Sunday, November 23, 2014
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Une décentralisation pour l'Inde ?

CAMBRIDGE – La récente dégringolade économique de l'Inde est un événement affligeant. Après des années glorieuses, la croissance du PIB a subi un coup de frein brutal. La croissance de la production va probablement être inférieure à 5% cette année, contre 6,8% en 2011 et 10,1% en 2010.

En raison de la paralysie politique, les réformes sont au point mort. Tous les grands pays émergents sont confrontés à une baisse de la demande extérieure, mais le ralentissement de l'économie indienne est exacerbé par la chute des investissements dû à l'absence d'une ligne politique directrice et à la perte de confiance du monde des affaires. Le FMI prévoit une légère amélioration en 2013, mais cela dépendra de la capacité du gouvernement à relancer un processus de réformes économiques moribond.

Cette récente torpeur de l'Inde s'accompagne d'un changement du regard que l'on porte sur elle. Il y a seulement deux ans, l'Inde avait la réputation d'être l'endroit où il faut investir. Les chefs d'Etat faisaient la queue à Bombay pour y rencontrer les chefs d'entreprise dans l'objectif de démultiplier les échanges commerciaux et les investissements. Mais aussitôt que les indicateurs macroéconomiques ont viré à l'orange, ils ont disparu.

Mais il pourrait y avoir un retournement de situation dont on perçoit les premiers signes. Le Premier ministre indien, l'octogénaire Manmohan Singh, a finalement compris le besoin désespéré d'un nouvel élan. La nomination de Raghuram Rajan au poste d'économiste en chef au ministère des Finances n'est pas passée inaperçue aux yeux des économistes partout dans le monde. Rajan, ancien économiste en chef du FMI, est un chercheur universitaire de renom et un écrivain brillant dans le domaine de l'économie politique. Mais il n'est pas sûr que Sonia Gandhi, la personnalité politique la plus puissante du pays, présidente du Congrès national indien, soutiendra le programme réformateur du Premier ministre Singh.

Des ministres plus jeunes arrivent au gouvernement à l'occasion du remaniement. Mais ce dernier paraît perpétuer la tradition qui veut que la plupart des ministres soient nommés sur la base de leur loyauté envers la famille Gandhi plutôt qu'en raison de leur compétence et ou de leurs succès.

Malheureusement pour un pays aussi pauvre que l'Inde, le développement à long terme nécessite une croissance rapide et durable. Le taux de pauvreté (un indicateur difficile à mesurer, tant du point de vue conceptuel qu'en pratique) a été divisé par deux entre 1981 et 2010, chutant légèrement en dessous de 30% - un résultat remarquable. En croissance plus rapide, l'Asie de l'Est fait bien mieux, le taux de pauvreté y est passé de 77 à 14% durant la même période.

Pourquoi cette baisse de croissance en Inde ? Durant de longues années elle a bénéficié de l'effet à long terme de la libéralisation économique du début des années1990. A cette époque, Singh, alors ministre des Finances, a joué un rôle central. Il pouvait compter sur l'appui du FMI (qui avait alors une forte influence, car l'Inde avait besoin de son aide en 1991) pour pousser aux réformes malgré l'opposition à l'intérieur du pays. Aujourd'hui il n'existe pas de contre-poids externe à la pression intérieure qui bloque toute libéralisation supplémentaire.

Il est vrai que le gouvernement indien doit prendre en compte les menaces croissantes qui pèsent sur la notation "investment-grade" du pays. Les principales agences de notation critiquent de plus en plus l'absence de stratégie de croissance et le déficit budgétaire de l'Inde. Mais ces critiques ont un impact limité, parce que les autorités parviennent à transférer le poids de la dette aux banques locales, aux compagnies d'assurance et aux fonds de pension.

Cet impôt supplémentaire sur ces institutions ainsi contraintes de venir au secours du gouvernement reste une source de financement énorme et opaque pour un gouvernement surendetté. Cette politique empêche le financement de projets du secteur privé qui offriraient un rendement bien supérieur à ce que le gouvernement peut offrir.

Mais la situation économique n'est pas désespérée, car il existe de nombreuses solutions simples  pour restaurer la croissance. En terme de libéralisation financière, l'Inde ne veut pas aller aussi loin que les USA lors des décennies qui ont précédé la crise récente. Elle a raison, mais elle peut faire beaucoup sans prendre trop de risque, ainsi qu'une commission présidée par Rajan l'a montré il y a quelques années.

Le secteur du détail est une cause essentielle d'inefficacité qui se traduit par des prix élevés au détriment des plus pauvres. Au lieu de traîner en justice des chaînes étrangères qui vendent au détail comme Wal-Mart, l'Inde devrait au contraire s'inspirer de leur efficacité. Les infrastructures s'améliorent lentement, mais dans une grande partie du pays les routes, les ports, les réseaux de distribution d'eau et d'électricité sont dans un état pitoyable.

Pour créer des infrastructures, le gouvernement démocratique de l'Inde ne peut faire passer les bulldozers sans tenir compte de la population et de l'environnement. Mais ce ne sont pas les seuls obstacles, il faut aussi compter avec des couches de bureaucrates et de politiciens corrompus - un vaste réseau de résistance aux réformes.

Pour certains observateurs, dans une démocratie de 1,2 milliards d'habitants la paralysie du gouvernement central est inévitable. Selon eux, le seul moyen de relancer l'Inde est de remplacer l'Etat fédéral par une confédération offrant beaucoup plus de souplesse. Cela profiterait aux Etats les plus prospères. Et à condition d'y combattre la culture de la dépendance, les Etats défavorisés pourraient en bénéficier aussi à long terme.

Aussi dysfonctionnelle l'Europe décentralisée soit-elle aujourd'hui, l'Inde aurait intérêt à aller dans la même direction, même si l'Europe essaye d'évoluer maintenant en sens contraire. La décentralisation peut sembler irréaliste, mais il en fut de même au sein de l'Union européenne. Si les réformes de Singh sont à nouveau bloquées, ce sera le moment de prendre des mesures plus radicales.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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    1. CommentedHimadri Mayank

      Dear Kenneth, I disagree!

      The demographic dividend that India is projected to reap over the next couple of decades is going to be largely provided by the economically weaker states of Bihar, West Bengal, Uttar Pradesh, Rajasthan and Orissa, where fertility rates are still high. Devolution is not the key, rather a consistent focus to improve education, healthcare, training, livelihood in these states is important to create a workforce, that can provide dividends. So, welfare and budgetary devolution is not only unwise, but also unjust.

      Further, a fair amount of efficiency is reduced not because of economically weaker states dragging the stronger ones, but because of corruption, which is rampant across all regions. Maharashtra, Karnataka, Andhra Pradesh or Tamil Nadu, all are equally infested with graft. The recent anti-corruption drive might go a long way in making the basis of next general elections to be corruption, and probably institution of a constitutional authority of Ombudsman. Only by achieving more economic efficiency through less corruption can India achieve a sustained growth.

      Having said that, given that India has a federal structure of governance, to some extent, policy devolution is already taking place. States have been given a discretion in allowing FDI into multi-brand retail trading within their territories. The JNNURM incentivises state governments to undertake urban policy reforms to get financial assistance from the central government.

      And such measures, although still undesirable due to potential economies of scale, are inevitable, and probably work, in a democracy of 1.2 billion, as you have written.

    2. CommentedIDIKULA MATHEW

      Indian dynamics are not really comparable with the falling dynamics of global economy. Indian government and the central bank is doing the balancing act very well and maintaining a steady growth as well.
      Reforms are not stalled - I am not sure what is the reason on this comment. Reforms being executed is always slow in a massive democracy and there are several non economic but constructive reforms rolling out in parallel too.
      estimated from IMF etc are for world to be pacified and manipulated rather .These rating agencies are to pacify and hold wealth in some nations. India follows its dynamic balancing and growth irrespective of the IMF estimates.

    3. CommentedProcyon Mukherjee

      Understanding India would need a torturous journey a few hundred kilometers from the periphery or from any large city, into the interiors where a vast majority is living, very close to the Dark Ages. With rivers as the only source of running water, with no access to toilets, no schools, and health centers with no equipment and medicine, we have multitudes of people surviving on government sponsored Rs.2 /kg (4 cents/kg) rice. Statistics is very simple, 55% of people living in a rural economy where the whole of agriculture contributes to less than 25% of the GDP and is not growing as productivity is shrinking every year as more hands depend on less area of land. Industrialization and diversification of agriculture in some States like Guajarat have augured well, but lack of governance, which is exacerbated by corruption and lack of political will had taken its toll in most of the other States. Local politics, which is just a way to prolong the agony, takes the round to make the society be based on more divisive forces, so that leadership cannot take root to integrate the ideas of salvation. The core sector cannot function in such a sorry ground of constant in-fights where land acquisition is virtually stalled with no end in sight.

      Reforms, in retail included, is just one other whiff of wishful thinking that would change nothing in the interiors of the country.

      Procyon Mukherjee

    4. CommentedAndrés Arellano Báez

      Who cares what rating agencies said? Why they still exist? We are talking about a group of companies with an incredible record of failure after failure. They should be eliminated of our society.

    5. CommentedAmit Sheth

      FDI is a fickle thing- it can turn on as fast as it is turned off. As pointed out by M. Patel, structural reforms and transparency, are more important. Granted India is not doing too well there right now but some states, led by Gujarat and its dynamic leadership, are showing promise, and consequently, parts of India are growing faster and smarter. Let's hope that the vote for development, rather than caste politics, in states like Bihar and Gujarat spreads further. In the long term, India will do better not to rely too much on central government and its 5 year plans.

    6. CommentedLinda Jamin

      Even economists need to study the POLITICAL and social realities of a region before offering an "analysis" and/or predictions regarding its socioeconomic future. Ancient cultures with complicated social systems in over-populated regions respond well to top-down economic reforms in dictatorships but aren't we supposed to all be cheering for the "democratization" of emerging economies? Or are we just disappointed that the Ghandis and their cronies aren't tough enough. Maybe they need to take a few lessons from the House of Assad or study the tactics used in Bahrein? In any case it's clear that it's necessary to read Aruhundhati Roy as well as K.Rogoff in order to understand what's at play in India and what its future might be.

        CommentedVaradarajan Seshamani

        Not just the political and social systems and situations prevailing, but also the laws, their complexities, their vaguenesses, the discretionary powers in the rules associated with such laws and the resultant parallell systems that operate and are powers untom themselves. Beyond that, one should look at the effects of this type of top down environment on the people weilding the powers - who are part of the powers that be and you may begin to see, in about 2 decades what a mess it all is.

        CommentedM Patel

        It's actually very simple. Culture and Social systems are extremely poor predictor of prosperity. Neither the religion nor the culture could explain the vast gap between two germanys or two koreas or two latin countries. Compare North Korea with South Korea or East Germany with West Germany. Here is 1 country, 1 people and 1 culture which gets vivisected into 2 parts with 1 part embracing Socialism and another part embracing free-market. 50 years later, Socialist part is dirt poor and non-socialist part is well-off.
        Corruption and poverty is positively correlated with red-tape and Socialist/Communist type economic model. Solution is to cut the red tape.

    7. CommentedM Patel

      Nehruvian Socialist license permit system, and absolute discretionary governmental power are troubling India because they hamper growth and promote crony corruption. Structural reforms (i.e. abolish Nehruvian system and take-away discretionary power) is the solution.

      Most article on India's economy falsely equates FDI permit with Reform. This articles are lobbying for foreign investment with little regard for how sweet heart deals are cut. Investments are important but much more important is structural reforms.

      Permit is an oxymoron of Reform. Current system of doling out sweet heart permits to chosen investor, in a non-transparent manner, will result in bad investments and corruption ( example: In 1993s, Enron lobbied and got a sweet heart deal to setup a power plant at Dabhol, India. Government of India owned banks were arm-twisted to provide loans to dabhol power corporation. The power plant built had very high fixed and operational cost making it unviable. After a bankruptcy, writeoff of billions of rupees, and in midst of a power crisis, The plant is still making losses and not running even at 50% capacity).

      Walmart/McDonald should be welcomed to India but it is wrong to say that it will benefit India's poor because only upper middle class Indians can afford them. Poor would be simply shooed away at the entrance.


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