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The Rules Of The Game by Lucian Bebchuk |
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War and Peace by Shlomo Ben-Ami |
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Transatlantic Perspectives by Boskin, Sinn |
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The Statesmen's Debate by Castaneda, Haass, Rocard |
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Finance in the 21st Century by Davies, Shiller |
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Anatomy of the Global Economy by J. Bradford DeLong |
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I Dissent: Unconventional Economic Wisdom by Joseph E. Stiglitz |
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Il y a quinze ans, dans mon livre La fin de l’histoire et le dernier homme ( The End of History and the Last Man ), j’affirmais que si une société voulait être moderne, elle n’avait d’autres possibilités que l’économie de marché et le système politique démocratique. Bien entendu, nous ne souhaitons pas tous être moderne et nous ne pouvons pas tous mettre en place les institutions et les politiques nécessaires au fonctionnement de la démocratie et du capitalisme. Toutefois, aucun autre système ne saurait donner de meilleurs résultats.
Si La fin de l’histoire portait donc essentiellement sur la modernisation, certains ont lié mon raisonnement à la politique extérieure du Président George W. Bush et à l’hégémonie stratégique américaine. Mais toute personne qui pense que mes idées constituent le fondement intellectuel des politiques du gouvernement Bush n’a pas accordé d’attention à ce que j’affirme depuis 1992 sur la démocratie et le développement.
Le Président Bush a initialement justifié l’intervention en Irak en invoquant les programmes de développement d’armes de destruction massive de Saddam Hussein, les liens présumés de ce dernier avec Al-Qaïda, ainsi que la violation des droits de l’homme et l’absence de démocratie. Les deux premières justifications ayant été réfutées à la suite de l’invasion de 2003, le gouvernement a progressivement insisté sur l’importance de la démocratie, tant en Irak que dans l’ensemble du Proche-Orient, comme bien-fondé de ses actions.
Bush a soutenu que l’aspiration à la liberté et à la démocratie est universelle et non liée à la culture, et que l’Amérique se consacrerait à soutenir les mouvements démocratiques « dans le but ultime de mettre un terme à la tyrannie dans notre monde ». Les points de vue des partisans de la guerre ont été corroborés par les doigts tachés d’encre des électeurs irakiens se rendant aux urnes dans le cadre des diverses élections tenues entre janvier et décembre 2005, par la Révolution du Cèdre au Liban et par les élections présidentielles et législatives afghanes.
Ces événements ont beau être exaltants et encourageants, il est probable que l’évolution vers la démocratie libérale au Proche-Orient soit extrêmement décevante à court ou moyen terme – et les efforts du gouvernement Bush pour mettre sur pied une politique régionale en la matière se dirigent vers un lamentable échec.
Il est certain que le désir de vivre dans une société moderne et de s’affranchir de la tyrannie est universel, ou presque. Il n’y a qu’à voir les efforts de millions de personnes chaque année pour passer du monde en voie de développement au monde développé, où elles espèrent trouver une stabilité politique, des possibilités d’emploi, des services médicaux et un accès à l’éducation qui font défaut chez elles.
Mais cela ne veut pas dire pour autant que le désir de vivre dans une société libérale est universel – c’est-à-dire, dans un ordre politique caractérisé par une sphère de droits individuels et un État de droit. Le besoin de démocratie libérale s’acquière progressivement, souvent comme effet collatéral d’une modernisation réussie.
De plus, le désir d’appartenir à une démocratie libérale moderne ne se traduit pas nécessairement dans la capacité à la mettre effectivement en place. Dans sa politique d’approche de l’Irak post-Saddam, le gouvernement Bush semble être parti du principe que la démocratie et l’économie de marché étaient des conditions manquantes auxquelles les sociétés reviendraient une fois débarrassées de l’oppression, plutôt qu’à une série d’institutions complexes et interdépendantes devant se construire minutieusement au fil des ans.
Bien avant d’avoir une démocratie libérale, il convient d’avoir un État opérationnel (qui n’a jamais disparu d’Allemagne ni du Japon après la défaite de la Deuxième Guerre mondiale). Mais cela n’est pas garanti dans des pays comme l’Irak.
La fin de l’histoire n’a jamais été liée à un modèle américain spécifique d’organisation sociale ou politique. A l’instar d’Alexandre Kojève, le philosophe franco-russe qui a inspiré mon raisonnement de départ, je crois que l’Union européenne reflète plus précisément que les Etats-Unis d’aujourd’hui ce à quoi ressemblera le monde à la fin de l’histoire. La tentative de l’UE de transcender la souveraineté et les pouvoirs politiques traditionnels en établissant un État de droit transnational s’inscrit davantage dans un monde « post-historique » que la croyance persistante des Américains en Dieu, en la souveraineté nationale et en leur armée.
Enfin, je n’ai jamais lié l’émergence mondiale de la démocratie à la structure américaine, et certainement pas à l’exercice du pouvoir militaire américain. Il est essentiel que les transitions démocratiques soient conduites par des sociétés qui veulent la démocratie, et puisque celle-ci exige des institutions, le processus est généralement assez long.
Les puissances extérieures, comme les Etats-Unis, contribuent souvent à cette évolution en donnant un exemple de société à la réussite politique et économique. Elles peuvent également proposer des fonds, des conseils, une assistance technique, et certes, une aide militaire occasionnelle pour faire avancer le processus. Mais la transition démocratique n’a jamais reposé sur les changements de régime coercitifs.
Francis Fukuyama est doyen de la School of Advanced International Studies à l’Université Johns Hopkins et président de The American Interest.
Copyright : Project Syndicate/The American Interest, 2007.
www.project-syndicate.org / www.the-american-interest.com
Traduit de l’anglais par Magali Decèvre