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Le Chili garde le cap

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2010-02-08

BUENOS AIRES – Lorsque que Sebastián Piñera, magnat des affaires modérément conservateur et vainqueur des élections présidentielles, prendra ses fonctions le 11 mars prochain, le Chili va faire l’expérience de ce que certains politologues qualifient de tournant décisif dans une transition démocratique réussie : l’alternance politique au pouvoir.

Après le retour à la démocratie en 1990, suite aux années de dictature du général Augusto Pinochet, la coalition de centre-gauche connue sous le nom de Concertación (la Concertation, ndt) a gagné quatre élections présidentielles consécutives libres et équitables. Après 20 années au pouvoir, elle doit maintenant céder sa place à la « Coalition pour le changement » de Piñera, composée de son parti de centre-droit, la Renovación Nacional (Rénovation Nationale, ndt) et du plus conservateur Union Demócrata Independiente ( Union Démocrate Indépendante , ndt) .

Ces longues années au pouvoir de la Concertación sont le reflet de son succès. Dans presque tous les domaines, stabilité politique, développement économique ou réduction de la pauvreté, le Chili a bien réussi depuis 20 ans - en tout cas surement mieux que la plupart de ces voisins latino-américains. Le dilemme de l’opposition de droite était de défaire une coalition qui avait poursuivi la plupart des politiques positives de Pinochet (principalement l’économie de marché et un modèle économique orienté vers l’exportation) sans pour autant être entaché (comme le sont nombre des responsables de la Coalición ) par des liens avec son régime sanguinaire.

Piñera a tiré profit de sa position très critique à l’égard du gouvernement militaire et d’une campagne électorale qui a mis l’accent plus sur les aspects libéraux que sur les aspects conservateurs de sa coalition. Plutôt que de justifier Pinochet et plaire aux valeurs catholiques traditionnelles, Piñera a proposé une vision centriste du changement avec plus de droits pour les homosexuels et un large volet social (dans un pays qui, même après 25 ans de croissance forte, demeure très inégalitaire).

La victoire de Piñera doit aussi beaucoup à la sclérose de la Concertación , qui présenta son candidat chrétien-démocrate Eduardo Frei, le moins populaire des quatre présidents de ces 20 dernières années (l’actuelle présidente, la socialiste et très populaire Michelle Bachelet, ne pouvait pas se représenter.) Pire encore, après que le parti socialiste ait refusé au jeune député Enríquez-Ominami la possibilité de se présenter contre Frei dans le cadre d’une primaire, Enríquez a présenté une candidature indépendante couronnée d’un certain succès et qui a divisé le vote pour la Concertación dès le premier tour. Avec un peu plus de démocratie interne et un renouvellement de ses responsables, l’alliance jusqu’ici au pouvoir aurait pu s’assurer un cinquième mandat présidentiel.

Quel changement représente Piñera pour le Chili ? Tout d’abord, regardons les chiffres : le président élu a gagné au deuxième tour avec seulement une légère majorité populaire (51,6%), et aura moins de sièges que la Concertación au Sénat. L’équilibre des pouvoirs qui a caractérisé la vie politique chilienne depuis 20 ans devrait rester à peu de choses près le même pendant les quatre années du mandat Piñera : seuls quelques légers changements qui devront être négociés seront possibles.

De plus, il n’y a pas de véritable différence fondamentale entre les deux alliances (et encore moins entre les centristes Piñera et Frei). Un changement de cap à droite semble donc improbable mais l’électorat traditionnel de droite (le secteur des affaires, les militaires et l’église) devrait pourtant trouver un gouvernement plus accueillant.

Le projet le plus controversé que Piñera va probablement entreprendre concerne une privatisation partielle de la CODELCO, l’énorme et très profitable entreprise publique qui gère les gisements de cuivre. Même si ce geste politiquement très risqué réussi, Piñera ne ferait que poursuivre le modèle économique instauré par Pinochet et maintenu par la Concertación .

En matière de politique étrangère, on s’attend à ce que le Chili adopte une attitude plus dure vis à vis de la dictature cubaine et du président vénézuélien Hugo Chavez, tout en maintenant sa politique d’intégration avec l’Argentine et le Brésil, ainsi que sa politique de négociation avec la Bolivie (à propos du vieux conflit territorial).

Le cœur de l’action devrait en principe se passer entre les deux coalitions politiques. La défaite électorale n’a fait qu’exacerber les signes d’épuisement de la Concertación . Plusieurs dirigeants de partis clé ont démissionné. Le plus petit parti de l’alliance (les Radicaux) a rapidement négocié un accord avec la droite au Congrès (lequel fut annulé après le scandale politique qui s’en suivit.) Et Enríquez-Ominami pourrait poursuivre le développement de sa nouvelle force politique aux dépends de la Concertación . D’autres tensions pourraient surgir sans les incitations unificatrices du pouvoir.

Au fur et à mesure que les clivages hérités de l’époque militaire s’estompent et que l’océan idéologique qui à une époque séparait la droite et la gauche se transforme en une rivière navigable, le potentiel d’une redistribution de la coalition est réel. Piñera a besoin de plus de votes au Congrès, et l’expérience d’autres démocraties présidentielles multipartis comme l’Argentine et le Brésil montrent qu’il n’est pas difficile pour les dirigeants en exercice d’attirer des partenaires de coalition en échange de postes ministériels.

Il est aussi possible que des tensions apparaissent au sein de la nouvelle coalition au pouvoir. Piñera a déclaré qu’il mettra l’accent sur la compétence technique pour constituer son cabinet, en s’appuyant largement sur les jeunes. Cela pourrait être très mal perçu par certaines figures politiques de droite qui attendent leur chance depuis plus de vingt ans.

Un facteur cependant pourrait faire mettre tout le monde d’accord : Bachelet pourrait se représenter aux présidentielles de 2013-2014, comme l’y autorise la loi. Sa popularité, ajoutée au bilan qui alourdira peut-être les épaules de la Coalición , pourrait bien permettre à la Concertación de remporter la prochaine bataille. Autant d’incitations pour les deux coalitions à rester ensemble.

Carlos Gervasoni est professor de Sciences Politiques à l’université Torcuato Di Tella à Buenos Aires, Argentine.

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Nico 06:23 08 Feb 10

I saw the election as an indictment of the past twenty-years, not an endorsement. The electoral victory of Piñera, which came about only because Frei was such an unpopular candidate, was a backlash against the Concertación government for not living up to its moniker of being an authentically left-wing party. Had MEO been at the helm of the Concertacion, there would have been little doubt who would be in office today. It should be noted that the Communist Party vote increased to post-1989 highs, and so did ersatz populist-MEO, which was sympathetic to Chavez. Indeed, if one looks at the first round vote, it is clear that Piñera was not a terribly successful candidate, he polled significantly worse in 2009 than he did in 2006. The gulf between left and right, officially is now a stream, but underneath that appearance of consensus politics lies the seeds of a populist movement.

Read my thoughts on the Chilean election here:

http://perspectivos.blogspot.com/2009/12/on-streets-of-santiago-supporters-of.html