Wednesday, April 16, 2014
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Le Centrisme l’a emporté en Israël

JERUSALEM – Les élections israéliennes consacrent la victoire du centrisme et du consensus national, qui donnent les clefs, non seulement pour bien interpréter le décompte des voix, mais aussi pour pouvoir apprécier l’opinion publique israélienne, se représenter le prochain gouvernement et s’expliquer ses choix politiques.

La plupart des Israéliens se sont forgés, de par leur expérience, une conception du monde faite d’un mélange de traditions de gauche et de pensée de droite. En contrepartie d’une paix véritable et durable, ils sont prêts d’un côté à fournir une solution politique globale, fondée sur la création d’un Etat palestinien. Mais de l’autre, ils ont conscience de ne pas avoir en face d’eux un leadership palestinien assez fort ou modéré, à même d’y parvenir.

La gauche et la droite ont, l’une comme l’autre, fait fausse route. La première a beaucoup concédé et s’est montrée prête à prendre de gros risques au nom de la paix. Mais face à des forces aussi radicalisées que l’Iran, la Syrie, le Hamas et le Hezbollah, qui toutes ont juré la destruction d’Israël, il est impossible d’envisager un accord fiable. L’Autorité palestinienne a beau être moins excessive, elle manque de poids, le contrôle de Gaza lui échappe et elle compte toujours dans ses rangs des partisans de la ligne dure.

La montée en force du Hamas et sa détermination à mener une guerre permanente contre Israël ont achevé de décrédibiliser cette approche. La menace croissante de la puissance et du programme nucléaire de l’Iran, ainsi que les niveaux élevés – voire en augmentation – de la haine contre Israël parmi les Arabes et les Musulmans, également. Par ailleurs, le monde n’a félicité Israël ni pour ses concessions, ni pour les risques qu’elle a pris. Tout au contraire, plus Israël a donné, plus le pays a été, sur bien des fronts, en butte au dénigrement et à l’hostilité.

Parallèlement, le mantra de la droite – victoire – n’a conduit ni au changement de gouvernement en Iran et en Syrie, ni à l’élimination du Hamas et du Hezbollah. Se cramponner éternellement aux territoires occupés ou fonder des colonies juives ne font plus figure que d’illusions vidées de tout désir, et en la matière, Israël ne bénéficie quasiment d’aucun soutien international.

Toute alternative au statu quo constituant une impasse, il apparaît qu’Israël traverse une longue période de transition, où les anciennes idées ne fonctionnent pas et où la nécessité d’une nouvelle approche se fait sentir. Kadima, le parti de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, le Likoud du chef de l’opposition Benyamin Nétanyahou et le Parti travailliste du ministre de la Défense Ehoud Barak se rangent tous trois – avec des nuances très secondaires – sous la bannière du consensus centriste, qui est aussi le reflet d’un consensus national populaire.

Par conséquent, quel qu’en soit le futur Premier ministre, le prochain gouvernement ne transigera réellement avec les Palestiniens sur la coexistence des deux Etats qu’avec la certitude que la fin du conflit et une paix longue et stable en résultent. Ceux qui pensent que l’Autorité palestinienne et le Fatah, principal rival du Hamas, sont disposés à signer et capables de tenir un tel accord sont peu nombreux. Et la même pensée s’applique à la Syrie.

On est donc loin d’un quelconque réel changement touchant le statut de Jérusalem, les hauteurs du Golan ou les implantations en Cisjordanie. De plus, aucun accord ne peut être passé avec le Hamas. Mais puisque ni le Hamas ni le Hezbollah ne vont disparaître comme par enchantement, le point névralgique reste la défense d’Israël et la vie normale de ses citoyens. Cela signifie aussi qu’il arrivera un moment où il faudra sans doute prendre une grande décision quant aux frappes sur les installations nucléaires iraniennes.

Le prochain gouvernement, en réponse à ce consensus national animant aussi bien le parti travailliste, le Likoud, Kadima, que bien d’autres, ne peut être qu’un gouvernement d’union nationale composé de ce trio. Les grandes lignes de sa politique se devinent déjà:

•    Affirmer la volonté d’Israël de faire la paix, son acceptation d’un Etat palestinien, et son refus d’endosser la responsabilité pour le conflit permanent et les agressions incessantes;

•    Maintenir la dissuasion et défendre Israël et ses citoyens contre les attaques transfrontalières;

•    Conserver les meilleures relations possibles avec les Etats-Unis, l’Europe, et les autres pays, tant qu’elles ne mettent pas en péril l’intérêt national d’Israël et de ses citoyens;

•    Coopérer avec l’Autorité palestinienne pour la sécurité, afin de se prémunir contre les attentats terroristes contre Israël, en lui garantissant de l’aider économiquement et de lui prêter main-forte pour empêcher que le Hamas ne lui prenne le pouvoir;

•    Riposter à toute attaque contre Israël provenant du Hamas – et, en puissance, du Hezbollah – avec des réactions en rapport avec le moment, les circonstances, et le comportement de ces entités;

•    Contribuer à l’isolation sur le plan international de l’Iran, du Hezbollah et du Hamas;

•    Négocier la paix avec la Syrie, sans se faire d’illusions quant à ses chances de succès.

Les principales différences entre les grands partis israéliens relèvent de phénomènes plus atmosphériques que tangibles, surtout quand il s’agit de concessions et d’exigences. Il n’en reste pas moins que Nétanyahou ne se lancera pas dans une campagne en faveur des colonies et que Livni n’est pas prête à se défaire de Jérusalem Est.

La décision la plus importante qu’Israël aura probablement à affronter, quand l’heure sera venue, portera sur la question de savoir si le bien-être, la survie même du pays, demanderont ou non des mesures fermes contre les installations nucléaires iraniennes. La voie qui sera choisie est difficile à prévoir, mais il vaut mieux que ce soit une coalition large qui porte la responsabilité d’une décision aussi vitale, voire existentielle.

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