Friday, October 24, 2014
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L'Amérique guérit-elle assez vite ?

NEWPORT BEACH – Six facteurs endogènes suggèrent que l'économie des États-Unis guérit lentement. Selon certains observateurs, ces facteurs ont été estimés suffisants pour constituer la masse critique nécessaire pour propulser l'économie vers sa vitesse d'évasion.

Alors que j'espérais leur donner raison, le flux récent de faibles données économiques, dont la timide création de seulement 69 000 emplois nets en mai, a confirmé mes doutes. En tenant compte de ces faits et d'autres éléments d'un rapport décourageant sur l'emploi, qui déclenche tout à coup de fortes inquiétudes sur la santé et la longévité fondamentales à la relance de l'Amérique, il est important de comprendre les facteurs positifs et les raisons de leur insuffisance.

Tout d'abord, les grandes multinationales des États-Unis n'ont jamais été en meilleure forme. Leurs soldes de trésorerie sont extrêmement hauts, les remboursements des intérêts sur la dette sont bas et les principaux engagements sont arrivés à terme. Bon nombre d'entre eux se greffent avec succès sur une demande soutenue dans des économies naissantes, produisant un flux significatif de trésorerie disponible.

Le capital des entreprises n'est pas la seule source de pouvoir d'achat considérable à patienter en coulisses. Les ménages riches détiennent également des ressources importantes qui pourraient être déployées dans la consommation et l'investissement.

Le troisième et le quatrième facteurs positifs sont ceux du logement et du marché du travail. Ces deux secteurs, à la faiblesse persistante de longue date, ont constitué un atout important dans le type de dynamique cyclique qui a traditionnellement poussé les États-Unis hors de ses ralentissements économiques périodiques. Mais les données récentes soutiennent l'opinion selon laquelle le secteur du logement pourrait connaitre son niveau le plus bas, sur une période assez longue. En attendant, la croissance de l'emploi, bien qu'anémique, s'est néanmoins révélée uniformément positive depuis septembre 2010.

Vient ensuite la direction de la Réserve fédérale des Etats-Unis. En dépit de questions légitimes au sujet de l'efficacité de sa position politique peu usuelle et expérimentale, la Réserve fédérale semble disposée à se montrer bien plus active si l'économie faiblit. En effet, si la Réserve fédérale commet une erreur par inadvertance (la probabilité de ceci est considérable, étant donné la situation complexe et les perspectives « exceptionnellement incertaines » du pays), il est plus probable qu'elle s'attarde sur l'option de rester accommodante trop longtemps, plutôt que de durcir prématurément la politique monétaire.

Enfin, une fois le champ libre après les prochaines élections de novembre, certains pensent que les politiciens de Washington pourraient finalement être en meilleure posture pour parvenir à un accord sur les grandes décisions. En plus de trouver une solution au spectre inquiétant de la « falaise fiscale »  - un obstacle économique potentiellement perturbateur équivalent à environ 4% du PIB, sous forme de brusques réductions de dépenses et d'augmentations d'impôts généralisées - une meilleure efficacité politique serait de se débarrasser des autres incertitudes qui pèsent sur certaines activités économiques.

Chacun de ces six facteurs suggère une guérison économique réelle et possible. Ainsi, ils ont provoqué sans grande surprise une certaine agitation dans quelques cercles, selon lesquels les États-Unis peuvent finalement se maintenir en équilibre et délaisser le trio de la récession, caractérisé par une croissance exceptionnellement lente, un chômage constamment élevé et par une inégalité élevée et croissante.

Le problème est que ces facteurs, individuellement ou combinés, sont peu susceptibles de changer la donne, pour quatre raisons :

·    Les vents contraires économiques et financiers à l'extérieur des Etats-Unis soufflent fort et en rafales, en grande partie à cause de la crise européenne qui continue de s'aggraver. Cette crise passe maintenant par une phase bien plus perturbatrice et imprévisible alors que les déposants dans quelques pays intensifient leurs retraits dans les banques nationales. Mais cela reflète également le début d'un ralentissement de la croissance dans les principaux pays naissants, comme le Brésil, la Chine, l'Inde et la Russie.

·    Trop de secteurs de l'économie des États-Unis n'ont pas terminé leur processus de rééquilibrage de bilan. Cela vaut pour le système bancaire, qui ne s'est pas désendetté à la satisfaction des organes de réglementation ou des marchés, en limitant de ce fait la place pour la croissance du crédit. Cela est également vrai pour de nombreux ménages. En effet, avec la chute récente du taux moyen d'épargne des ménages en-deçà de 4%, trop de familles sont en train d'épuiser leurs réserves d'argent liquide de secours, si ce n'est pas déjà le cas.

·    L'activisme peu commun de la politique monétaire de ces dernières années risque de causer des dommages collatéraux et de produire des conséquences inattendues. Alors qu'aucun problème particulier ne se fait encore sentir, ils pourraient servir conjointement à réduire l'activité économique et le fonctionnement convenable des marchés. Rappelez-vous que le pari de la politique de la Réserve fédérale était que ces « coûts et risques », pour employer l'expression du Président Ben Bernanke, seraient plus que compensés par l'amélioration de la situation économique globale. Mais cet avantage généralisé ne s'est pas concrétisé.

·    Peut-être d'une manière plus importante, les retards répétés pour se débarrasser des obstacles persistants sur la croissance et les emplois signifient que certains d'entre eux sont obstinément implantés dans la structure économique des Etats-Unis - ce qui a tendance à épuiser son dynamisme et à réduire sa réactivité. Par exemple, avec un chômage à long terme à 5,4 millions et une durée moyenne du chômage à 2,5 fois la norme historique, les employés retrouvent moins rapidement un emploi productif autour de leurs précédents niveaux de traitement ou de salaire. De même, le niveau alarmant du chômage des jeunes augmente le risque pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail de ne pas trouver d'emploi.

Le résultat est malheureux, mais il faut en tenir compte. Alors que l'économie des États-Unis guérit graduellement, de nombreux nouveaux faits doivent se produire sans tarder pour reconstituer sa vigueur et sa vitalité traditionnelles. La plus importante et la plus robuste relance exige un degré de sérieux et de collaboration constructive de la part de l'administration de Washington qui semble aujourd'hui se dérober.

A moins que cette coopération ne se matérialise, l'espoir d'atteindre la vitesse économique d'évasion restera un simple espoir. Et, plutôt qu'aller de l'avant, l'économie des Etats-Unis, d'une façon regrettable et exaspérante, demeurera captive d'une lenteur peu commune, alors que sa vulnérabilité aux vents contraires qui soufflent depuis le reste du monde ne fera qu'augmenter.

Traduit de l’anglais par Stéphan Garnier.

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  1. Commentedpeter fairley

    Healing fast enough? Are we healing at all? Fiscal cliff: In a game of hot rod chicken, you can also be optimistic that the two idiots at the wheel will not crash into each other. This optimism does not calm you much if you are riding inside one of the cars. Ethan Harris has not used this exact image, but suggests it, saying companies don't want to invest because of the fiscal cliff and we will slow to 1% growth. EU problems, Iran & the Supreme court healthcare decision are similar threats. Martin Wolf sees an EU breakup; Niall Ferguson says he is more "positive" saying Germany will finally give in to eurobond type solutions but only AFTER economic disaster! since Germany loses money either way and eurobondville at least gives hope.
    In new elections, we face dangers of liberals winning & spending too much money to create too few jobs, & too many low paying jobs vs conservatives who want the big A, austerity. Sound good?

  2. Commentedbob dobalina

    I hate to sound too simplistic here. We always here about fear and greed driving the market. Although greed was the driving force that created the conditions that led to the financail crisis, it was fear that prevented our politicans and central banks from making the difficuly choices neccessary to create a strong sustainable recovery. Let's face it, the status-quo prevailed. I'm sure there would have been pain felt all across teh globe from allowing debt to go bad. But one the debt is written off, then it is gone forever. Instead, we attempted to what amounts to financial wizardry instead of simply allowing debt to go bad and dealign with the consequences. Now we have a situation where we have all this debt, that under ordianry circumstances, would have vanished. But out leaders chose to carry this debt forward with us...corporate debt, soverign debt, household debt, municipal debt etc....

    This debt carried over from the boom years is sucking the life out of the recovery. It will continue to do so until it is no longer with us. Let's face it, we could have had a few very scary years, followed by strong recovery that could have perhaps rivaled some of world's greatest boom years (naturally following a bust of this size). But we made a conscious decision to gamble with a long protracted struggle with stagnation and perhaps stagflation in order to maintain the status quo. So far, it doesn't look like this decision will end well

  3. CommentedMel Soule'

    While this is true, one wonders if the data were available, how much of the cash swell is from non-US activity? Conversely, dipping into corporate investments, how much is targeted to US based job supporting assets. Bulging corporate cash reserves with no real growth in US employment has never been part of the historical recovery periods.

  4. CommentedProcyon Mukherjee

    There is a disconnect between the fortunes of large corporations and the investments made by them inside America; even if a small percentage of the cash pile could be re-invested in America, it could have gone a long way in the process of recovery. S&P 500 cash pile had long surpassed the $1 Trillion mark.

    The apparent lack of investment options inside America needs a careful scrutiny; no wonder the growth in corporate income stems from the emerging market trends, which does not directly create jobs in America.

    Procyon Mukherjee

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