Monday, October 20, 2014
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La solidarité mondiale à la croisée des chemins en matière de santé

KIGALI – Il y a 10 ans, la communauté internationale tout entière s'élevait pour affirmer que le lieu de vie des individus ne saurait déterminer si ces individus doivent vivre ou mourir lorsqu'ils sont confrontés à des fléaux tels que le SIDA, la tuberculose, ou la malaria.

Cet acte de solidarité – sans précédent dans l'expérience humaine – a conduit à des avancées révolutionnaires dans la promotion de la santé en tant que droit de l'Homme. Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose, et la malaria, allié au Plan d'urgence du président des États-Unis pour la lutte contre le SIDA (PEPFAR), a littéralement changé le cours de l’histoire. Un certain nombre de programmes directement appuyés par le Fonds mondial ont permis de sauver près de huit millions de vies humaines depuis 2002 – soit une moyenne quotidienne de plus de 4 400 vies.

Cependant, bien que des progrès considérables aient été réalisés, il reste encore beaucoup à accomplir – et le Fonds mondial a besoin d'au moins 2 milliards $ pour inverser le gel de financement qui est en place jusqu'en 2014. Le monde se livre ainsi aujourd'hui à un jeu de patience consistant à attendre de voir lequel des gouvernements s'impliquera dans la réduction de cet écart.

En clair, plusieurs des plus grandes économies mondiales ne remplissent pas leurs engagements financiers auprès du Fonds. Leurs responsables politiques abordent davantage la question des restrictions budgétaires, et le besoin de privilégier leur programme domestique, que celle de la lutte contre des maladies qui anéantissent les peuples les plus pauvres de la planète dans la disproportion la plus prononcée.

Mon pays, le Rwanda, bénéficie depuis 2002 des subventions du Fonds mondial. Il y a tout juste 18 ans, notre société se trouvait déchirée par la violence d'un génocide qui arracha la vie à plus d'un million de personnes. Aujourd'hui, le Rwanda est un pays paisible, empli de promesses et d'espoir, dont la croissance de l'économie compte parmi les plus rapides de la planète.

Avec le soutien du Fonds mondial à l’endroit de nos institutions nationales, nous avons permis aux individus atteints du VIH de bénéficier d'un accès universel à une thérapie antirétrovirale vitale, et avons stabilisé la prévalence du VIH autour de 3 % de la population. De même, le programme du Rwanda contre la tuberculose est devenu un modèle pour l'Afrique, et l'ensemble des familles rwandaises ont désormais accès à des moustiquaires traitées par insecticide et permettant de prévenir la malaria, ce qui a contribué à une réduction de 87 % des cas sur les sept dernières années.

L’intégration des services en matière de maladies infectieuses et de premiers soins a permis d’observer des réductions impressionnantes, et sans précédent, des taux de mortalité infantile et maternelle. Par ailleurs, tandis que l'espérance de vie ne cesse d'augmenter au Rwanda (55 ans en 2010, contre 30 ans en 1995), nous menons désormais des actions contre des maladies non transmissibles telles que les pathologies du cour, le cancer, et le diabète. La souplesse du soutien étatique fourni par le Fonds mondial a joué un rôle crucial dans notre succès.  

Mon pays constitue la preuve vivante du fait que l'investissement dans la santé ne suffit pas, mais qu'il peut également engendrer des cercles vertueux dans la promotion de la sécurité et du développement. D’ailleurs, après avoir bénéficié du soutien du Fonds mondial pendant des années, le Rwanda a récemment effectué sa première donation en faveur du Fonds, d'une valeur d’1 million $.

Malheureusement, les maladies infectieuses sont loin d'être sous contrôle autour de la planète. Moins d'un quart des enfants du monde vivant avec le VIH ont accès à un traitement, et un million de personnes meurent encore chaque année de la malaria. De même, chiffre alarmant, seul un patient sur six souffrant de tuberculose résistante aux médicaments bénéficie actuellement d'un traitement approprié. De plus, plusieurs des constatations d'une « tuberculose totalement résistante aux médicaments » ont récemment été rapportées d’Inde.

Nos gouvernants feraient bien de se rappeler qu'il suffit d'un aller simple par les airs pour mondialiser un tel pathogène. Les maladies infectieuses ne respectent nullement les frontières nationales, et ne connaissent pas la récession. L'histoire nous a démontré que le relâchement de la lutte contre une épidémie pouvait conduire à un nouveau fléau, immunisé contre nos meilleurs médicaments, et exigeant bien davantage de mesures coûteuses de contrôle.

Le choix qui se présente à nous ne saurait être plus clair : soit nous nous engageons à répondre à l’appel de l’histoire et à fournir au Fonds mondial les ressources dont il a besoin, soit nous permettons à la lassitude politique de ruiner une décennie de progrès et de condamner un nombre incalculable d’individus à une mort évitable. Par ailleurs, investir dès aujourd’hui serait payant à long terme : seulement 6 milliards $ de plus par an pour la lutte contre le SIDA permettraient d’économiser, dans les dix prochaines années, 40 milliards $ en coûts de traitement épargnés.

Le Fonds mondial se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Face à un contexte d’incertitude financière, le degré de considération de la communauté internationale pour la santé des peuples les plus pauvres de la planète constituera pour l’histoire non seulement une mesure de notre capacité à nous unir en temps de bouleversements économiques, mais également de notre capacité à faire régner une certaine équité.

Le moment est désormais venu pour les pays donateurs, y compris les pays à faibles et moyens revenus, de s’élever à la hauteur du défi et de permettre au Fonds mondial de disposer des ressources nécessaires pour répondre dès que possible aux nouvelles demandes de subvention. Le prix de l’immobilisme est écrasant, tant d’un point de vue moral qu’économique.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

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