Thursday, November 27, 2014
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Herbert Hoover et le Pacte de stabilité

À la mi-juillet, les bons et grands ministres des finances des pays membres de l'Union Monétaire Européenne (UME) se sont réunis pour examiner la situation économique de la zone euro. Ils ont ruminé les prévisions économiques les plus récentes, qui projettent une croissance annuelle du PIB dans la zone euro cette année au niveau tristement anémique de 0,7%. Puis, à l'exception d'un seul ministre, ils ont tous décidé que leur économie devait souffrir encore un peu de cette infamie ou pire encore.

Ils ont réaffirmé leur engagement envers le Pacte de stabilité et de croissance, qui exige des pays de la zone euro des augmentations d'impôts et des baisses de dépenses publiques, accentuant la pression sur leur économie. Ce Pacte est déjà en train de pousser l'Allemagne à la récession, le gouvernement italien se débat pour réviser ses prévisions de croissance suffisamment vite pour ne pas se faire dépasser par un indice de production défaillant. Pourtant, cela ne semble pas suffisant pour forcer les officiels à revoir leurs priorités.

Certains ministres des finances européens considèrent encore le Pacte de stabilité comme la « pierre angulaire » de l'UME. D'autres parlent de l'importance d'obéir à la « règle du jeu ». D'autres encore estiment que la reprise doit se faire « dans l'esprit du Pacte », même s'il reste essentiel de rétablir la croissance économique.

Vu de l'autre côté de l'Atlantique, toutes ces raisons semblent extrêmement étranges.

La dernière fois que le gouvernement américain a essayé d'assurer un budget équilibré malgré la récession, c'était il y a soixante-dix ans, sous la présidence de Herbert Hoover au début de la Grande dépression. Depuis un large consensus s'est établi aux États-Unis sur les cycles de dépression économique qui nécessitent l'utilisation des déficits budgétaires pour soulager les souffrances, stimuler la demande générale et précipiter la reprise.

Les économistes appellent ces cycles de poussées fiscales des « stabilisateurs automatiques ». Quand les revenus des ménages chutent, il en va de même des revenus du secteur public. Les réductions fiscales peuvent accroître les revenus disponibles. Mais, principalement, quand les revenus des ménages chutent, les dépenses sociales du gouvernement augmentent, déclenchant la reprise de la demande, de la production, de l'investissement et de l'emploi. La baisse des impôts et la hausse des dépenses élargissent le déficit du budget mais de manière saine et efficace.

Du côté américain de l'Atlantique, l'utilité de ces stabilisateurs fiscaux n'est pas remise en cause. Au contraire, à chaque menace de récession, le débat politique tourne autour de leur renforcement par des impulsions supplémentaires par le biais de politiques fiscales discrétionnaires. Personne n'envisage d'accroître la pression sur l'économie en augmentant les impôts et en réduisant les dépenses publiques. Ni les Démocrates ni les Républicains n'ont intérêt à étouffer l'activité économique. Cette question dépasse les divisions partisanes.

Pas plus que cela ne représente une question de discipline fiscale. À chaque fois que des propositions d'amendement de la Constitution pour l'équilibre du budget ont fait surface, les propositions ont toujours offerts des dérogations non seulement en cas de guerre mais aussi en cas de récession.

Nous connaissons les origines du Pacte de stabilité et de croissance. Les pays d'Europe du nord, particulièrement l'Allemagne et les Pays-Bas, se sont toujours plu à maintenir un rapport faible entre leur endettement et leur PIB et des taux d'intérêt relativement bas. Quand ces pays ont constaté que les pays d'Europe du sud, l'Italie et la Grèce particulièrement, avaient d'habitude un rapport élevé entre leur endettement et leur PIB et des taux d'intérêt nominaux assez élevés du fait de leur tolérance visible envers l'inflation.

Les pays d'Europe du nord craignaient que les déficits du sud puissent créer finalement une pression sur la monétarisation partielle de leur dette à travers l'inflation de l'euro, ou plus précisément, leurs dirigeants craignaient que les investisseurs effrayés pour les mêmes raisons exigent des taux d'intérêt plus élevés. Le Pacte de stabilité et de croissance avait pour but de maintenir la dette des pays du sud de l'Europe à de bas niveaux, maintenant ainsi les taux d'intérêt suffisamment bas pour rassurer les investisseurs sur le fait que l'endettement national ne serait jamais laissé à la hausse au point de générer une pression inflationniste sérieuse.

Pourtant si l'on examine les problèmes économiques de la zone euro aujourd'hui, la menace des taux d'intérêt nominaux élevés à long terme ne fait certainement pas partie des dix principales inquiétudes des investisseurs. Au pire, les investisseurs ne craignent pas qu'un endettement élevé poussent les gouvernements à ralentir l'inflation en actionnant la planche à billets. Les problèmes de l'Union européenne viennent d'un indice de production stagnant, un chômage structurel élevé, une faible croissance de la productivité, une politique agricole commune inutile et injuste et la prévision des ajustements structurels en vue de l'expansion de l'Union européenne elle-même.

D'un certain point de vue, il est bon que les ministres des finances de la zone euro soient prêts à maintenir leur endettement national au plus bas à long terme : c'est le signe que les victoires sur l'inflation gagnées dans les années 1970 ne seront pas purement et simplement ignorées.

Mais il est dangereux de faire une fixation sur le passé. Il n'existe pas de route plus sûre vers le désastre économique que celles des oeillères historiques. Comme en témoignerait Herbert Hoover, quand on ne considère que les problèmes économiques de la génération précédente, on risque de ne pas voir les dangers qui se trouvent directement sous nos yeux.

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