Saturday, November 1, 2014
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Les Bienfaits du libre-échange entre les États-Unis et quatre pays d'Amérique centrale sont-ils réels ?

Le décès de Ronald Reagan a obligé bien du monde à affronter une fois de plus l'héritage des guerres brutales de l'Amérique centrale au Guatemala, El Salvador et au Nicaragua qui se déroulèrent il y a 20 ans. Il semble bien que l'histoire sanglante de la région appartienne définitivement au passé, comme le montre la signature récente de l'Accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Amérique centrale (ALEAC).

Le symbolisme attaché à cet accord est très prometteur, surtout au vu des guerres civiles et des interventions militaires américaines qui appartiennent maintenant au passé. Pourtant, les détails de cet accord offrent peu d'occasions de se réjouir pour une région qui doit encore se remettre des dévastations économiques dues à ces guerres.

Au coeur de l'ALEAC, on retrouve une inquiétude liée à la capacité des pays d'Amérique latine à libéraliser leurs économies. Mais la question essentielle reste de savoir si cet Accord assainira les économies. Bien que l'ALEAC représente une occasion importante dans la quête d'exansion de cette région pour accéder au marché américain, les nouvelles règles n'indiquent pas clairement si les producteurs latino-américains en ressortiront renforcés ou affaiblis.

Avec l'ALEAC, 80 % des exportations américaines se feront libres de tout droit de douane dès la ratification du traité et la totalité des barrières douanières disparaîtra dans 15 ans. Jusqu'à récemment, la région bénéficiait d'une balance commerciale positive avec les Etats-Unis, mais avec cette libéralisation, la région va augmenter les importations de biens de consommation bon marché, transformant ainsi son excédent en déficit. Si l'on prend comme exemple la balance commerciale mexicaine avec les états-unis depuis la mise en place de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), on remarque qu'entre 1995 et 2002, le déficit commercial annuel du Mexique avec les Etats-Unis s'est accru d'un milliard de dollars.

De plus, les échanges de produits agricoles se feront en faveur des exportateurs américains plutôt qu'en faveur des fermiers d'Amérique centrale. Les Etats-Unis, par exemple, ont accepté d'importer 1 % du marché du sucre américain, et ce chiffre ne pourra monter qu'à 1,4 % dans les 15 années à venir.

Au même moment, l'Accord élimine la plupart des taxes d'importation pour des produits tels que le riz, le maïs ou les produits laitiers. Cela obligera les petits et moyens producteurs à devenir plus compétitifs, mais sur un terrain très accidenté.

Contrairement à leurs homologues américains, les producteurs latino-américains n'ont pas accès aux capitaux et à la technologie nécessaires à leur expansion et à l'innovation. Ainsi, au lieu d'améliorer leur compétitivité, cet Accord accroîtra probablement le nombre de travailleurs et de producteurs déplacés. Pour un aperçu du futur, regardons ce qui est arrivé aux fermiers mexicains qui cultivaient du maïs depuis la signature de l'ALENA.

L'industrie textile d'Amérique centrale se retrouve aussi prise au piège de l'ALEAC. Le lobby textile américain a insisté pour que les produits tissés exportés vers le Nord viennent d'Amérique centrale. Or, l'Amérique centrale s'appuie sur des pays tiers pour ces produits tissés.

Enfin, l'ALEAC n'a pas réussi à traiter des questions de main d'oeuvre de manière significative. L'Accord accentue uniquement la nécessité de respecter les droits des travailleurs, soulignant que les signataires de l'Accord " ne peuvent être autorisés à manquer de mettre en œuvre efficacement la législation du travail, du fait d'une action soutenue et continue ou d'un manque d'action, d'une manière uq iaffecte les échanges commerciaux entre les signataires ". Dans une région à faible enforcement de la législation et possédant peu de mécanismes de réparation des torts, la protection est restreinte aux normes en vigueur sur le marché du travail, ce qui équivaut à une protection quasi inexistante.

Alors pourquoi les dirigeants d'Amérique centrale ont-ils signé cet Accord ? Les économies de la région n'ont pas connu de croissance significative lors des cinq dernières années (pas plus qu'elles n'ont dépassé les 5 % de croissance annuelle ces 20 dernières années). Cherchant désespérément à améliorer la situation, ils avaient peu de choix et peu de temps pour explorer d'autres options. Au lieu de se lancer dans des programmes imagintifs, ils se sont inspirés des panacées de la vague néo-libérale qui les ont aveuglé et empêché de chercher d'autres solutions. Il existe pourtant certaines alternatives.

Les sommes que les travailleurs immigrés renvoient chez eux représentent l'alternative la plus riche. Près de 7 milliards de dollars sont reversés à la région de cette façon, et pourtant aucune politique économique n'essaie de pettre à profit le potentiel de développement de ce cadeau. Les versements augmentent généralement de plus de 15 % par an et ne montrent aucun signe d'affaiblissement. Même lors des bonnes années, les échanges commerciaux avec les Etats-Unis ne croîtront probablement jamais autant. Les dirigeants d'Amérique centrale pourraient mettre en place des réformes banquaires pour offrir des primes pour que les travailleurs immigrés épargnent ces sommes d'argent et les investissent dans leur pays d'origine. Au lieu de cela, leur attention est uniquement tournée vers les promesses incertaines de l'ALEAC.

L'avenir est incertain, la Commission économique Amérique latine et Caraïbes met en avant le fait que la mise en oeuvre de l'ALEAC apportera 0,5 % au toux de croissance annuel du PIB dans la région. C'est une bonne nouvelle. Mais reste à savoir si une telle croissance se poursuivra sur dix ans ou tournera court rapidement, solution rapide mais temporaire.

Quelles que soient ses perspectives, l'ALEAC est loin d'être un Accord définitif, et il ouvre au moins la voie à la discussion et au débat. Il se pourrait bien que la bonne nouvelle en matière d'ALEAC reste que le congrès américain se montre peu pressé de l'entériner au cours d'une année électorale.

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