Friday, August 1, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
0

Gouvernement et Mondialisation

NEW YORK - Nous vivons une ère dans laquelle les puissances les plus influentes qui affectent chacune de nos économies sont mondiales, et non locales. Ce qui se passe « à l'étranger » – en Chine, en Inde et ailleurs – influe considérablement sur une économie, aussi grande soit-elle que celle des États-Unis.

La mondialisation économique a bien entendu engendré un certain nombre d’effets bénéfiques importants dans le monde, comme la propagation rapide des technologies avancées de type Internet et téléphonie mobile. Elle a également fortement réduit la pauvreté dans de nombreuses économies émergentes – raison qui, a elle-seule, suffit à justifier l’existence d’une l'économie mondiale ouverte et interconnectée.

En revanche, la mondialisation a également causé plusieurs problèmes majeurs auxquels il est important de s’atteler. Tout d'abord, elle a multiplié les possibilités d'évasion fiscale, en raison d'une prolifération rapide de nouveaux paradis fiscaux à travers le monde. Les sociétés multinationales disposent aujourd’hui de beaucoup plus d'opportunités qu'hier de se soustraire à leur contribution fiscale, aussi juste et efficace soit-elle.

Par ailleurs, la mondialisation a engendré la coexistence de perdants et de gagnants. Dans les pays riches, notamment aux États-Unis, en Europe et au Japon, les plus grands perdants sont les travailleurs dont l'éducation est insuffisante pour concurrencer efficacement les travailleurs à bas salaires issus des pays en développement. Les plus durement touchés sont les travailleurs des pays riches qui ne disposent d'aucune formation universitaire. Ces mêmes travailleurs qui ont été des millions à perdre leur emploi. Quant à Ceux qui ont eu la chance de le conserver, ils ont vu leurs salaires stagner voire diminuer.

La mondialisation catalyse également la contagion. La crise financière de 2008 a commencé à Wall Street, puis s'est rapidement propagée à l'ensemble de la planète, soulignant la nécessité d'une coopération mondiale en matière de banque et de finance. Le changement climatique, les maladies infectieuses, le terrorisme, et autres maux ignorant les frontières exigent une réponse tout aussi mondiale.

Ce que la mondialisation exige, ce sont donc des politiques gouvernementales intelligentes. Les gouvernements devraient promouvoir un enseignement de haute-qualité, afin de faire en sorte que les jeunes soient prêts à affronter la concurrence mondiale. Ils devraient accroître leur productivité en bâtissant des infrastructures modernes tout en promouvant les sciences et la technologie. Les gouvernements devraient enfin coopérer au niveau mondial pour réglementer ces pans de l'économie – notamment la finance et l’environnement –  s’agissant desquels un problème survenu dans un premier pays est susceptible de s'étendre à d’autres parties du monde.

La nécessité d'un gouvernement hautement efficace à l'ère de la mondialisation ; tel est le message clé de mon nouveau livre, The Price of Civilization (Le prix de la civilisation). Autrement dit, nous avons aujourd'hui besoin d'un gouvernement plus présent, en non l’inverse. Toutefois, le rôle du gouvernement doit également être modernisé, en adéquation avec les problèmes spécifiques que pose une économie mondiale interconnectée.

J'ai écrit The Price of Civilization (Le prix de la civilisation)sur la base de ma conviction que le gouvernement américain n'a pas su comprendre ni répondre aux défis de la mondialisation dès le constat de son impact sur l'économie américaine dans les années 1970. Plutôt que de réagir à la mondialisation par une augmentation des dépenses gouvernementales pour l'éducation, l'infrastructure et la technologie, Ronald Reagan a remporté la présidence de 1980 sur son engagement à sacrifier les dépenses du gouvernement et à réduire les impôts.

Depuis 30 ans, les États-Unis s'orientent dans la mauvaise direction, en réduisant le rôle du gouvernement dans l'économie nationale plutôt que de promouvoir les investissements nécessaires à la modernisation de l'économie et de la main-d'ouvre. Les riches en ont bénéficié sur le court terme, en obtenant des allègements fiscaux massifs. Les pauvres en ont souffert par la perte de leur emploi et la diminution des services publics. L'inégalité économique a atteint un niveau jamais vu depuis la Grande Dépression.

Ces tendances défavorables ont été exacerbées par les politiques intérieures. Les plus aisés ont utilisé leur richesse pour renforcer leur emprise sur le pouvoir. Ils investissent dans les campagnes coûteuses de présidents et de membres du Congrès, pour que ceux-ci aident les riches – souvent au détriment du reste de la société. Le même syndrome – dans lequel les riches ont pris le contrôle du système politique (ou renforcé leur contrôle sur celui-ci) - frappe désormais de nombreux autres pays.

On observe néanmoins plusieurs signaux importants à travers le monde, qui illustrent le ras-le-bol des populations de voir les gouvernements satisfaire les riches en ignorant tous les autres. À commencer par les appels grandissants pour une meilleure justice sociale. Les bouleversements à Tunis et au Caire ont tout d'abord été qualifiés de Printemps arabe, parce qu'ils semblaient se circonscrire au monde arabe. Mais nous avons ensuite assisté à des manifestations à Tel-Aviv, Santiago, Londres, et même désormais aux États-Unis. Ces protestations en ont surtout appelé à une politique plus inclusive, qui remplacerait la politique corrompue de l'oligarchie.

Par ailleurs, le président américain Barack Obama s’oriente progressivement à gauche. Après trois ans au cours desquels son administration a dorloté les lobbyistes d'entreprise, il a finalement commencé à insister sur la nécessité de voir les riches payer plus d'impôts. Ceci se produit relativement tard dans son mandat, et il pourrait bien continuer à favoriser les riches et Wall Street en échange de contributions pour sa campagne de 2012, mais il reste une lueur d'espoir de voir Barack Obama défendre une politique budgétaire plus équitable.

Plusieurs gouvernements européens, dont l'Espagne, le Danemark et la Grèce, semblent également prendre la même direction. L'Espagne a récemment imposé un nouvel impôt sur la fortune des contribuables à haute valeur nette. Le Danemark a élu un gouvernement de centre-gauche, engagé dans une augmentation des dépenses du gouvernement financée par de nouveaux impôts sur la richesse. Et la Grèce vient de voter une nouvelle taxe foncière pour aider à combler son lourd déficit budgétaire.

La Commission européenne a également appelé à une nouvelle taxe sur les transactions financières (TTF) dans l’espoir de réunir près de 75 milliards de dollars par an. La Commission reconnaît finalement que le secteur financier européen a été sous-taxé. Bien qu’il se puisse que la TTF se heurte à l'opposition politique européenne, en particulier celle du Royaume-Uni où le secteur bancaire est important et influent, il n'en demeure pas moins que le principe de l'équité fiscale fait désormais partie des priorités de l'agenda européen.

Aujourd’hui, les économies les plus prospères du monde se situent en Scandinavie. En ayant recours à des taxes élevées pour financer un niveau élevé de services publics, ces pays sont parvenus à équilibrer prospérité élevée, justice sociale et durabilité environnementale. Telle est la clé du bien-être dans l'économie mondialisée d'aujourd'hui. Peut-être de plus en plus de pays dans le monde - et en particulier la jeune génération - commencent-ils à admettre cette nouvelle réalité.

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

Please login or register to post a comment

Featured