Sunday, April 20, 2014
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Le scepticisme de Gaza

GAZA – Le président palestinien Mahmoud Abbas a maintenant présenté en personne la demande d’adhésion d’un État de Palestine à l’ONU au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. Il reste à savoir si le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007, finira par soutenir cette initiative de son rival juré, l’Autorité palestinienne présidée par Abbas et basée en Cisjordanie.

L’absence de progrès dans les négociations avec Israël depuis un an a convaincu Abbas et ses collègues d’aller de l’avant avec la requête présentée aux Nations unies. Et la poursuite de la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie leur a donné le sentiment que des négociations ne seraient pas productives, et que le moment était sans doute venu de mettre à l’épreuve la multitude de résolutions onusiennes en faveur de la solution à deux États.

L’idée prévaut également que le Printemps arabe a incité les dirigeants palestiniens à tenter de changer les règles du jeu. Les Arabes de l’ensemble de la région, bien qu’absorbés par leurs affaires intérieures, demandent à une nouvelle génération de dirigeants de soutenir plus activement la cause palestinienne.

L’effondrement du régime de Hosni Moubarak en Égypte, le départ subséquent de l’ambassadeur israélien du Caire, le soulèvement en Syrie et l’expulsion de l’ambassadeur israélien d’Ankara ont provoqué une profonde incertitude dans les cercles politiques israéliens. L’État hébreu est plus isolé que jamais, que ce soit au plan régional ou international, en raison des échecs diplomatique du Premier ministre Benyamin Netanyahou. Abbas, dont la requête est soutenue à l’unanimité par les pays arabes et une majorité de pays musulmans, est convaincu que les Arabes prendront fait et cause pour les Palestiniens, quelles qu’en soient les conséquences.

Plus de 120 pays soutiendraient la demande d’adhésion d’un État palestinien. Mais les Palestiniens doivent d’abord recueillir l’approbation du Conseil de sécurité et des deux tiers de l’Assemblée générale des Nations unies avant d’obtenir une reconnaissance officielle à part entière. Les Etats-Unis ont menacé d’opposer leur veto à la résolution au sein du Conseil de sécurité et le Congrès américain a de son côté menacé de suspendre l’aide américaine à l’Autorité palestinienne. Les États membres de l’Union européenne sont encore divisés et continuent à espérer une solution de compromis et d’autres options.

Israël a dénoncé la stratégie palestinienne comme une initiative unilatérale et menacé les Palestiniens de sévères représailles. Le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman a parlé d’annuler les accords d’Oslo, signé en septembre 1993 avec l’Organisation de libération de la Palestine, qui ont pavé la voie à la création de l’Autorité palestinienne en 1994. L’État hébreu a également envisagé de suspendre le transfert des taxes et revenus douaniers palestiniens et menacé d’annexer des parties de la Cisjordanie.

De son côté, le Hamas soupçonne que la tentative faite par Abbas pour obtenir la reconnaissance d’un État palestinien par les Nations unies a surtout comme objectif d’exercer des pressions sur Netanyahou afin qu’il relance les négociations de paix sur la base des frontières de 1967, une proposition que rejette le Hamas. Ce mouvement estime que si Israël suspendait la construction de colonies, par exemple, en raison des pressions subies, la position d’Abbas en serait renforcée. Le Hamas a vertement critiqué le discours d’Abbas aux Nations unies parce qu’il constitue un renoncement à 78 pour cent du territoire historique de la Palestine et met en péril le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Dans l’intervalle, la portée de l’accord de réconciliation, signé en mai dernier entre le Hamas et le Fatah, le mouvement nationaliste laïc à la tête de l’Autorité palestinienne, reste incertaine. Bien que certains observateurs espèrent que cet accord signifie un soutien tacite du Hamas à la stratégie de négociation d’Abbas, rien n’est moins sûr.

En fait, le Hamas est convaincu que tout succès remporté par Abbas et l’Autorité palestinienne ne ferait que discréditer son autorité et accroître davantage encore son isolement dans une bande de Gaza en état de siège. Et le soutien du Hamas à un État palestinien dans les frontières de 1967 implique une reconnaissance, du moins indirecte, de l’existence Israël. Le Hamas persiste à rejeter toute concession territoriale, en soulignant que la totalité de la Palestine historique doit être sous juridiction musulmane.

Les Palestiniens de la bande de Gaza, qui souffrent d’un siège et d’une isolation qui durent depuis plus de quatre ans, n’ont eu qu’une réaction apathique à la demande d’adhésion auprès de l’ONU. Ils se sentent déjà mis à l’écart des efforts d’établissement d’un État en Cisjordanie par le gouvernement de Salam Fayyad. La pauvreté et le chômage endémiques les ont plongés dans le désespoir et la frustration et la lenteur de la mise en ouvre de l’accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah ne leur donne que peu d’espoir d’un changement véritable.

Si la Palestine devient un État membre de l’ONU à part entière, les Palestiniens savent bien que ce statut ne sera guère plus que symbolique. Après tout, plus de 100 pays reconnaissent la Palestine depuis que Yasser Arafat a déclaré l’établissement d’un État le 15 novembre 1988.

De plus, les Palestiniens ne sont pas certains qu’une reconnaissance par les Nations unies changerait quoique ce soit à leur vie quotidienne tant que la communauté internationale n’agit pas pour mettre fin à l’occupation israélienne de la Cisjordanie et au blocus de la bande de Gaza. Il n’en reste pas moins que la requête palestinienne auprès de l’ONU internationalisera le conflit israélo-palestinien et discréditera les efforts de médiation des Etats-Unis.

Comme toujours, le conflit israélo-palestinien oscille entre la violence et la diplomatie. Il faut maintenant que les Etats-Unis, de concert avec Israël et la communauté internationale, remédient à cette impasse et fassent pression pour un accord. Mais en finale, l’échec de la stratégie diplomatique d’Abbas – l’absence de résultats tangibles même si sa requête aboutit – lui fera perdre le peu de crédibilité dont il dispose encore auprès des Palestiniens et renforcera l’influence politique du Hamas.

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