Thursday, April 24, 2014
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Comment éviter une seconde/redite récession globale

NEW YORK – Les hommes politiques du monde ne cessent de débattre pour savoir quand et comment sortir des importants plans de relance monétaire et budgétaire qui ont permis d’éviter que la Grande Récession de 2008-2009 ne devienne une nouvelle Grande Dépression. L’Allemagne et la Banque Centrale Européenne voudraient instaurer rapidement l’austérité budgétaire ; les Etats-Unis s’inquiètent des risques qu’entrainerait une consolidation budgétaire opérée beaucoup trop rapidement. 

En fait, quoiqu’ils fassent, les hommes politiques sont dans l’impasse. S’ils arrêtent trop tôt le plan de relance monétaire et budgétaire, alors que la demande privée est encore fragile – le risque de récession et de déflation demeure. Si l’austérité budgétaire peut s’avérer nécessaire dans les pays lourdement endettés et déficitaires, augmenter les impôts et réduire les dépenses publiques sont susceptibles d’aggraver la récession et la déflation.

D’un autre côté, si les hommes politiques maintiennent les plans de relance trop longtemps, l’explosion des déficits pourrait entrainer une crise de la dette souveraine (les marchés punissent déjà les pays indisciplinés dont les écarts souverains sont trop importants). Ou, si les déficits sont monétisés, la forte inflation pourrait forcer à la hausse les taux d’intérêt à long terme au risque d’étouffer la reprise économique.

Le problème est que depuis dix ans, les Etats-Unis et d’autres pays déficitaires – dont la Grande Bretagne, l’Espagne, la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Islande, Dubaï et l’Australie – sont des consommateurs de premier et de dernier ressort, dépensant plus que leurs revenus ne les y autorisent et ayant des comptes courants déficitaires. Dans le même temps, les économies asiatiques émergeantes – surtout la Chine - avec le Japon, l’Allemagne et quelques autres pays, ont été des producteurs de premier et dernier ressort, dépensant moins que leurs revenus et avec des comptes courants excédentaires.  

Les pays qui ont dépensé sans compter font maintenant marche arrière, compte tenu de l’impératif de réduire les dépenses publiques et privées, de baisser les importations et de réduire leur déficit extérieur et leur endettement. Mais si les pays déficitaires dépensent moins tandis que les pays excédentaires ne compensent pas en épargnant moins et en dépensant plus – surtout en terme de consommation des secteurs public et privé – alors la capacité productive excessive sera en décalage avec la demande, ce qui sera un autre frein à la croissance économique globale.  

Que devraient faire les hommes politiques, donc ? Tout d’abord, dans les pays où l’austérité budgétaire s’impose dans un délai très bref afin d’éviter une crise budgétaire, la politique monétaire devrait être facilitée – par une baisse des taux et plus de facilités quantitatives – pour compenser les effets récessifs et déflationnistes du resserrement budgétaire. En général, une politique de taux proches de zéro devrait être maintenue dans la plupart des économies avancées pour soutenir la reprise économique.

Deuxièmement, les pays où les vigiles des marchés obligataires sont encore assoupis – les Etats-Unis, la Grande Bretagne et le Japon – devraient maintenir leur plan de relance budgétaire tout en concevant un programme de consolidation budgétaire crédible qui pourra être mis en place ultérieurement à moyen terme.

Troisièmement, les pays qui épargnent trop comme la Chine et l’Asie émergeante, l’Allemagne et le Japon, devraient mettre en place une politique visant à réduire l’épargne et les surplus de compte courant. Plus spécifiquement, la Chine et l’Asie émergeante devraient introduire des réformes pour décourager l’épargne de précaution et réévaluer leurs devises ; l’Allemagne devrait maintenir son plan de relance budgétaire et le poursuivre en 2011, plutôt que d’engager une politique d’austérité mal fagotée dès aujourd’hui ; et le Japon devrait poursuivre les mesures mises en place pour réduire ses surplus de compte courant et stimuler de vrais revenus et une réelle consommation.

Quatrièmement, les pays ayant des surplus de compte courant devraient réévaluer leurs monnaies sous-évaluées, tandis que la BCE devrait poursuivre une politique monétaire plus souple pour installer un affaiblissement graduel de l’euro afin de restaurer la compétitivité et la croissance de la zone euro.

Cinquièmement, dans les pays où le désendettement du secteur privé est très rapide compte tenu de la chute de la consommation des particuliers et des investissements privés, le programme de relance budgétaire devrait être maintenu et étendu aussi longtemps que les marchés financiers considèrent que les déficits sont soutenables.

Sixièmement, alors que la réforme de régulation visant à augmenter les ratios de liquidités et de capitaux pour les institutions financières sont nécessaires, ces ratios plus élevés devraient être appliqués progressivement pour éviter que la contraction du crédit n’empire.

Septièmement, dans les pays où les niveaux de dettes privées et publiques sont insoutenables - la dette des ménages dans les pays où le boom de l’immobilier a explosé et les dettes publiques, comme en Grèce, qui souffre plus de son insolvabilité que d’un manque de liquidités – devraient être restructurés et réduits pour prévenir une déflation sévère de la dette et une contraction des dépenses.

Enfin, le Fond Monétaire International, l’Union Européenne et d’autres institutions multilatérales devraient apporter un généreux soutien de dernier ressort pour éviter une récession déflationniste aigüe dans les pays qui exigent un désendettement privé et public.

En général, le désendettement des ménages, du gouvernement et des institutions financières devrait se faire de manière progressive – et être soutenu par un affaiblissement de la monnaie – si l’on veut éviter un rebond de la récession et une déflation plus importante encore. Les pays qui peuvent encore se permettre les plans de relance budgétaire et qui ont besoin de réduire leur épargne devraient contribuer au réajustement global des comptes courants – par des ajustements monétaires et des augmentations des dépenses – de façon à éviter une baisse de la demande collective globale.

Ne pas mettre en place de telles mesures coordonnées – pour soutenir la demande collective  mondiale alors que la tendance déflationniste est encore très forte dans les économies avancées – pourrait entrainer un rebond très dangereux et dommageable de la récession dans les économies avancées. Il faudra s’attendre dans ce cas à des risques systémiques sévères sur les marchés financiers, des défauts souverains en série et cela entraverait considérablement les perspectives de croissances des marchés émergeants qui connaissent jusqu’à maintenant une reprise plus solide que celle des économies avancées.

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