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Europe: Divergence salariale et compétitivité

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2010-06-04

BRUXELLES –Chaque fois qu'il participe à la réunion d'une instance européenne, le président de la Banque centrale européenne présenterait un graphique qui montre l'évolution relative du coût du travail dans les 16 pays de la zone euro. On y voit la divergence croissante depuis 10 ans entre la Grèce, le Portugal et l'Espagne d'une part et l'Allemagne d'autre part où l'augmentation du coût du travail est bien moindre depuis 1999. Sur cette période la hausse des salaires y a été de 20% inférieure à celle observée dans les pays du sud de l'Europe, actuellement en difficulté et dont la compétitivité commerciale diminue. La conclusion semble évidente : ces pays doivent réduire le coût du travail de manière à retrouver la compétitivité qu'ils ont perdue en adoptant la monnaie commune.

Le groupe de travail dirigé par le président de l'UE, Herman Van Rompuy, qui doit concevoir une réforme fondamentale de la coordination des politiques européennes au sein de l'UE se préoccupe également de cette divergence. Lors de sa première réunion sa proposition clé a été de créer des indicateurs de compétitivité et de les utiliser pour exiger des pays membres qu'ils prennent des mesures en cas de divergence importante.

Mais cette approche pourrait conduire dans une mauvaise direction. La compétitivité que l'on mesure habituellement en termes de coût du travail est un concept relatif. Ce que gagne un pays est perdu par un autre. Restaurer la compétitivité de certains pays membres (l'Espagne et la Grèce) suppose d'accepter sa détérioration dans d'autres (l'Allemagne).

L'ajustement pourrait se faire en augmentant les salaires dans les pays où le coût du travail est le plus faible, plutôt que de les diminuer dans les pays où il est le plus élevé. La réponse officielle à cette proposition consiste à dire qu'aucun pays ne doit être contraint d'augmenter les salaires et que tout le monde sera gagnant si des réformes structurelles permettent d'augmenter la productivité. C'est certainement vrai, mais cela ne résout pas le problème fondamental, à savoir que le coût relatif du travail ne peut diminuer dans un pays que s'il augmente dans un autre.

Même en supposant qu'un accord puisse être trouvé sur la manière de répartir les gains et les pertes de compétitivité entre les différents pays de la zone euro, ils n'ont pas d'économie planifiée. Or dans une économie de marché, l'Etat ne peut pas faire grand chose pour contraindre les salaires à la baisse dans le secteur privé.

Certes, il peut décider d'une baisse des salaires dans le secteur public. C'est d'ailleurs ce qui est en train de se faire en Grèce et en Espagne. Mais il n'y a guère de preuve empirique de l'impact des salaires dans le secteur public sur ceux du secteur privé.

La solution serait-elle d'augmenter rapidement la productivité ? Même si l’Etat faisait les réformes structurelles dans ce but, il n'est pas sûr que cela suffirait. Au sein de l'UE c'est souvent l'opposé qui est vrai. C'est parfois dans les pays où la productivité de la main d'oeuvre a le plus augmenté que la perte de compétitivité a été la plus forte, c'est le cas en Irlande.

Comment cela s'explique-t-il ? Une meilleure productivité devrait conduire à une baisse du coût du travail. Mais les hausses de salaire annulent les bénéfices liés à l'amélioration de la productivité. Cette dernière augmente en général de moins de 1% tandis que les hausses de salaire sont nettement plus fortes.

La vraie question est donc de déterminer les paramètres qui font évoluer les salaires. Les chiffres dont on dispose semblent montrer que les plus fortes hausses de salaire lors des 10 dernières années ont été généralement accompagnées d'une forte croissance de la demande intérieure (par exemple en Espagne et en Grèce).

Les salaires orientent-ils la demande ou est-ce l'inverse ? La compétitivité des pays du sud de l'Europe a baissé après une diminution marquée du chômage. Cette baisse de compétitivité n'est pas due à un manque de réformes structurelles ou à des revendications syndicales exagérées, mais à un boom de la demande intérieure alimentée essentiellement par la facilité d'obtention du crédit à la consommation (Grèce) ou dans la construction (Espagne et Irlande). L'augmentation de la demande en matière de consommation et de construction a entraîné une hausse de la demande de main d'oeuvre, notamment dans des secteurs protégés comme les services - d'où une hausse des salaires.

Si le problème était une demande intérieure trop importante, il serait en voie de résolution. Les marchés des capitaux internationaux ont déjà largement fermé le robinet du crédit qu'ils accordent aux pays du sud de l'Europe. Les restrictions budgétaires considérables que ces derniers viennent d'adopter devraient contribuer à diminuer leur consommation intérieure - et peut-être même y mettre un coup de frein brutal. Si le marché du travail est flexible, il devrait en résulter une baisse des salaires. La flexibilité du marché du travail est une condition clé tant à la baisse qu'à la hausse des salaires.

Cet ajustement serait bien plus facile si les salaires ne baissent pas également en Allemagne. Mais étant donné que le chômage baisse dans ce pays, c'est improbable, d'autant que dans le passé cela a conduit à une hausse (modérée) des salaires.

L'idée que l'Etat "doit agir pour améliorer la compétitivité" risque de conduire à un activisme dans la coordination des politiques économiques, les gouvernements et les institutions de l'UE cherchant constamment à influer sur le niveau des salaires du secteur privé. Cela pourrait fonctionner, au moins partiellement dans la crise actuelle, mais cela n'évitera pas de futures divergences de compétitivité si les demandes intérieures divergent à nouveau.

Les réformes structurelles sont toujours utiles, mais augmenter la productivité prend beaucoup de temps et n'améliore pas toujours la compétitivité. Les pays d'Europe du sud doivent accepter que la demande intérieure chute à un niveau qui leur permette de vivre sans apport supplémentaire de capitaux. Ceci réalisé, le marché du travail devrait permettre au système d'atteindre son nouvel équilibre.

Daniel Gros est directeur du Centre for European Policy Studies (CEPS).

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empirical 08:38 16 Jun 10

2 remarks:

1) No growth? Does Europe and other countries live in a static environment or do we compete for market shares in the future?

2)Next time when Nadal is bound to win he should slow down (on the basis of solidarity) to let others hit the ball also.


Gunnar_Rundgren 12:34 18 Nov 11

What is striking is that the same groups that emphasize that there are only winners and no losers with globalization; that it is beneficial for everybody, they constantly remind us of how important it is that “we keep our edge”, or “improve out competitiveness”, that we upgrade our society so that we are in the forefront of research and technical development. I expand on this discussion in my post Stop pretending that there are only winners in globalisation.