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L’OTAN et les républiques baltes

Mart Laar

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2001-11-14
La rencontre entre le président Poutine et le président Bush, au Texas, démontre que les relations entre ces deux grands pouvoirs sont engagées sur une nouvelle voie. Mais la question de l’élargissement de l’OTAN doit encore être examinée.

Les petites nations telles que l’Estonie n’ont jamais pu traiter leur défense comme une question secondaire. À travers les âges, elles ont cherché une place appropriée dans l’ordre mondial pour survivre. Faire cavalier seul les a toujours conduit au désastre. La priorité de l’Estonie aujourd’hui est d’assurer sa souveraineté grâce à une alliance avec des pays partageant sa vision politique.

À travers le 20ème siècle, l’Estonie essaya d’atteindre ce but, mais, malheureusement, sans aucun résultat positif. Notre tentative pour éviter un conflit avec l’Union soviétique avant la deuxième guerre mondiale fut une erreur coûteuse qui eut pour résultat des décennies d’occupation, des milliers de vies perdues et gâchées, et un développement économique freiné.

Nous nous sommes assurés, il y a dix ans, une nouvelle chance de restaurer notre indépendance. L’Estonie n’a pas eu besoin de longuement réfléchir sur les choix qui s’offraient à elle. Son sentiment d’appartenance à l’Europe, à la civilisation occidentale, a toujours dominé l’esprit de la république estonienne. Ainsi, les priorités de notre politique étrangère – notre entrée dans l’Union européenne et dans l’OTAN – sont des choix naturels.

En fait, entrer dans l’UE et à l’OTAN sont deux buts complémentaires et non pas contradictoires. Comme le disait Lord Robertson, secrétaire général de l’OTAN, l’UE et l’OTAN sont « les deux moitiés d’une même noix ». Le fait de ne pas appartenir à ces organisations est le résultat du pacte Molotov-Ribbentrop (le pacte Hitler-Staline) de 1939 et de l’occupation soviétique des républiques baltes. Cela n’a jamais été un choix fait librement de la part du peuple estonien. Si l’histoire avait pris un tournant différent, nous aurions pu devenir l’un des premiers membres de chacune de ces deux structures.

Et pourtant, notre désir d’entrer dans l’OTAN est considéré comme surprenant. Pourquoi les républiques baltes cherchent-elles à entrer dans l’Alliance atlantique ? La raison principale est, en fait, la même raison qui fait qu’aucun pays n’a jamais choisi de quitter l’OTAN : l’OTAN est le fondement de leur sécurité.

Bien que toutes les républiques baltes soient maintenant intégrées à la communauté internationale, notre sécurité est source d’inquiétude. Nous cherchons donc à améliorer la sécurité et la stabilité de la région et considérons l’OTAN comme le meilleur moyen d’y parvenir. En outre, l’OTAN possède une dimension économique, au-delà de son rôle sécuritaire. Entrer dans l’OTAN améliorerait notre « facteur risque » aux yeux des investisseurs, comme cela s’est passé en Pologne, en Hongrie et pour la République tchèque, quand elles sont entrées dans l’Alliance.

Malgré ces avantages, certains prétendent que l’élargissement de l’OTAN aux républiques baltes créerait de nouvelles divisions en Europe. Mais cela sous-entend que les anciennes divisions resteraient bien présentes. De plus, aucune limite n’est fixée. L’appartenance à l’OTAN est un libre choix de la part des pays aspirant à en devenir membres, et une acceptation libre de la part des pays membres. D’autres pays partagent peut-être ces aspirations ; d’autres pays pourront rejoindre l’OTAN.

Pourtant, les sceptiques déclarent que l’appartenance à l’OTAN n’est pas nécessaire, que l’entrée dans l’UE devrait suffire. Bien sûr, l’appartenance à l’UE apportera probablement un degré de sécurité, puisque tout défi sécuritaire auquel l’UE est confrontée implique à coup sûr la participation de l’OTAN. L’UE en elle-même, cependant, n’est pas une organisation de défense collective. Coordonner ces deux appartenances d'aussi près que possible améliorera la clarté et la sécurité.

L’alternative suggérée aux républiques baltes en remplacement de leur entrée dans l’OTAN est celle de la neutralité, comme la Finlande et la Suède. Mais dans l’Europe d’aujourd’hui, la neutralité dans son sens traditionnel n’existe pas. En effet, à quel sujet resterions-nous neutres ? Nous imposer la neutralité revient à faire des républiques baltes un cordon sanitaire, un territoire éventuellement disputé, ou une simple zone d’influence à l’intérieur de laquelle les républiques baltes seraient incorporées contre leur volonté.

Puisque la neutralité et l’appartenance à l’UE ne sont pas des options sécuritaires viables pour certains, ils pensent que nous devrions chercher des garanties qui se rapprochent de l’appartenance à l’OTAN. Superficiellement, cela semble acceptable et pourrait même offrir des bénéfices sans contrepartie en matière de sécurité. De telles garanties, cependant, transformeraient les républiques baltes de sujets des relations internationales en objets de ces relations.

En tant qu’historien, je connais les risques inhérents à cette option. Au cours du siècle dernier, les Estoniens crurent aux garanties de sécurité qu'on leur proposait alors que les Finnois n’y crurent pas. La Finlande perdit une guerre sanglante contre l’Union soviétique, mais garda son indépendance. Nous avons choisi la paix mais perdu notre souveraineté. Si l’on compare les pertes humaines en Finlande et en Estonie à travers le 20ème siècle, il est clair que d’avoir essayé d’éviter un conflit armé et d’avoir accepté des garanties écrites a nécessairement donné lieu à de plus grandes pertes, en termes de pourcentage, en Estonie qu’en Finlande.

C’est pourquoi notre croyance dans une sécurité collective est si aiguë. C’est la raison pour laquelle nous comprenons le besoin de ne pas seulement être « consommateurs » de sécurité mais aussi pourvoyeur de sécurité. Pendant des années l’Estonie a participé à différentes opérations de maintien de la paix, et bien que sa contribution soit numériquement peu élevée, en termes de pourcentage, elle est plus importante que celle d’autres pays. Nous faisons donc bien partie intégrante de la « sécurité assurée » en Europe avant même de prendre part à la « consommation sécuritaire ».

Même si la question de savoir « si » les républiques baltes doivent entrer dans l’OTAN reçoit une réponse positive, il reste à savoir « quand » cela devra se produire. Le sommet de l’OTAN à Prague en février prochain est un moment décisif. Certains peuvent prétendre qu’une question aussi controversée devrait être retirée de l’ordre du jour en ces temps d'incertitude. Cela peut sembler pragmatique. Mais cela serait comme de reporter une visite de routine chez le dentiste. Les problèmes ne feraient qu’amplifier.

Appartenir à une alliance est une des décisions les plus importantes pour la souveraineté d’une nation. Elle ne peut pas faire l’objet du veto d’un tiers ou de facteurs géopolitiques. Refuser à un pays le choix de ses alliances sur des questions de géographie et d’histoire crée un vide sécuritaire. En Europe, cela est synonyme de zone d’instabilité.

L’élargissement de l’OTAN aux républiques baltes nécessitera résolution et volonté politique de la part des membres de l’alliance. De notre côté, cela nécessitera un travail personnel pour être prêt à entrer dans l’Alliance au sein de laquelle les républiques baltes seront la preuve vivante que l’OTAN n’est pas une question de guerre et d’agression, mais bien une question de paix, de démocratie et de stabilité.
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AUTHOR INFO

Mart Laar    Mart Laar
Mart Laar is a former Estonian Prime Minister and now a member of the Estonian National Parliament.