

L’apparente réticence du Kosovo à accepter jusqu’à présent un compromis peut être imputée à l’instabilité de son paysage politique (le gouvernement s’est effondré fin octobre et de nouvelles élections devraient avoir lieu). De plus, le nord-ouest du Kosovo est une région minière potentiellement importante, et donc une source d’emplois et de revenus que le gouvernement répugne, et c’est compréhensible, à abandonner.

Les opposants à la partition craignent d’ouvrir la boîte de Pandore d’autres dossiers sensibles dans les Balkans. La Republika Srpska pourrait chercher à quitter la Bosnie-Herzégovine pour se raccrocher à la Serbie, et le nord de la Macédoine tenterait de rejoindre l’Albanie. Mais l’intégrité territoriale et les frontières internationales de ces pays, contrairement au Kosovo, sont fixées et reconnues internationalement depuis 15 ans.   

Le statu quo n’est pas tenable sur le long terme. Les deux parties mettront en danger leurs propres intérêts stratégiques s’ils persistent dans leur approche jusqu’au-boutiste. Et les responsables kosovars devraient considérer le fait que si cette impasse devait persister encore longtemps, le soutien financier massif de l’Occident pour leur état sera de plus en plus difficile à défendre, surtout compte tenu de l’austérité budgétaire ambiante.

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