WEEKLY SERIES

INTERNATIONAL ECONOMICS

STRATEGIC SPOTLIGHT

GLOBAL FINANCE

ECONOMICS OF DEVELOPMENT

ECONOMIC AND REGULATORY POLICY

ECONOMIC HISTORY

ECONOMIC PERSPECTIVES

PUBLIC INTELLECTUALS

GLOBAL OUTLOOK

REGIONAL EYE

SPECIAL SERIES

PROJECT SYNDICATE

Islam

Refonte du Moyen-Orient

English Spanish Russian French German Czech

2003-06-01

Le président Bush, le premier ministre palestinien Mazen et le premier ministre israélien Sharon sont prêts à se rencontrer. L'Amérique est-elle sérieuse quant à sa proposition de rétablir la paix en Palestine et en Israël ? Comment cette réunion cadre-t-elle avec la stratégie américaine globale sur le Moyen-Orient ? Richard Haass, directeur du Bureau des affaires politiques du département d'Etat américain, offre sa carte routière de la région complète du Moyen-Orient.

Ce qui a été accompli en Irak et, plus important, ce que le peuple irakien accomplira avec l'aide américaine, déterminera l'avenir de l'un des pays clés du Moyen-Orient. Un Irak ouvert, orienté vers les échanges et pacifique pourrait amener croissance et réforme dans toute la région. Mais les changements d'une grande portée, tant en Irak qu'au Moyen-Orient, prendront certainement du temps.

Le défi post-Saddam qui se pose à l'Irak comprend quatre composantes : humanitaire, sécuritaire, économique et politique. Le défi humanitaire s'est révélé moins pesant que prévu grâce à la planification avancée des Etats-Unis et de la communauté mondiale et grâce à la méthode rapide, centrée et judicieuse utilisée par les forces de la coalition dans cette guerre.

Il subsiste encore des poches où l'aide humanitaire est nécessaire, mais la crise massive anticipée ne s'est heureusement jamais matérialisée. Les réfugiés et les personnes déplacées dans le pays sont peu nombreux ; les réserves de nourriture, d'eau et de médicaments sont le plus souvent suffisantes, ou du moins en bonne voie de l'être. Le gouvernement américain a apporté 600 millions de dollars par le biais d'agences de l'ONU et d'organisations non gouvernementales afin de répondre aux demandes humanitaires immédiates.

Nous devons également rétablir l'ordre fondamental en Irak. La sécurité constitue la condition absolue préalable à un redressement durable après le conflit ; sans elle, les Irakiens ne peuvent pas reconstruire leur pays ou retourner à l'école ou au travail. Le retrait de Saddam a suscité une vague de pillage, d'anarchie et de conflits. La priorité immédiate consiste à mettre fin à cette violence.

Au-delà de cette situation, les forces internationales doivent récupérer et éliminer toutes les armes de destruction massive, empêcher les tensions ethniques et religieuses de tourner à la violence, garantir qu'aucun des pays limitrophes de l'Irak n'aggravera une situation déjà instable. Sur le plus long terme, nous devons aider les Irakiens à reconstruire leurs forces policières et militaires afin qu'ils puissent assurer leur propre sécurité sans menacer quiconque.

La reconstruction économique est davantage envisagée comme un renouveau économique. La capacité de production est meilleure que prévu et l'Irak moderne bénéficie d'une vaste main-d'oeuvre. A l'inverse de nombreuses situations post-conflictuelles récentes, les matières premières sont abondantes. Les Etats-Unis apportent plus de 2 milliards de dollars pour soutenir les premiers efforts de reconstruction. La production pétrolière a repris en quantités significatives. Les défis sur le plus long terme portent sur l'augmentation de la production de pétrole et l'allègement de la dette actuelle qui est considérable. La décision prise par le Conseil de Sécurité de l'ONU quant à la suppression de toutes les sanctions économiques constitue un pas appréciable en avant.

L'aide à la régénération politique de l'Irak peut constituer la tâche la plus difficile, étant donné les nombreuses divisions religieuses, ethniques, géographiques et politiques qui caractérisent la société irakienne. Les cyniques et les sceptiques ont néanmoins tort. L'objectif de l'Amérique (un Irak intact, doté d'un gouvernement représentatif et respectueux de la loi) n'est pas une chimère, tout particulièrement si l'on tient compte de la population éduquée et de la bourgeoisie qui représente une partie assez importante du pays.

La communauté internationale peut atteindre cet objectif si elle est prête à rester dans la course et à oeuvrer avec les Irakiens jusqu'à ce que les fondations d'une société démocratique aient pris. Les dirigeants irakiens responsables doivent être aidés dans leur tâche de canalisation du formidable ferment politique actuel vers des directions constructives.

La situation en Irak aura de toute évidence un impact sur les pays alentour. Mais elle ne déterminera pas pour autant le destin du Moyen-Orient.

Il est difficile de penser à un problème de politique extérieure qui préoccupe et polarise autant l'opinion mondiale que la question palestinienne. Un an auparavant, le président George W. Bush a affirmé son intention d'amener un état palestinien démocratique qui soit prêt à vivre en paix aux côtés d'Israël. Oeuvrant avec la Russie, l'UE et l'ONU, les Etats-Unis ont tracé une carte routière conçue pour nous amener par étapes vers cet objectif. L'émergence d'un nouveau premier ministre et d'un gouvernement palestiniens constitue une ouverture importante en ce sens.

Il importe désormais de persuader les Palestiniens et les Israéliens d'entamer le processus de paix, de prendre des mesures pour améliorer la situation sur le terrain afin qu'ils puissent s'attaquer à des questions d'une plus grande portée autour de la table des négociations. Les terroristes ne doivent pas être autorisés à contrecarrer interminablement la recherche de la paix.

Mais la résolution de la question palestinienne ne résoudra pas pour autant tous les problèmes du Moyen-Orient. Les défis posés par l'Iran sont bien définis : ce pays développe des armes de destruction massive et soutient depuis longtemps le terrorisme. Une telle attitude défie les normes et les règles de la communauté internationale et isole l'Iran et ses citoyens. La poursuite de ces actions aura des conséquences. Mais si l'Iran se détourne de la terreur et de sa recherche d'armes catastrophiques, il trouvera les Etats-Unis prêts à reprendre leurs relations avec lui. Les Etats-Unis sont également prêts à réagir si la Syrie fait montre d'un changement considérable dans son attitude.

Un problème plus général concerne le manque relatif d'ouverture dans les systèmes politiques et les économies de la région. L'Amérique a trop longtemps toléré une « exception démocratique » dans le Moyen-Orient musulman. Tant que les gouvernements se montraient amicaux et soutenaient la stabilité régionale, les pays étrangers n'avaient aucun besoin de favoriser un gouvernement représentatif.

Nous avons appris à nos dépens que des systèmes politiques fermés n'engendrent que ressentiment et extrémisme dirigés contre les intérêts de l'Amérique, de l'Ouest et du monde entier. C'est la raison pour laquelle nous soutenons la démocratie et les réformes politiques par le biais de l'Initiative de partenariat entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient lancée par le secrétaire d'Etat Colin Powell en décembre 2002.

Les systèmes économiques fermés représentent également un danger. Comme l'a démontré le Rapport arabe sur le développement humain de l'année dernière, le Moyen-Orient arabe reste loin derrière les autres régions quant à l'observation de mesures essentielles telles que la liberté individuelle, l'égalité des sexes, et le développement économique et social.

Ces pays ont vu trop longtemps la prospérité économique les ignorer. Le président Bush est déterminé à aider les Arabes à recueillir les fruits de la liberté économique. La mise en application de sa récente proposition, qui vise à établir une zone de libre-échange entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient d'ici une décennie, jetterait des bases solides.

Richard N. Haass est le directeur du Bureau des affaires politiques du département d'Etat américain.

You might also like to read more from or return to our home page.

Toute reproduction du contenu de ce site sans accord écrit de Project Syndicate constitue une infraction à la législation internationale relative au droit d’auteur. Pour obtenir une autorisation, merci de nous contacter à l’adresse suivante : distribution@project-syndicate.org.
English Spanish Russian French German Czech

You must be logged in to post or reply to a comment.
Please log in or sign up for a free account.