Monday, April 21, 2014
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Les dangers du pouvoir financier

WASHINGTON – La récente controverse sur la gouvernance de JPMorgan Chase masque un problème de plus grande ampleur. Au-delà de la victoire de Jamie Dimon qui conserve le double rôle de président et de directeur général du conseil d'administration, il y a eu un échec majeur, celui du conseil d'administration lui-même - un problème qui touche presque toutes les banques géantes de la planète.

C'est évident dans le cas de JPMorgan Chase. Le récent rapport de la commission d'enquête bipartisane présidée par les sénateurs Carl Levin et John McCain sur l'infâme affaire de la "baleine de Londres" est un exemple parmi d'autres. Cette firme n'est sans doute pas prête d'en terminer avec son passé, car elle est encore confrontée à une litanie de plaintes.

Mais le problème est beaucoup plus large : pas une seule grande banque de dimension internationale ne dispose d'un conseil d'administration (CA) réellement efficace. Leurs membres sont à plat ventre devant le directeur général, n'examinent pas de prés ses décisions et à quelques rares exceptions, se contentent d'entériner ses demandes d'indemnité. Le manque de vigilance des CA des grandes banques tient à trois raisons :

1) La plus importante est l'absence de régulation par le marché. Il n'est pas possible de construire un actionnariat important et de l'utiliser pour faire pression sur le CA - et encore moins pour lancer une prise de participation hostile. De ce point de vue, l'affaire de la "Baleine de Londres" est exemplaire. La pression exercée sur JPMorgan Chase était dérisoire, elle ne pouvait rien changer. C'est avant tout parce que les régulateurs, malgré tout ce qu'ils peuvent dire, protègent les banques géantes de la discipline imposée par les marchés. "L'importance systémique" est devenue un bon prétexte pour cela (une raison supplémentaire pour laquelle les dirigeants veulent que leur firme soit considérée comme trop grande pour faire faillite).

2) La plupart des membres des CA n'ont pas les compétences requises. Lesquels d'entre eux chez JPMorgan ou au Citigroup ont véritablement l'expérience d'opérations financières complexes de grande envergure (ce dont dépendra la survie de ces firmes financières au cours des dix prochaines années). Lesquels d'entre eux comprennent non seulement les risques macroéconomiques sur lesquels tout le monde s'accorde, mais les risques extrêmes (des évènements de faible probabilité, mais aux conséquences gravissimes) qui interviennent presque toujours dans les crises financières ? La grande majorité d'entre eux ne disposant pas des compétences voulues, ils ne posent pas de questions gênantes. Et cinq ans après la plus grande crise financière de ces 80 dernières années, ceux qui disposent de ces compétences au sein des banques géantes se comptent sur les doigts de la main.

Aussi, rien ne pousse les responsables de ces banques à faire la transparence sur leurs prises de risque. Les membres du CA sont ainsi maintenus dans l'ignorance, ce qui leur sert d'excuse pour justifier leur peu de compréhension des opérations financières menées par leur banque.

Une gouvernance efficace peut exister dans différents cadres formels. En principe un administrateur en chef externe disposant du pouvoir voulu peut être aussi efficace qu'un président indépendant - ce que l'on a d'ailleurs pu noter au cours des dernières semaines. Mais quel conglomérat bancaire dispose d'un tel administrateur en chef aujourd'hui ? Quels membres d'un CA peuvent et veulent tenir tête au directeur général ? En tout cas on n'a rien vu de tel récemment à KPMorgan Chase.

3) Les régulateurs eux aussi ont été rendus inoffensifs face au directeur général d'une banque géante. Ils pourraient s'ils le voulaient accroître le pouvoir des CA ou au moins leur conférer un minimum d'efficacité. Ainsi, ils peuvent renforcer les qualifications exigées pour devenir administrateur de banque (les USA par exemple font preuve de laxisme en ce domaine). Au lieu de cela ils restent les bras croisés, tandis que les CA des banques restent des clubs qui s'autoperpétuent, dont l'appartenance est surtout destinée à flatter l'ego de leurs membres.

Les régulateurs se comportent ainsi tout simplement parce qu'ils ont peur. Ils craignent essentiellement que s'ils sont exigeants en matière de gouvernance bancaire cela ne perturbe le flux du crédit. C'est une crainte totalement infondée, mais c'est ainsi que pensent et agissent les régulateurs modernes - dans un état d'anxiété irrationnelle permanent.

Les banques en question sont si importantes pour l'économie qu'il est presque impossible de les réglementer. Or chaque fois qu'un petit groupe d'individus acquiert un pouvoir conséquent par rapport à l'Etat et à chacun d'entre nous, cela engendre des troubles importants. Le pouvoir corrompt et le pouvoir financier corrompt le système financier.

Dans les années qui ont conduit à la crise de 2008 et à la récession sévère de longue durée qui a  suivi, les grandes banques ont été mal gérées - avec un mélange toxique d'orgueil démesuré, d'incompétence et d'endettement excessif. Or leurs problèmes de gouvernance sont pires aujourd'hui qu'ils ne l'étaient en 2005 ou en 2007. Le même scénario pourrait donc se répéter.

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  1. CommentedGunnar Eriksson

    All large banks should be required by society to present a mission for their operation with demonstrated strategies for its implementation. Large organizations consist of people and a mission will be a backbone for their daily actions. This course would be less scary for the political class and should in a later stage improve the ability to both legislate and enforce existing laws.
    For a bank a simplified mission should be “to absorb the savings of society (private and public) and transfer those to accessible credits for creative ventures at reasonable risk”. The better the organization fulfils the mission the more profitable it should be judged. Today the leftovers when executives have remunerated themselves are handed over to equity holders (that at the most are exposed to a minimal risk) as profit. Executives remuneration and dividends related to equity should be defined as cost for the operation.

  2. CommentedLiz Banker

    Had the per share value been low as it is with its nearest TBTF competitor, the outcome of last Tuesday's referendum on Mr. Dimon would have been different; (Exhibit A: BofA's acquisition of CW; Kenneth Lewis taking an early retirement rather facing very angry shareholders). The JPM Chase tally wasn't even close (unfortunately) but a wake-up call to Chase management for some organizational changes, will evolve. It's hard to fathom what qualifies some of these board members to occupy the round table; perhaps it functions more like a quasi-governmental agency of who you know more so than what you know; are lobbied in a similar manner; holds little accountability, minimal transparency, and lacks public interest. Senator Elizabeth Warren has retained the same publishing rights attorney as the ex-U.S. Treasurer Mr. Geithner for their respective accounts of TBTF, in 2014. That outta make for some interesting reading in the parallel universe.

  3. CommentedFrank O'Callaghan

    The big banks are not essential to the functioning of the economy. They are essential to it's dysfunction.

    These financial institutions have destroyed much wealth and mis-allocated more. They have consistently and grossly over-rewarded their own failures. They have generated great and increasing misery for a great many people who have had no part in the casino circus that has run amok with the past thirty years.

    Supine governments have betrayed their electorates in favour of these parasites. The boards of the banks are the creatures of the CEOs. They are less than a flimsy loincloth. They preserve dignity only with the collusion of those who deliberately look away.

    Galbraith long ago pointed out that the technocracy ruled the corporations. It is as true now but even more blatant.

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