Tuesday, November 25, 2014
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Fukushima, le test nucléaire de l'Europe

MADRID - Vue depuis l'Europe, l'irrationalité des débats politiques et médiatiques à propos de l'énergie nucléaire s'est accrue et intensifiée depuis la fusion de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi au Japon il y a un an. Pourtant, une évaluation impartiale de la place de l'énergie nucléaire dans le monde demeure aussi nécessaire que difficile.

En tant qu'Européens nous ne devrions pas pontifier sur la politique énergétique nucléaire comme si notre avis importait à toute la planète, et c'est pourtant bien ce que nous faisons. D'autre part, l'Europe a une responsabilité qualifiée dans le secteur de la sécurité, où nous pouvons encore promouvoir une normalisation internationale et un cadre institutionnel qui discipline les États et apporte une plus grande transparence dans un domaine où les risques sont mondiaux comme c’est le cas de l'énergie nucléaire.

L'Europe a également un rôle à jouer dans la recherche vers des technologies plus sûres, en particulier vers le réacteur nucléaire de quatrième génération. En tant qu'Européens, ne pouvons pas nous permettre le luxe de démanteler un secteur industriel à haute valeur ajoutée dans lequel nous avons toujours un véritable avantage comparé.

En Europe, Fukushima déclencha une attaque éclair des médias sur l'énergie nucléaire. Le magazine allemand Der Spiegel amp#160;avançait le «amp#160;11 septembre de l'industrie nucléaireamp#160;» et «amp#160; la fin de l'ère nucléaire,amp#160;» tandis que le principal journal espagnol amp#160;El Pais amp#160;prêchait que soutenir «amp#160;cette énergie [était] irrationnel,amp#160;» et que la «amp#160;Chine a mis un frein à ses ambitions nucléaires.amp#160;» En fait de telles évaluations se sont avérées en définitive à la fois tendancieuses et irrémédiablement fausses.

Il est vrai que quelques pays, - la Belgique, l'Italie, l'Allemagne et la Suisse, avec le Pérou comme seul pays non-européen à se joindre à la tendance - ont formellement déclaré leur intention de démanteler ou d'éviter l'énergie nucléaire. Ces décisions concernent un total de 26 réacteurs, alors que 61 réacteurs sont en construction à travers le monde, avec encore 156 à l'état de projet et 343 officiellement à l'étude. Si ces plans se réalisaient, le nombre de réacteurs en fonctionnement, actuellement 437, devrait doubler.

Mais, fait plus intéressant, la croissance nucléaire n'est pas uniforme: le Brésil est à l'avant-garde en Amérique latine, alors que le développement le plus rapide a lieu en Asie, principalement en Chine et en Inde. Si nous comparons cette répartition géographique à une prise de vue mondiale des sites nucléaires avant la fusion nucléaire de Three Mile Island aux États-Unis en 1979, une corrélation saisissante émerge entre la politique de l'énergie nucléaire des pays et la vigueur de leur position géopolitique et économique.

Tandis que l'appétit pour les réacteurs dans les années 70 a reflété la domination internationale de l'Union Soviétique et principalement celle de l'Occident géopolitique - le Japon, les États-Unis et l'Europe - aujourd'hui le centre de la gravité s'est décalé irrévocablement à l'Est, où l'énergie nucléaire est devenue une «amp#160;voie d'accès à un futur prospèreamp#160;», selon un commentaire très descriptif de novembre 2011 dans The Hindu. Dans ce même esprit, le Président des États-Unis Barack Obama, en pariant hardiment sur les garanties de prêt, et la recherche dans le secteur des petits réacteurs modulaires, reconfirme la volonté de l'Amérique de maintenir sa position au rang de la technologie nucléaire civile, ainsi que son importance dans le nouvel ordre mondial.

L'énergie est naturellement le sang de toutes les sociétés, ce qui est manifeste dans la corrélation entre la demande énergétique et le revenu. À cet égard, les avantages de l'énergie nucléaire se démarquent, en particulier par sa fiabilité et ses coûts prévisibles. Les Perspectives énergétiques mondiales de l'Agence Internationale de l’Énergie en 2010, prévoient une augmentation de la demande énergétique mondiale de 40% d'ici 2030 - une réalité impitoyable qui est ressentie de la manière la plus tangible dans les pays en voie de développement, en particulier en Asie.

Ainsi, l'énergie nucléaire est, et continuera à être, un fait. Pour agir de façon responsable, les Européens doivent travailler au renforcement des normes de sécurité internationales de l'énergie nucléaire, sans quitter la partie. La vraie leçon de Fukushima est que les contrôles de l’État sont nécessaires mais non suffisants pour garantir la sécurité nucléaire.

Malheureusement, une proposition de l'Agence Internationale de l’Énergie Atomique de l'année passée, visant à lancer un système de contrôle international efficace sur la sûreté et la sécurité de l'énergie nucléaire dans le monde entier, a échoué d'une manière flagrante avec le consentement de l'Union Européenne. Pire encore, avec l'appui de l'Europe, le budget de l'AIEA, déjà dérisoire avec ses 300 millions d'euros, a été réduit de près de 10%.

Dans ce contexte, une initiative pour exiger des inspections aléatoires de l'AIEA de 10% des réacteurs en fonctionnement dans le monde dans un délai de trois ans a encore été édulcorée, toujours avec l'appui actif de l'UE, qui a partagé que la responsabilité de la sécurité et des inspections devrait dépendre principalement des États membres. Seule une mince disposition créant des inspections volontaires communes avec l'AIEA, mais toujours sous la responsabilité des Etats, a vu le jour. Quant à l'UE elle-même, la discussion et la formulation finale des contrôles de mars 2011, précisément qualifiées «amp#160;d'orageusesamp#160;» par le Premier Ministre polonais Donald Tusk, révèlent une panoplie d’insuffisances et de faiblesses.

La contradiction la plus saisissante dans le discours nucléaire de l'Europe se trouve, cependant, dans la comparaison entre les discours qui prônent la croissance économique et l'emploi, et la légèreté avec laquelle des États membres abandonnent l'industrie nucléaire, qui dépend toujours de la conception, de la technologie et des compétences de commandement et de contrôle qui sont le fondement de l'avantage comparé de l'Europe dans l'industrie.

Une exception encourageante est amp#160;l’accord récent entre le Royaume-Uni et la France pour forger une alliance entre Rolls Royce et Areva dans le domaine du nucléaire. Mais ils ne devraient pas être seuls. Est-il raisonnable que les pays de l’UE abandonnent une niche de prospérité pour des raisons idéologiques qui n’ont aucune portée dans une perspective mondiale?

L'augmentation de l'énergie nucléaire en Europe a épousé ses prouesses économiques d'après-guerre. Elle a coïncidé avec le pic de la croyance occidentale en sa force économique croissante et en son ascendant mondial. Aujourd'hui, au moment où l'Europe est de plus en plus perçue comme l'homme malade de l'économie mondiale, même si tout le continent devait abandonner l'énergie nucléaire, cela n'aurait aucune incidence sur la scène mondiale. Donner le ton des discours politiques n'est plus le rôle de l'Europe. Son rôle consiste à se conduire de manière responsable.

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    1. CommentedPatrice Ayme

      To be against nuclear energy is to be against man. As simple as that. The present technologies are not good, but other nuclear technologies can be developed, perfectly safe, very clean, and much more efficient.

      Moreover, thorium nuclear energy, for example, can be disconnected from nuclear weapons completely, as it does not use materials which can be manufactured to make bombs.

      Overall, civil nuclear energy has killed very few people, even including the criminally misconceived military reactor at Chernobyl. Coal burning kills hundreds of thousands through pollution, worldwide, and that does not include all the mercury vapor it creates.
      http://patriceayme.wordpress.com/

    2. CommentedAndrés Arellano Báez

      If nuclear power seems to be so important in the future, it is not a big mistake related this kind of energy with nuclear weapons, like is happening today in Iran? I think the increase of nuclear plants should be coordinated with the cancelation of nuclear weapons all over the world, starting with U.S.A.

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