Thursday, October 23, 2014
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Déséquilibres globaux et inégalités intérieures

WASHINGTON – Malgré des années de discours officiels, en 2011 les déséquilibres globaux des comptes courants sont restés l'une des principales préoccupations concernant l'économie. Dans l'ensemble ils sont moins importants qu'avant la crise, mais ils n'ont pas disparu. Certains recommencent maintenant à croître parallèlement aux inégalités dans de nombreux pays. Cette corrélation n'a rien d'accidentelle.

On entend souvent des appels à un rééquilibrage global qui prendrait la forme d'une stimulation de leur consommation interne par les pays émergents dont la balance des paiements est excédentaire (essentiellement la Chine), de telle sorte que les pays avancés (essentiellement les USA) pourraient réduire leur déficit et leur dette publique dans un contexte moins menaçant pour leur redémarrage économique. La baisse de la demande publique aux USA et dans les autres pays fortement endettés qui doivent resserrer leur politique budgétaire serait en partie compensée par le supplément de la demande extérieure nette dû à une réduction de l'excédent de la balance des paiements des pays étrangers.

Néanmoins les comptes courants ne sont pas systématiquement déficitaires dans les pays avancés et excédentaires dans les pays émergents. Beaucoup de ces derniers, notamment l'Inde, l'Afrique du Sud et la Turquie, connaissent en fait un déficit, tandis que nombre de pays avancés connaissent un excédent : on évoque souvent l'Allemagne depuis le début de la crise de la zone euro, mais le Japon, la Hollande, la Norvège et la Suède sont aussi excédentaires.

Un rééquilibrage général suppose certes une réduction des excédents, mais le problème n'est pas simplement de diminuer l'excédent des pays émergents pour parvenir à une diminution du déficit des pays avancés. Aujourd'hui une diminution de l'excédent en Allemagne est peut-être plus urgente qu'en Chine, car le maillon faible de la reprise mondiale, l'Europe, en tirerait un bénéfice plus immédiat.

Par ailleurs le yuan chinois est en train de s'apprécier fortement, tandis qu'en Chine l'inflation progresse plus rapidement qu'aux USA ou dans la zone euro. Parce qu'il est aussi la devise des pays du sud de l'Europe qui sont en grande difficulté, l'euro "allemand" baisse malgré l'important excédent allemand.

On considère à juste titre l'excédent des comptes courants allemands et chinois comme un obstacle à la reprise, car il entraîne une baisse de la demande mondiale réelle et contribue à ce que "l'épargne planifiée" dépasse "l'investissement planifié" - une recette pour aller à la récession. Mais la concentration croissante des revenus et des richesses au sein de nombreux pays, en premier lieu les USA, devraient soulever les mêmes préoccupations "keynésiennes".

On peut considérer cette concentration comme un déséquilibre "interne" similaire au déséquilibre "externe" des comptes courants, car ce sont les plus fortunés qui économisent le plus en proportion de leur revenus. Si l'écart des revenus continue à se creuser au profit de ces derniers,  on peut s'attendre à une augmentation de l'épargne mondiale qui devra alors être compensée par une hausse des investissements, des exportations ou des dépenses publiques pour éviter une pression récessionniste.

Le niveau d'inégalité varie largement d'un point à un autre de la planète, mais la tendance générale à la concentration des richesses et des revenus conduit à une hausse de l'épargne planifiée qui pourrait entraîner une pression déflationniste.

Certes, bien d'autres facteurs, dont la politique mise en œuvre, peuvent compenser cette pression. Aux USA, encouragés par le gouvernement et le secteur financier, des taux d'intérêt bas et le financement par la dette de la consommation des ménages à faible revenu ont compensé l'accroissement de l'épargne des tranches de revenus au sommet de la pyramide durant les années qui ont précédé la crise. Aussi, malgré une concentration record des richesses, les USA ont connu un important déficit de leurs comptes courants. En Chine, les exportations nettes et une politique gouvernementale d'aide aux investissements ont permis de maintenir la croissance économique. En Allemagne aussi les exportations nettes ont augmenté.

Dans un premier temps, la concentration des revenus au profit de ceux qui épargnent le plus et l'augmentation de l'excédent des comptes courants ont des effets similaires sur l'épargne mondiale agrégée. Beaucoup dépend ensuite des conséquences de l'augmentation de l'excédent des comptes courants, une augmentation des réserves ou davantage d'investissements directs à l'étranger, de la manière dont les différentes tranches de revenus répartissent leurs dépenses entre produits importés et produits nationaux, ainsi que de la politique macroéconomique.

Pour appréhender véritablement les déséquilibres globaux, il faut y inclure la tendance des différents pays à importer et à développer leur production destinée à la consommation intérieure, l'équilibre entre épargne publique et privée et analyser la manière dont la concentration croissante des revenus peut conduire à une pression récessionniste et à des "déséquilibres internes" tout aussi dangereux que les "déséquilibres globaux".

Ces déséquilibres sont liés et tous deux sont une menace pour une croissance forte et durable. Il faut examiner conjointement les déséquilibres globaux et la croissance des inégalités internes. C'est à cette condition que l'on pourra y remédier.

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  1. CommentedProcyon Mukherjee

    Internal imbalances are as debilitating as the external ones are only to the extent that they are less debated and their impact less calculated. A shift in planned savings not counteracted with the planned investment actually leads to a skewed denouement, not necessarily leading to the restoration of internal balance. The limited nature of capital deployment by the government to stimulate internal domestic demand is either too little or too late, while the focus is already shifted to stymie the impacts it produces.

    Procyon Mukherjee

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