Friday, August 1, 2014
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Hollande ou l'insurrection ?

PARIS – Pour le meilleur ou pour le pire, l'Europe est maintenant engagée dans une insurrection contre le pacte fiscal qui condamne les pays membres de l'UE à l'austérité sans la croissance. Faudra-t-il un coup d'Etat militaire pour comprendre que cette situation est intenable ? Ou bien l'élection de François Hollande en France va-t-elle pousser l'Allemagne à se montrer plus conciliante ?

Tant pour les Pays-Bas que pour l'Espagne, la perspective d'une réduction du déficit public à moins de 3 % du PNB est irréaliste. Sauf à s'engager dès maintenant dans des mesures punitives, l'UE sera obligée de concéder une marge de manœuvre supplémentaire à ces pays, consciente que chaque fois qu’on la consulte, l'opinion publique européenne réagit négativement. En Grèce les élections récentes n'ont pas permis de dégager une coalition capable de gouverner et de nouvelles élections auront lieu en juin.

En Irlande, où heureusement la situation est moins préoccupante, les chances d'une victoire du oui au référendum sur le traité fiscal semblent s'amenuiser. Certes, la disparition de la clause d'unanimité permet de contourner l'obstacle et d'appliquer le pacte sans l'accord de tous. Mais cela ne réglera rien, car ni la France ni l’Italie ne ratifieront le pacte. Même en Allemagne, les sociaux-démocrates -dont la chancelière Angela Merkel a besoin pour faire ratifier le paquet fiscal par le Bundestag - semblent poser des conditions à leur accord.

L'Allemagne est non seulement accusée de dogmatisme monétariste mais jugée responsable de l'aggravation de l’asymétrie économique entre elle et ses voisins de la zone euro. Sa relative bonne santé économique lui permet de financer sa dette en dessous de l'inflation, alors que les autres Etats européens la financent avec des taux qui dépassent l'inflation de trois points.

Avec la victoire de Hollande sur Sarkozy, la chancelière allemande n'a pratiquement plus d'allié à l'intérieur de la zone euro, si ce n'est la Finlande. Son tandem avec Sarkozy a été très utile aux Allemands pour faire valoir leur point de vue. Sarkozy a accepté de rentrer dans le jeu du "Merkozy" dans le but essentiel de maintenir la centralité de la position française dans la gestion de la crise en Europe. Sur la forme, l'Allemagne qui a longtemps été fédéraliste a ainsi rejoint la position traditionnelle de la France qui a toujours milité pour une Europe des gouvernements. Mais sur le fond - l'austérité ou la croissance économique nécessaire de toute urgence - c'est la France qui a perdu.

Hollande est déterminé à changer de cap. Il croit profondément à la centralité de la relation franco-allemande en Europe. Mais il est assez réaliste pour se rendre compte que cette dernière est profondément déséquilibrée en raison de l'affaissement économique de la France et que le parti pris de Sarkozy en faveur du modèle allemand pour donner l'impression d'être au cœur de la décision ne se justifiait pas.

La victoire de François Hollande a sensiblement redistribué les cartes du jeu politique en Europe. Presque tous les gouvernements européens comptent sur lui pour modifier le rapport des forces. Rarement une élection française n’a eu un tel retentissement en Europe. Y parviendra-t-il ?

Les quatre propositions de Hollande sont tellement consensuelles qu'elles rendent difficile une opposition allemande : utilisation des ressources non déboursées des fonds structurels européens, recapitalisation de la Banque européenne d'investissement, création de "project bonds" et taxation des transactions financières. De manière significative, les deux propositions de son plan initial qui étaient le plus susceptibles de se heurter à l'opposition des Allemands, les eurobonds destinés à mutualiser les dettes et la transformation du Mécanisme européen de stabilité en une banque capable d’emprunter auprès de la BCE, ont été retirées de son projet de mémorandum pour les dirigeants européens.

Malgré la gravité de la situation, François Hollande dispose donc de trois atouts : l'irréalisme d'une austérité trop forte, étant donné la montée de l'opposition sociale à cette politique ; les déficits des comptes publics ne sont qu'une petite partie du problème européen (et ne sont pas forcément à l'origine de la crise) et l'émergence d'un réel consensus en Europe en dehors de l'Allemagne pour changer de méthode. Hollande bénéficiera de surcroît lors du sommet du G8 du soutien des USA qui craignent qu'une déflation en Europe ne ralentisse la reprise économique chez eux.

Historiquement l'Allemagne n'a jamais tiré profit de son isolement. C'est probablement sur la base de cet argument politico-historique qu'il sera possible à Hollande de faire bouger l'Allemagne.

Certes, on peut rétorquer que le nouveau consensus sur la croissance en Europe est très ambigu. Certains privilégient la relance de la croissance par le lancement de projets d'investissement, tandis que d'autres appellent à des réformes structurelles. Et rien ne garantit que les propositions de Hollande parviendront à redonner vie rapidement à des économies moribondes.

Cela étant, il est évident que dans un pays comme la France, la réduction des dépenses publiques, notamment les dépenses de fonctionnement de l'État qui sont souvent improductives, est une condition indispensable de la reprise.

Mais par définition les problèmes de l'Europe ne peuvent pas se régler tous ensemble. Il est clair que l'opinion publique rejette l'austérité et que les marchés financiers s'inquiètent de plus en plus de ses conséquences sur la croissance à long terme. C'est là une alliance improbable et puissante, une alliance que les dirigeants européens ignoreraient à leurs risques et périls.

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  1. CommentedPaul A. Myers

    Germany, the Netherlands, Austria, Denmark, Sweden, Poland, Czech Republic, the Baltic Republics are all going to grow faster than France, Italy, and Spain over time. Power is going to flow northeast.

    The insurrection is not sustainable.

  2. CommentedPaul A. Myers

    There are two types of growth. One comes from increasing demand by borrowing and spending money. This can be an excellent countercyclical tool. The other way is to encourage enterprises that earn profits to reinvest profits to meet increased future demand. This is the basis of sustainable economic growth.

    If you are spending short-term, but not reforming long-term, then sustainability, particularly at higher levels of employment, becomes problematic.

    If you liberalize, the first effect will probably be more unemployment. Then you need stimulus funds to get these people back to work. So stimulus money is simply stabilizing, not creating short-term growth.

    One can see that European governments are going to be reluctant to embark upon structural refomrs.

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