Wednesday, July 30, 2014
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Le renouveau de l’Espagne

MUNICH – Après avoir lutté pour la survie au cours des deux dernières années, l'économie de l'Espagne semble enfin être sortie des soins intensifs. Le secteur bancaire a été jugé « hors d’affaire »; la demande pour les obligations espagnoles a grimpé en flèche; et le pays peut à nouveau lever des capitaux à des taux d'intérêt raisonnables sur le marché. Mais il reste beaucoup de travail pour assurer une reprise stable à long terme.

Commençons par les bonnes nouvelles. La confiance des investisseurs est sur le chemin du retour, comme en témoigne le placement récent de 10 milliards d’euros (13,8 milliards de dollars) d'obligations à dix ans – qui a attiré quatre fois plus de souscriptions. Bien que les primes de risque sur les obligations à dix ans restent au-dessus des niveaux d'avant crise, les rendements ont considérablement diminué, passant de 4% au début 2010 à 3,2% aujourd'hui. Un nombre croissant de banques et de sociétés sont également de retour sur le marché des capitaux.

En outre, l'économie espagnole a renoué avec la croissance au troisième trimestre de l'année dernière et est en voie d’atteindre une croissance de plus ou moins 1% cette année. Si, comme prévu, le PIB augmente d'environ 2% l'an prochain, l'Espagne fera mieux que la moyenne de la zone euro et créera un environnement propice à des gains significatifs d'emploi à long terme.

Peut-être la conséquence la plus notable des efforts de réforme récents de l'Espagne est l’excédent de son compte courant – une première en plus de deux décennies. Au plus fort de la crise, le déficit du compte courant de l'Espagne avait atteint un montant sans précédent de 10% du PIB.

Une grande partie de ce progrès reflète la hausse des exportations, qui ont progressé à un taux annuel de 5,2% en 2013, dépassant l'Allemagne. La croissance rapide des exportations, combinée à une baisse des importations, a permis à l'Espagne de réduire de moitié son déficit commercial l'an dernier. En fait, les usines espagnoles ont renforcé leur productivité à un degré tel qu'elles sont en train de rafler des commandes à leurs concurrents européens.

Toutefois, il convient de noter que les gains de productivité sont en partie attribuables à une vague massive de licenciements d'employés – le côté sombre de l'assainissement économique. De même, les coûts de main-d'œuvre réduits et la baisse de l'inflation provoquée par la récession et l'austérité ont contribué à accroître la compétitivité des entreprises espagnoles dans la zone euro.

Il est vrai que les ajustements de salaires et de prix, y compris les développements temporaires affectant les coûts des denrées alimentaires et de l'énergie, ont impliqué un taux d'inflation négatif en Espagne, à environ -0,1%. Cependant, les inquiétudes sur les scénarios de déflation potentiels ne sont pas justifiées. Au contraire, en augmentant le revenu disponible réel des Espagnols, une faible inflation contribue à stimuler la consommation privée, alimentant une amélioration correspondante des indicateurs de sentiment économique, y compris la confiance des consommateurs.

Et pourtant, en dépit de ces indicateurs positifs, la reprise économique à long terme de l'Espagne reste loin d'être certaine. Le développement de l'activité d'investissement au cours des prochains trimestres sera un test crucial de sa trajectoire. Bien que l'investissement se soit stabilisé dans la seconde moitié de l'année dernière, il reste bien en dessous des niveaux d'avant crise.

Le défi n'est pas seulement d'accroître les investissements, mais aussi de s'assurer qu'ils soient durables, contrairement à la période précédant la crise, quand une allocation excessive de capital vers le développement immobilier a provoqué la surchauffe des secteurs de la construction et connexes. Cette fois, l'investissement devra être réparti entre tous les secteurs, stimulant le renforcement de leur compétitivité et, par conséquent, leur contribution à la croissance du PIB.

Heureusement, les perspectives semblent prometteuses, avec une confiance accrue du secteur privé, l'utilisation croissante des capacités et des perspectives de ventes encourageantes pour les entreprises. L'assainissement budgétaire en cours – et donc une forte pression au maintien d’un contrôle serré sur le budget – limiteront toutefois les investissements du secteur public.

La menace la plus puissante pesant sur la reprise économique de l'Espagne provient du marché du travail. Avec un taux de chômage de 25,3% - et un taux de chômage des jeunes à 53,9% - la situation semble sombre. Pour empirer les choses, malgré des gains considérables dans le dernier trimestre de 2013, la croissance de l'emploi est beaucoup trop faible pour faire baisser significativement le chômage.

En 2012, le gouvernement a mis en œuvre de vastes réformes du marché du travail pour augmenter la flexibilité interne des entreprises (facilitant le licenciement des travailleurs permanents et la modération salariale) et a introduit un modèle de réduction des heures des travailleurs. Cependant, ces modifications prennent effet lentement et souvent pas avant la phase de récupération.

Compte tenu de cela, le gouvernement doit faire davantage pour stimuler l'emploi à court terme, en particulier chez les jeunes, dont les connaissances, l'effort et l'esprit d'entreprise sont essentiels à la réussite économique à long terme de l'Espagne. Des mesures supplémentaires pour améliorer la formation professionnelle ou étendre le travail à temps partiel, par exemple, pourraient se révéler précieuses.

Le dernier défi face à l'Espagne est la dette publique, qui s'élève actuellement à près de 100% du PIB. Jusqu'à présent, les efforts visant à réduire la dette publique ont porté sur des mesures d'austérité douloureuses, y compris des réductions substantielles dans la fourniture de biens publics et en particulier dans les soins de santé et l'éducation. Dans le même temps, la réforme des retraites – y compris les ajustements dans la façon dont les prestations sont indexées sur l'inflation – allègera quelque peu la pression sur le budget public. Ces mesures, conjuguées à une libéralisation plus poussée des secteurs intérieurs protégés, permettront de renforcer considérablement le modèle de croissance économique de l'Espagne.

Le risque serait de retomber maintenant dans une forme de lassitude face aux réformes. Même si un ralentissement du rythme des réformes pourrait apporter un soulagement temporaire, il résulterait presque certainement en une inversion des réalisations durement acquises par l'Espagne. En effet, alors que le pire est maintenant dépassé, c’est la complaisance qui devient le pire ennemi de l'économie espagnole.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

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  1. CommentedJoshua Ioji Konov

    This is from the local ppl:
    Marco Turatti:
    this opinion is a clear demonstration of how current macroeconomics indicators (or even economic theory) are totally inadequates. I sell bonds and live in spain: while piigs are in vogue people conditions are not seeing ANY improvement. Capital markets are not real economy and the liason they have with real world involves a very small portion of economic agents. Multiplier effect is probably much smaller than we want to think. FINANCING IS IMPORTANT BUT IS NOTHING WITHOUT REAL IMPROVEMENTS (new engineering techiniques, new business models etc).

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