Wednesday, July 30, 2014
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La tête froide face aux têtes nucléaires

CANBERRA – Il peut être exagéré d’avancer, comme après la marée noire survenue il y a deux ans dans le Golfe du Mexique, que ce que la plupart des Américains veulent, c’est un président qui garde son sang-froid face à la crise, sauf quand crise il y a. Mais de tous les reproches dont l’accablent ses détracteurs, c’est celui de son trop grand détachement que la plupart des étrangers ont le plus mal à admettre: tout en neurones et aucun globule rouge.

Or en matière de défense et de diplomatie, une réponse sereine et mesurée aux provocations immodérées, souvent rencontrées sur ce terrain, est ce que le monde attend du dirigeant de la superpuissance régnante, ce dont le monde a besoin. Pour ce qui est de la Corée du Nord et de l’Iran, en raison du potentiel de destruction des armes détenues ou en passe d’être fabriquées par ces pays, ce besoin bat tous les records.

Avec la Corée du Nord, les provocations continuent à s’intensifier. A peine trouve-t-on une entente qu’elle est immédiatement piétinée. L’Accord de février prévoyait que la Corée du Nord, en échange d’une aide alimentaire américaine, accepterait la venue d'inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique, la suspension de son programme d’enrichissement de l’uranium et un moratoire sur les lancements de missiles à longue portée et les essais nucléaires. Un peu moins d’un mois plus tard, le lancement d’un satellite change la donne, même s’il s’agit d’un échec lamentable.

On peut redouter aujourd’hui qu’un sentiment d’humiliation ne pousse le nouveau dirigeant Kim Jong-un à ordonner de nouveaux essais nucléaires ou à se livrer à des démonstrations de force. La Chine semble ne pas pouvoir ou ne pas vouloir calmer la frénésie de son voisin. En Corée du Sud, et notamment au Japon, les nerfs sont à vif.

L’administration Obama a eu raison de ne pas se montrer trop effrayée de tout cela. La réaction américaine s’est distinguée par sa fermeté, par le réconfort qu’elle apporte à ses alliés et par le refus clair des stratagèmes. Elle a évité de faire grimper la température. La fidélité à ses trois principes – endiguement, dissuasion et négociation – est exactement la bonne voie à suivre.

La dénucléarisation de la péninsule coréenne – en contrepartie du maintien du régime du Nord et d’un important soutien économique – n’est peut-être plus qu’un vieux rêve. Mais il n’est pas encore tout à fait inaccessible. Nous l’oublions aujourd’hui, mais nous avons failli voir ce rêve se réaliser lors de l’accord général signé au milieu des années quatre-vingt dix, auquel j’ai participé en tant que Ministre des Affaires étrangères.

Ce qui était à l’œuvre alors l’est encore aujourd’hui. Malgré leur politique de la corde raide, les dirigeants nord-coréens n’ont aucune intention de se suicider, contrairement à ce que pourrait laisser croire leur recours à un arsenal nucléaire encore très modeste .

Avec l’Iran, les enjeux ont toujours été plus sérieux. Si l’Iran se dotait d’armes nucléaires, l’éventualité d’une course à l’armement dans cette partie du monde (en commençant par l’Arabie saoudite) – et donc d’une guerre nucléaire, accidentelle ou intentionnelle, serait bien plus réelle que le risque de prolifération en Asie du Nord-Est. D’autant qu’il suffit d’une arme nucléaire ou deux pour détruire un pays de la taille d’Israël. En conséquence, la pression exercée sur Obama pour ce qui est de mettre un terme aux agissements de l’Iran est bien plus importante que lorsqu’il s’agit de la Corée du Nord, et cette pression devrait atteindre des seuils presque intolérables durant cette année d’élections.

Mais jusqu’ici, encore une fois, la réponse d’Obama s’est avérée être exactement la bonne – sereine et mesurée; il a évité tout aventurisme militaire et a réussi à en détourner Israël; il est resté fidèle aux trois mêmes principes d’endiguement, de dissuasion et de négociation. Reste à voir si les pourparlers qui s’engagent entre l’Iran et le groupe des 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Allemagne) porteront leurs fruits. Mais comme les sanctions financières de l’année passée se font aujourd’hui durement sentir, des signes d’encouragement ont fini par apparaître.

Ce qui complique les choses pour Obama, c’est l’idée répandue que l’Iran tient absolument à se munir d’un arsenal nucléaire, que tout le reste n’est que mensonge et que des négociations ne permettraient au mieux qu’une temporisation. Mais il est encore possible de parvenir à un règlement négocié qui reconnaisse à l’Iran un “droit à enrichir” de l’uranium, tout en rassurant la communauté internationale sur le fait que la ligne rouge de la militarisation ne sera pas franchie. C’est la conviction que j’ai acquise au cours des dix ans où j’ai présidé le Groupe international de crise, et je sais que nombre de responsables politiques américains et internationaux partagent cette opinion.

Les calculs iraniens, tels que je les ai entendus, reflètent cinq données. Premièrement, le souci de l’Iran de s’épargner les frappes préventives d’Israël et une guerre dont il ne pense pas pouvoir sortir vainqueur. Deuxièmement, la certitude que toute bombe chiite sera bientôt égalée par une bombe sunnite, et que l’hégémonie régionale risque d’être brève. Troisièmement, l’Iran a peur que les Russes et les Chinois ne se lassent de ses appétits nucléaires. Quatrièmement, il veut éviter une aggravation de la dureté économique que ne manqueraient pas d’infliger des sanctions universellement appliquées. Enfin, et de façon intéressante (si ce n’est très convaincante), tous les dirigeants iraniens s’ingénient à soutenir que les armes de destruction massive sont incompatibles avec les principes fondamentaux de l’islam.

L’ardeur belliciste exerce souvent plus d’attraits que la poursuite réfléchie et patiente des chances de paix. Le monde devrait être profondément reconnaissant du fait que, sur la prolifération nucléaire comme sur d’autres questions, nous ayons, en la personne du président actuel des Etats-Unis, quelqu’un qui privilégie instinctivement la raison au détriment de l’émotion.

Translated by Michelle Flamand

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  1. CommentedZsolt Hermann

    The truth is it is completely irrelevant if the next American president is an iceman or a hot headed cowboy.
    We keep forgetting that we live in a totally interconnected and interdependent system where all elements have equal importance.
    We still think and behave in terms of a polarized political and economical system, where temporary alliances are formed against a third party, constantly watching over our shoulders if the situations have changed, many times previous allies become mortal enemies, or the other way around, and there is no end in sight for these games.
    Actually the situation we are in is the result of such thinking and behaving, if there was a true, mutually responsible supra/national cooperation and governance, "rogue states" would not be able to play this flirting game, trying to pitch "superpowers" against each other, creating stand offs they can benefit from.
    If we want true solutions, we have to grow up, and start behaving according to our global, integral system, trying to understand that none of our present problems are solvable alone, or bilaterally or even regionally.
    Or at least we have to realize the fact that in case a nuclear calamity breaks out anywhere we all are going to pay a terrible price for it, even in Australia.
    There is nowhere to hide in the world today.

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