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L'autofinancement au service du développement

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2008-08-30

NEW-YORK – Au cours de la dernière décennie, les réserves en devises étrangères des pays en voie de développement ont connu une augmentation rapide pour atteindre un volume considérable. Selon le FMI, les réserves mondiales en devise ont triplé en six ans, passant de 2100 milliards de dollars en décembre 2001 au montant record de 6500 milliards de dollars début 2008.

Les pays en développement comptent pour plus de 80% dans cet accroissement et leurs réserves approchent maintenant 5000 milliards de dollars. La moitié de cette somme se trouve en  Asie, mais l'Amérique latine et l'Afrique ont aussi accumulé des actifs étrangers à un rythme étonnant. L'ensemble de ces réserves dépasse les besoins immédiats en liquidité des pays en développement, c'est pourquoi leurs fonds souverains croissent et se multiplient, jusqu'à représenter 3000 milliards d'actifs supplémentaires.

L'accroissement sans précédent de leurs réserves est dû à l'excédent de leurs comptes courants et à l'afflux des capitaux étrangers. Pratiquement toutes leurs réserves sont investies en actifs dans les pays développés, ce qui se traduit par une augmentation du transfert net des ressources des pays en développement vers les pays développés. Selon le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU, cela représente 720 milliards de dollars seulement pour 2007.

Malgré la croissance économique et le recul de la pauvreté depuis quelques années dans beaucoup de pays en développement, les investissements en infrastructures sont insuffisants pour maintenir la croissance. C'est pourquoi nous proposons que les pays en développement consacrent une très faible portion de leurs réserves en devises - disons 1% -  à l'expansion des banques de développement régionales existantes ou à la création de nouveaux établissements qui investiraient dans les infrastructures et dans les autres secteurs de première importance.

Les dépenses d'infrastructure sont un élément clé d'une croissance durable, mais là aussi il y a un décalage important entre besoins et réalité. Selon la Banque mondiale, les pays en développement consacrent en moyenne 3 à 4% de leur PIB aux infrastructures, alors qu'il faudrait que cette proportion soit de 7% pour maintenir une croissance rapide – la différence qui représente plus de 300 milliards de dollars par an.

Contrairement à ce que l'on espérait, le secteur privé n'a pas tellement investi dans le financement des infrastructures. Les investissements privés restent limités et sont restreints à certains pays et à certains secteurs. La plus grande partie du financement vient des gouvernements. L'aide publique au développement et les prêts bancaires multilatéraux, pour appréciables qu'ils soient, restent insuffisants. Le fossé est considérable entre les besoins et les sommes investies dans les infrastructures au niveau régional et transfrontalier, par exemple dans le domaine de l'énergie et des routes.

Les institutions multilatérales de financement doivent assumer leur fonction première dans l'architecture du développement international, notamment la participation au financement des infrastructures. Mais les institutions régionales et sub-régionales des pays en développement peuvent et doivent jouer leur rôle, à la fois précieux et complémentaire. Ces institutions renforcent le poids des pays en développement et favorisent leur autonomie. Elles peuvent s'appuyer davantage sur leur influence que sur des stipulations financières et bénéficier de petites asymétries dans l'information.

Enfin, les banques de développement régionales et sub-régionales sont bien conçues pour intervenir au profit de l'intérêt général au niveau régional. L'importance croissante de l'intégration commerciale et des flux commerciaux régionaux rendent urgent le financement d'infrastructures régionales. L'intégration commerciale a été initialement soutenue par des investissements massifs dans les infrastructures régionales provenant pour une part importante d'une grande institution crée pour cela, la Banque européenne d'investissement.

Si les pays en développement consacraient seulement 1% de leurs réserves en devises aux capitaux versés aux institutions régionales et sub-régionales, cela représenterait 50 milliards de dollars. Avec un rapport prêt/capital de 2,4 – une valeur basée sur celui de la Corporation andine de développement, un organisme de crédit réputé pour sa solidité financière – les banques de développement régionales et sub-régionales (dont le poids doit s'accroître ou qui restent à créer) pourraient apporter un prêt additionnel à hauteur de 120 milliards de dollars.

Avec le temps, elles pourraient utiliser leurs bénéfices non distribués pour accroître leur possibilité de prêt sans capital d'apport additionnel. Cela permettrait de répondre en grande partie aux besoins restant en financement des infrastructures.

Basée sur ces calculs, la capacité supplémentaire de prêt dépasserait nettement le total des fonds mis à disposition par les banques multilatérales de développement. Il y faudrait des calculs et une analyse plus précise, ainsi que des discussions avec les gouvernements, les institutions existantes, les agences de notation et les autres parties prenantes.

En favorisant l'expansion des institutions régionales ou sub-régionales de financement ou en en créant de nouvelles, les pays en développement pourraient bâtir les fondations de leurs propres capacités de prêt, ce qui leur permettrait d'atteindre leurs objectifs en matière de développement. Etant donné l'importance de leurs réserves en devise, le moment est venu de passer à l'action.

Stephany Griffith-Jones est directrice exécutive de l'Initiative for Policy Dialogue (IPD) à l'université de Columbia à New-York. José Antonio Ocampo, ancien sous-secrétaire général de l'ONU, est coprésident de l'IPD. Pietro Calice est conseiller politique principale de l'ONG Christian Aid.

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AUTHOR INFO

Stephany Griffith-Jones is Head of Financial Research of the Initiative for Policy Dialogue at Columbia University.
José Antonio Ocampo, former United Nations Under-Secretary-General for Economic and Social Affairs and former Finance Minister of Colombia, is Professor and Member of the Committee on Global Thought at Columbia University.
Pietro Calice is Senior Policy Advisor, Christian Aid.