Wednesday, April 23, 2014
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Bons et mauvais déficits

LONDRES - « Les déficits sont toujours mauvais », tonnent les experts en matière fiscale. Pas tant que ça, répond l’analyste en investissements stratégiques H. Wood Brock, dans un nouveau livre intéressant, The American Gridlock.*  Une évaluation appropriée, discute Brock, dépend de la « composition et de la qualité de la dépense totale du gouvernement. »

Les déficits du gouvernement qui résultent de la dépense courante pour des services ou des transferts sont mauvais, parce qu'ils ne produisent aucun revenu et s’ajoutent à la dette nationale. En revanche, les déficits résultant de la dépense en capital sont - ou peuvent être - bons. Si elle est administrée avec sagesse, une telle dépense produit un flux de revenus qui entretient et finit par solder la dette. D’une manière primordiale, elle relance la productivité et améliore ainsi le potentiel de croissance de longue durée d'un pays.

De cette distinction s’ensuit une règle fiscale importante : la dépense courante des gouvernements devrait normalement être équilibrée par les impôts. Jusqu'à ce point, les efforts pour réduire aujourd'hui les déficits de la dépense courante sont justifiés, mais seulement s'ils sont entièrement remplacés par des programmes de dépense en capital. En effet, la réduction de la dépense courante et l'augmentation de la dépense en capital devraient être étroitement liées.

L'argument de Brock est que, étant donné l'état de leur économie, les Etats-Unis ne peuvent pas retourner au plein emploi sur la base de la politique actuelle. La reprise est trop faible et le pays doit investir 1 trillion de dollars supplémentaire par an pendant dix ans, dans des équipements de transport et d'éducation. Le gouvernement devrait établir une Banque Nationale d'Infrastructure pour fournir des finances pour emprunter directement, pour attirer des fonds du secteur privé, ou par un mélange de ces deux options. (J'ai proposé une institution semblable au Royaume-Uni.)

La distinction entre dépense en capital et dépense courante (et ainsi entre les « bons » et « mauvais » déficits) est un pont-aux-ânes pour tout étudiant en finances publiques. Mais nous oublions la connaissance à une vitesse si alarmante qu'il vaut la peine de la reformuler, en particulier aux experts en déficit au pouvoir au Royaume-Uni et en Europe, bien que heureusement pas (encore) aux Etats-Unis.

Selon des propositions convenues lors d'une réunion informelle du Conseil Européen le 30 janvier, tous les membres de l'UE sont tenus de modifier leur constitution pour présenter une règle de budget équilibré, qui plafonne les déficits structuraux annuels à 0.5% du PIB. Ce plafond peut être relevé seulement dans le cas d'une dépression profonde ou dans d'autres circonstances exceptionnelles, en tenant compte de la politique anticyclique à condition que l'on convienne que le déficit additionnel est cyclique, plutôt que structural. Autrement, les infractions déclencheraient automatiquement des amendes jusqu'à 0.1% du PIB.

Le Royaume-Uni est l'un de deux pays de l'UE (avec la République tchèque) à avoir refusé de signer cette acceptation du « contrat fiscal », qui est nécessaire pour accéder au fonds de renflouement européen. Mais le gouvernement du Royaume-Uni a l’objectif identique de ramener son déficit courant de 10% du PIB à un taux proche de zéro en cinq ans.

Un argument généralement entendu à l'appui de cette politique est que « les garde-fous des marchés obligataires » n'exigeront rien de moins. Et les finances de quelques gouvernements européens (et des gouvernements latino-américains dans un passé récent) ont été si périlleuses que cette réaction est compréhensible.

Mais ce n'est pas vrai des Etats-Unis ni du Royaume-Uni, qui ont tous les deux de grands déficits fiscaux. Et la plupart des pays adhéraient à la discipline fiscale raisonnablement sévère avant que la crise de 2008 n'ait miné leurs banques, coupé leurs recettes fiscales, et n’ait poussé à la hausse leur dette souveraine.

En même temps, nous ne devrions pas attribuer l'enthousiasme actuel pour le retranchement fiscal à de telles contingences. En son centre se trouve la croyance que toute dépense du gouvernement au-dessus d'un minimum nécessaire est inutile. L'Europe a ses propres acharnés de la Tea Party. Ces personnes détestent l'Etat-providence, veulent le supprimer ou le réduire à une portion congrue et sont convaincues que toute dépense de capitaux commanditée par l'Etat est un « objet sans valeur » - toutes ces routes, ces ponts et ces lignes de chemin de fer vers nulle part, qui absorbent leur argent dans la corruption et l'inefficacité.

Ceux qui croient cela sont en général impassibles devant la corruption et le gaspillage qui caractérisent beaucoup de dépenses du secteur privé. Et ils préfèrent le gaspillage total consistant à laisser des millions de personnes assises à ne rien faire (Brock compte que 16% de la main d'œuvre américaine est au chômage, sous-employée, ou trop découragée pour chercher un emploi) à la perte probablement partielle des programmes qui les font travailler, consolider leurs qualifications et équiper le pays en capitaux.

On peut critiquer certains détails de l'exposé de Brock : une compréhension plus profonde de Keynes lui aurait donné une réponse plus persuasive à l'objection que, si les projets financés par l'Etat valaient la peine d'être réalisés, le secteur privé les aurait réalisés en effet. D'ici peu, nous devrons fournir des réponses à ces questions, parce que les règles fiscales de pré-récession que les Européens essaient en vain de renforcer n'étaient pas à la hauteur.

Nous sommes loin d'avoir établi une théorie de post-récession en politique macro-économique, mais certains éléments sont clairs. À l'avenir, les politiques fiscale et monétaire devront fonctionner ensemble : ni l'une ni l'autre ne peut stabiliser à elle seule des économies de marché instables en soi. La politique monétaire devra faire beaucoup plus qu'elle n'a fait avant 2008 pour retenir « l'exubérance irrationnelle  » des marchés financiers. Et nous avons besoin d'un nouveau système non ambigu de comptabilité fiscale, qui distingue la dépense financée par l'impôt du gouvernement, de la dépense publique qui paie pour elle-même.

Surtout, nous devons reconnaître que le rôle de l'Etat dépasse le maintien de la sécurité extérieure et de l'ordre public de la nation. Comme Adam Smith l'a écrit dans La Richesse des nations :

« Le troisième et le dernier des devoirs du souverain (...) est celui d'élever et d'entretenir ces ouvrages et ces établissements publics, dont une grande société retire d'immenses avantages, mais qui sont néanmoins de nature à ne pas pouvoir être entrepris ou entretenus par un ou par quelques particuliers, attendu que, pour ceux-ci, le profit ne saurait jamais leur en rembourser la dépense. »

Parmi ces ouvrages publics, les principaux pour Smith sont ceux qui « facilitent le commerce de n'importe quel pays, tel que de bonnes routes, ponts, canaux navigables, ports, etc. » Un autre passage de la connaissance oubliée que Smith mentionne également est l'importance de l'éducation. Il a raison le faire, toutefois de nombreux experts en déficit d'aujourd'hui semblent, par leur comportement, prouver le contraire.

* L’Impasse américaine, (Note du traducteur )

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  1. Commentedparthasarathy Shakkottai

    MMT says deficits are always good.
    "Role of the national government

    Before we establish specific arrangements in the financial markets etc, we need a clear statement of purpose for any national government. I think some of the erroneous reasoning in the media and within the broader debate stems from a lack of clarity about what it is that the national government should be doing on our behalf.

    From the perspective of modern monetary theory, the national government which issues the currency as a monopolist has a charter to advance public purpose (welfare) at all times even if, in doing this, specific private interests are impeded. In general, the advancement of public interest will provide a sound basis for private benefit also. But at times this will not be the case.

    From that broad charter, full employment, poverty alleviation and environmental sustainability become the most significant expressions of public purpose although in choosing those policy targets I am expressing my values rather than making an economic statement.

    However, it is highly unlikely that an economy will perform to potential if these policy targets are compromised."- from
    http://bilbo.economicoutlook.net/blog/?p=5098&cpage=1#comment-1553”

    The cumulative deficits lead to national wealth. The household net worth of USA is $58.5 Trillion. The national debt is $14 T. GDP is about the same, $14T/yr. The ratio of GDP/yr to govt spending/yr has been about 5 over the years. The same ratio holds for household net worth to national “debt”. Deficits grow the economy and there is no risk in maximizing deficit spending until the economy is operating with no unemployment and no idle capacity. If inflation begins, it can be stopped by interest rate control. There is no need to pay back national “debt” even if you could! GDP, national wealth, and national “debt” all grow together.

  2. CommentedMichael Bakewell

    Absent from this discussion is the current level of debt which must be serviced either from "current spending balanced by taxation" or worse, future borrowing. Before continuing or widening a deficit spending plan shouldn't some stress test be applied against economic downturn, raising interest rates, etc.?

    1. Commentedparthasarathy Shakkottai

      Actually the national debt is held mostly by US citizens, pension funds,businesses etc and the interest circulates as private sector income. If the national debt is paid off lots of grand mothers will be unhappy!”

  3. CommentedWilliam Wallace

    Excellent read. My hope is that leaders on both sides of the Atlantic, as well as their political opposition, will come around to the views expressed here sooner rather than later. The austerity panic has gone on long enough.

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