Saturday, October 25, 2014
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La dernière chance de l’Iran ?

MADRID – La dernière série de négociations sur le programme nucléaire iranien entre Téhéran et le groupe des 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies – les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, la France et la Chine – plus l’Allemagne) a débuté. Après plus d’un an dans l’impasse, les négociations de janvier 2011 n’ayant pas abouti, ce dialogue est peut-être la dernière chance de trouver une solution pacifique à un différend de près de dix ans (auquel j’ai étroitement participé comme principal négociateur occidental avec l’Iran de 2006 à 2009).

L’objectif de ces discussions, présidées par le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, et le négociateur en chef pour l’Iran, Saeed Jalili, est toujours de persuader l’Iran de mettre fin à l’enrichissement de l’uranium et de se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité et à ses obligations telles que définies par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Mais plusieurs facteurs accentuent l’importance stratégique des négociations actuelles.

Premièrement, les conditions économiques et politiques nationales de l’Iran ont nettement changé depuis la dernière série de discussions. Les pressions internationales se sont intensifiées, depuis que l’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé en novembre dernier que les programme nucléaire iranien s’achemine vers la production d’armes nucléaires, et non la production d’électricité ou d’isotopes médicaux, avec l’imposition de nouvelles sanctions sur les exportations iraniennes de pétrole et sur les transactions avec la Banque centrale iranienne.

Même si la flambée mondiale du cours du brut a donné un certain répit à l’Iran ces derniers mois, les sanctions sont plus fortement ressenties que jamais par les consommateurs iraniens. Le rial a perdu 40 pour cent de sa valeur depuis octobre (rendant les importations plus coûteuses) et les transactions financières sont devenues plus difficiles et onéreuses pour le gouvernement, les entreprises et les ménages iraniens.

Le gouvernement iranien est de plus fragmenté et affaibli. Les relations entre le président Mahmoud Ahmadinejad et le Guide suprême Ali Khamenei ne cessent de se dégrader, parallèlement à des tensions croissantes au sein des Gardiens de la révolution islamique. Il reste à voir quel impact ces évolutions politiques auront sur les négociations.

Deuxièmement, la position régionale de l’Iran a été affaiblie par la vague des soulèvements arabes, en Syrie en particulier – un pays clé, compte tenu de ses relations stratégiques avec à la fois l’Iran et la Russie. La Syrie est en fait le principal allié de l’Iran au Moyen-Orient, ainsi que le seul pays en dehors de l’ancienne Union soviétique dans lequel la Russie dispose d’une base militaire. La nécessité pour la Russie de concilier son rôle dans ces négociations avec ses intérêts syriens rend des discussions compliquées plus complexes encore.

Les relations avec les monarchies sunnites du Golfe ont également changé. L’opposition entre ces pays et l’Iran et la Syrie est plus marquée qu’elle ne l’a été depuis des décennies. Menés par le Qatar et l’Arabie saoudite, ces États ont ouvertement envisagé la possibilité d’armer les rebelles syriens pour renverser le régime du président Bachar el-Assad.  Les réserves pétrolières de l’Arabie saoudite lui permettent également d’apporter un soutien crucial aux sanctions sur les exportations de pétrole iranien en compensant la baisse de l’offre mondiale.

La Chine, qui dépend de manière croissante des États du Golfe pour son approvisionnement énergétique, devra soigneusement évaluer ce facteur à la table des négociations. Elle a, comme la Russie, soutenu le régime syrien devant le Conseil de sécurité, et il a récemment été révélé que l’Iran a aidé la Syrie à contourner les sanctions internationale en affrétant un navire pour transporter du pétrole de Syrie destiné à une société d’État en Chine.

Troisièmement, l’État hébreu, déjà mécontent du résultat de la précédente série de négociations, devient de plus en plus inquiet. Compte tenu de l’avancement du programme nucléaire iranien et de l’incertitude politique qui plane sur la région, le gouvernement israélien est partisan de frappes militaires contre l’Iran en 2012, avant que le pays atteigne ce que le ministre de la Défense israélien Ehud Barak a qualifié de « zone d’immunité », c’est-à-dire le moment au-delà duquel toute intervention deviendra futile.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui s’exprimait le mois dernier devant les membres de l’Aipac, le plus important lobby pro-israélien des Etats-Unis, a souligné l’urgence de la situation. Mais les négociations seront longues, avec des hauts et des bas, et pour ajouter un autre niveau de complexité, se dérouleront lors d’une année électorale aux Etats-Unis, avec un parti républicain dans l’opposition plus étroitement aligné sur la position de Netanyahou.

Enfin, le président américain Barack Obama est conscient du fait que sa réélection dépend de sa capacité à éviter des erreurs sur cette question. Mais comment des négociations dans la durée peuvent-elles être menées sans sembler profiter à ceux qui souhaitent gagner du temps. La perception politique – c’est-à-dire la gestion de la perception de l’opinion publique – prendra également une place importante dans ces négociations.

Les Etats-Unis gardent pour l’instant un canal ouvert pour un dialogue direct avec l’Iran (comme le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta en a informé son homologue israélien Ehud Barak il y a quelques mois). Le premier jour des discussions à Istanbul, Jalili a accepté la demande américaine d’une réunion bilatérale dans le cadre des négociations et tous les participants estiment que les résultats vont pour l’instant dans la bonne direction.

Si nous voulons garantir que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire, le seul moyen est de modifier son désir de la posséder. Et la meilleure solution pour ce faire est encore la négociation plutôt que le recours à la force. Personne n’a calculé les conséquences d’une guerre et toutes les parties prenantes ont de bonnes raisons pour s’asseoir à la table des négociations et discuter.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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