Monday, September 1, 2014
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Globaliser l’OTAN

PRINCETON – La semaine prochaine, les 28 membres de l’OTAN se réuniront à Chicago pour leur sommet annuel. Soixante-deux ans après la signature du Traité de l’Atlantique Nord qui engageait les Etats-Unis, le Canada et dix pays européens à considérer que le principe d’une attaque contre l’un constitue une attaque contre tous, l’OTAN se mue en une organisation globale du vingt-et-unième siècle. Il s’ensuit que le monde sera plus sûr.

En 1949, le monde se divisait rapidement en deux principaux blocs politico-militaires, l’Est et l’Ouest, coexistants avec un important « mouvement des non-alignés. » L’OTAN s’opposait alors au Pacte de Varsovie, créé par l’Union Soviétique et ses alliés en 1955. Des puissances plus petites se sont agrégées à la super puissance à l’intérieur de chaque bloc mais aucune flexibilité au sein de ces deux blocs ne permettait à des groupements de membres plus petits de déployer leurs moyens d’alliance.

Aujourd’hui, l’OTAN devient, dans les propres mots de son Secrétaire général Anders Fogh Rasmussen, « le centre d’un réseau de partenariats de sécurité et un centre de consultation sur les questions de sécurité globale. » C’est une « institution connectée globalement, » avec plus de 40 pays individuels partenaires et des liens croissants avec d’autres organisations internationales.

Les pays partenaires sont en effet tous les pays européens non membres de l’OTAN, comme l’Autriche, la Suisse, la Finlande et la Suède, et de possibles futurs membres aspirants comme la Bosnie, la Serbie, la Macédoine, l’Ukraine, le Belarus, et même la Russie. Pratiquement tous les pays d’Asie centrale – du Turkménistan au Kazakhstan, ainsi que l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Afghanistan, et le Pakistan – sont aussi partenaires tout comme l’ensemble du Maghreb, du Maroc à l’Egypte, ainsi qu’Israël, la Jordanie, l’Irak, le Bahreïn, le Qatar, le Koweït, et les Emirats Arabes Unis. Enfin, dans la zone pacifique, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Mongolie sont aussi partenaires.

D’un point de vue organisationnel, l’OTAN se décrit comme ayant développé “des relations de travail étroites » avec l’ONU et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. Elle collabore aussi régulièrement avec l’Union Africaine, le Comité International de la Croix Rouge, l’Organisation Internationale pour les Migrations, la Banque Mondiale, l’Organisation Internationale de l’Aviation Civile, et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

Si l’on dessine les liens qui rayonnent depuis l’OTAN vers tous ces différents pays et organisations, on obtient un réseau de sécurité constitué de multiples centres et regroupements – assez comparable à une carte d’internet ou des planètes et galaxies. Ce monde n’est plus unipolaire, bipolaire, ou même multipolaire, parce que les acteurs qui comptent ne sont pas des états individuels, mais des groupements d’états qui sont plus ou moins densément connectés. C’est un réseau de sécurité à centres multiples, dans lequel les centres sont des organisations régionales de taille et de puissance différentes.  

Ce glissement structurel a une énorme signification pratique. Pour commencer, cela signifie que ce ne sont pas uniquement les ressources militaires de l’OTAN, mais aussi son capital humain et ses connaissances pratiques de la lutte contre des types de menaces très différentes qui sont disponibles globalement. L’OTAN a créé un Centre de gestion globale des opérations de crise qui réunit des experts civils et militaires spécialistes de l’identification des crises, de la planification, des capacités opérationnelles, de reconstruction et de stabilisation, conçu explicitement pour relier le siège de l’OTAN en Europe à ce « monde en réseau. »

Ensuite, l’identité propre de l’OTAN devient celle d’une alliance qui existe pour renforcer – pour offrir assistance et partenariat – aussi bien que pour neutraliser. L’OTAN n’est plus un simple marteau ; c’est une boite à outils complète d’options de sécurité. Ces options comprennent le développement de contre-réseaux pour faire face aux menaces de sécurité en réseau comme le terrorisme et la prolifération de matières nucléaire, chimique ou biologique, ainsi que les menaces fortement décentralisées comme la piraterie. En conséquence, dans le cadre de crises telles que la guerre au Timor Oriental en 1999 ou l’impasse politique en Côte d’Ivoire l’année dernière, l’OTAN peut soutenir tout pays ou groupe de pays qui décide d’exécuter un mandat de l’ONU.  

Les membres de l’OTAN eux-mêmes ont aussi beaucoup plus de flexibilité pour bénéficier des moyens collectifs de l’OTAN. Même les plus sceptiques de l’expansion et des opérations de l’OTAN, comme l’intervention en Lybie, admettent aujourd’hui que des opérations conjointes par des états membres, opérant sous mandat de l’ONU et en lien avec des partenaires régionaux, sont à même de devenir un modèle pour l’avenir. Comme l’a fait observé le Général Brent Scowcroft, conseiller à la sécurité nationale auprès du président George H.W. Bush, la charte de l’ONU envisageait à l’origine une force militaire permanente pour soutenir les résolutions du Conseil de sécurité – une vision que le modèle de partenariat de l’OTAN pourrait à terme concrétiser.

Le pouvoir dans un réseau découle de la connectivité, ou de ce que les théoriciens des réseaux appellent la « centralité ». Le membre le plus puissant d’un réseau est le nœud qui a le plus de connections avec les autres membres, ce qui signifie qu’un nœud peut augmenter sa puissance par la simple agrégation de connections directes, mais aussi en améliorant la connectivité des nœuds proches.

En d’autres termes, les Etats-Unis peuvent développer leur propre pouvoir à la fois en se connectant à d’autres membres de l’OTAN (puis en s’assurant que l’OTAN est connectée à autant de pays et d’organisations que possible) et en améliorant la connectivité de ces autres pays et organisations. Si l’OTAN se lie à l’Union Africaine (UA), par exemple, et améliore la connectivité des pays de l’UA, alors et l’OTAN et l’UA gagnent en importance dans le réseau et deviennent donc plus puissants en termes de leur capacité à exercer leur influence et à mobiliser les ressources.

La logique de la centralité comme source de pouvoir crée un cercle vertueux dans lequel les membres d’un réseau acquièrent des avantages en ramenant de nouveaux membres au sein du réseau et en s’y connectant plus densément. C’est précisément la logique qui prévaut à la transformation de l’OTAN.

Le dossier le plus pressant dans l’ordre du jour de Chicago la semaine prochaine sera de sortir les forces de l’OTAN d’Afghanistan. Mais l’important à plus long terme sera d’intégrer le plus de pays possibles au réseau global de sécurité de l’OTAN.

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  1. CommentedC. Alexander Olteanu

    As usual, AMS hits the nail right on the head. NATO must reinvent itself as the democratically-legitimate global security network capable of replacing, for the first time in history, the need for a dominant hegemon capable of maintaining order with a global institution representing shared human values of equal dignity, human rights, and ability to participate in shaping one's own future. Such a NATO would be complementary, not competing, with other organisations such as the EU, NAFTA and the UN (itself badly in need of reinvention).

  2. CommentedAndré Rebentisch

    I wonder if a Defense mechanism within the EU framework wouldn't be better governance-wise. That would imply a slim NATO governance framework in Brussels.

  3. CommentedKeshav Prasad Bhattarai

    Yes it makes a sense why does the World need NATO now.
    Anne-Marie Slaughter seems quite right, when she says “the actors that matter are not single states but groups of states that are more or less densely connected”. Working as a “multi-hub security network, in which the hubs are regional organizations of different sizes and strengths” NATO can prove its justification in a new and completely changed scenario than at the time it was established.
    When Richard N Haass wrote: “If NATO didn’t exist today, would anyone feel compelled to create it? The honest, if awkward, answer is no.” it created one kind of sensation. Then there came three heavyweights defending NATO - one a former U.S. secretary of Defense, another former U.S. ambassador to NATO and a former U.K. Minister of Defense and Secretary General of NATO -William S. Cohen, Nicholas Burns, and George Robertson in their joint article –“NATO on the Brink” published in July last year strongly responded “Yes, we would.” They admitted NATO desperately needs reform and America cannot live in isolation without allies “in a dangerous, complex and highly integrated 21st century” and said U.S. would have been a much weaker power without NATO.
    And now Anne-Marie Slaughter has brought a new idea along with General Brent Scowcroft, who has envisioned NATO in changed context as “a standing military force to enforce Security Council resolutions”. Could Anne – Marie or General Brent Scowcroft develop a complete framework for giving NATO this role?

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