Friday, August 1, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
2

La Chine doit anticiper une sortie de la Grèce de la zone euro

PEKIN – Malgré les assurances répétées des dirigeants de l'UE, après plus de deux ans on ne voit toujours pas le bout du tunnel de la crise de la dette en Europe. Evoquant une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré récemment devant le Parlement européen qu'il n'existait pas de plan B.

Il se voulait rassurant. Mais après tant de déceptions, la Chine ne prend plus au sérieux les promesses des dirigeants européens, des promesses qu'ils ne sont pas sûrs de pouvoir honorer. C'est pourquoi la Chine doit avoir son propre plan B au cas où la Grèce sortirait de la zone euro.

Il semble de plus en plus probable que la Grèce ne respectera pas les obligations liées au plan de sauvetage. Si cela se passe ainsi et que la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI) suspende son aide, la Grèce sortira presque inévitablement de la zone euro.

Il faut donc que la Chine soit prête à affronter la tempête financière mondiale qui pourrait suivre, ainsi que ses conséquences à long terme. Les dirigeants chinois ne doivent pas s'imaginer que la contagion financière épargnera leur pays. La sortie de la Grèce frappera les banques européennes qui détiennent des obligations souveraines des pays à la périphérie de la zone euro et l'onde de choc se propagera ensuite vers les pays émergents comme la Chine.

L'exposition des banques et des institutions financières chinoises aux actifs des Etats et des banques de la zone euro est négligeable, néanmoins la fuite des capitaux hors des marchés à risque qui suivrait la sortie de la Grèce pourrait égaler ou même dépasser celle qui a suivit l'effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. En raison de la faible rentabilité des marchés financiers des pays développés et de la montée en puissance des pays émergents, les avoirs des investisseurs étrangers chez ces derniers sont plus importants qu'en 2007 et 2008.

La Chine a déjà subi les conséquences de la crise européenne à la fin de l'année dernière, lorsque le système financier européen a semblé au bord de l'effondrement. Quand les banques européennes ont chancelé, le taux de change du yuan a chuté pendant 11 jours consécutifs, malgré l'excédent des comptes courants de la Chine.

Jusqu'à présent les performances des devises et des autres actifs des pays émergents lors du  trimestre en cours suggèrent que l'on est à nouveau dans une phase de désinvestissement. Du fait de la faible croissance du premier trimestre, les investisseurs étrangers hésitent à conserver des capitaux en Chine. L'abandon de l'euro par la Grèce pourrait être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Cela conduirait à un resserrement monétaire sur le plan intérieur en Chine, alors que le pays se trouve à un moment particulièrement délicat de son cycle économique.

Il ne pourrait y avoir pire moment pour accélérer la libéralisation des comptes de capitaux. La Banque populaire de Chine (PBC) et les autres autorités chinoises devraient au contraire envisager de rétablir le contrôle des capitaux, de suspendre les marchés et de constituer une réserve de liquidité de secours.

Ces mesures ne sont guère différentes de celles qui seront appliquées dans la zone euro si la Grèce s'en retire. Dans l'idéal, la Chine devrait appliquer ces mesures en coordination avec ses partenaires internationaux du G20. Le cadre d'une telle coopération s'est renforcé depuis 2008 et la Chine ne doit pas hésiter à demander sa mise en œuvre.

La Chine aura aussi besoin d'un plan à moyen terme pour faire face aux conséquences d'une sortie éventuelle de la Grèce hors de la zone euro. Si la contagion s'avère limitée, la Grèce restant seule sur le carreau, la baisse de production au sein de la zone euro ne sera pas catastrophique, même si elle est sévère. Néanmoins l'UE étant le premier partenaire économique de la Chine, elle doit se préparer à une baisse marquée de l'emploi dans le secteur exportateur.

L'expérience du Japon montre qu'une récession due à une crise financière peut être extrêmement longue, car une restructuration prend beaucoup de temps. Il est fort probable que la récession actuelle va se prolonger encore plusieurs années aux USA et dans l'UE. Aussi le gouvernement chinois doit-il avoir un plan à moyen et long terme pour faire face à un ralentissement mondial de longue durée.

Il devra notamment réagir à la hausse du chômage et venir en aide aux personnes en difficulté pour préserver la paix sociale. Et il doit surtout persévérer dans sa politique en faveur des réformes structurelles, de manière à ce que la croissance chinoise repose davantage sur la demande intérieure.

Enfin, le flux de capitaux étrangers va sans doute diminuer pendant quelques temps, ce qui va avoir des répercussions sur la situation monétaire interne de la Chine au moment où la demande agrégée est faible. La PBC devra donc maintenir ses mesures anticycliques pour éviter une spirale déflationniste.

La Chine doit donner davantage de flexibilité au yuan, tant à la hausse qu'à la baisse, chaque fois que cela s'avèrera nécessaire, même si cela doit donner lieu à des critiques, notamment à l'approche des élections présidentielles aux USA. Néanmoins la Chine ne doit pas se détourner des réformes structurelles indispensables, aussi douloureuses soient-elles, sous prétexte d'un relâchement éventuel de la politique monétaire par la PBC.

La perte de compétitivité des pays à la périphérie de la zone euro - masquée par une abondance de crédit provenant essentiellement de l'Allemagne, ce qui n'est en aucun cas une solution durable - est l'un des échecs les plus retentissants de l'Europe. La Chine doit être prête à intervenir au secours de la zone euro. Pour que l'intégrité de cette dernière ne soit pas menacée en cas de sortie de la Grèce, la Chine doit se joindre à ses partenaires internationaux pour ériger un pare-feu efficace dans le cadre du FMI.

Un tel pare-feu et l'engagement de l'Europe en faveur de réformes structurelles contribueraient beaucoup à calmer les marchés et réduiraient les risques courus par la Chine lors de son intervention. Autrement dit, la Chine doit apporter son aide dans la mesure où elle est à peu près sure de son efficacité.

Les pays de la zone euro, l'Allemagne en particulier, doivent reconnaître clairement les raisons fondamentales de la crise grecque et s'engager vers l'union budgétaire, tout en réalisant qu'une stratégie basée exclusivement sur l'austérité imposée aux pays les plus fragilisés de la zone conduit à une impasse.

La réforme de la gouvernance du FMI doit aussi être discutée. Par ailleurs, la zone euro devra probablement s'ouvrir davantage aux investissements étrangers. Aussi, les entreprises chinoises disposant de liquidités pourraient saisir l'occasion qui se présente à elles, que ce soit par des investissements directs étrangers ou par des acquisitions.

Une sortie de la Grèce de la zone euro au cours des prochains mois serait un défi entièrement neuf pour la Chine. Elle ne doit pas négliger les risques que cela présenterait pour elle et préparer dès à présent un plan de bataille pour y faire face.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (2)

Please login or register to post a comment

  1. Portrait of Christopher T. Mahoney

    CommentedChristopher T. Mahoney

    China has pursued the right financial policies since Tienanmen: (1) dollar peg; (2) non convertibility; (3) capital controls; (4) massive buildup of dollar reserves; (5) accommodative M policy. She would be foolish to start experimenting with anything new. She has a small margin for error.

  2. CommentedJoshua Ioji Konov

    Th dead end of austerity measure is the rightest statement, however the unification of the EU is considered to be resulted of debt reduction, i.e. the accelerated austerity..! Compare to China where more advanced parts assist less developed to prompt growth; in the way EU policies and public opinion goes the rich have no intention helping the poor, thus for the EU splitting particularly the Euro to their old currencies would bring more business diversity bettering their market environment.., however unorthodox this conclusion it might look like...

Featured