Wednesday, September 17, 2014
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Ignorer les multiplicateurs de la croissance

PRINCETON – En Avril 2010, alors que l’économie globale commençait à se remettre du choc de la crise financière de 2008-2009, le World Economic Outlook(WEO, Rapport sur l’économie mondiale) du Fonds Monétaire International prévoyait une croissance du PIB global supérieur à 4% en 2010, et un taux de croissance annuel constant de 4,5% maintenu jusqu’en 2015. Mais cette prévision s’est avérée bien trop optimiste.

En fait, la croissance globale s’est ralentie. Dans son tout dernier rapport WEO, le FMI prévoit une croissance du PIB global de l’ordre de seulement 3,3% en 2012, et de 3,6% en 2013. Il prévoit en outre un ralentissement généralisé de la croissance.

Les sources d’erreurs prévisionnelles potentielles sont de trois ordres : l’incapacité à évaluer le temps nécessaire à la reprise économique à la suite d’une crise financière ; la sous-estimation des « multiplicateurs budgétaires » (l’ampleur de la perte en production étant due à l’austérité budgétaire) ; et la négligence du « multiplicateur de commerce mondial » (la tendance des pays à s’attirer vers le bas au gré de la contraction de leurs économies).

La sévérité et les implications de la crise financière ont été globalement correctement évaluées. Les leçons du Rapport WEO de 2008, qui analysait les reprises à la suite des tensions financières systémiques, ont été incorporées dans les prévisions ultérieures.

Les prévisions pour les Etats-Unis – où le désendettement des ménages continue de freiner la croissance économique – sont donc plus en phase avec la réalité. Le rapport d’avril 2010 prévoyait un taux de croissance annuel aux Etats-Unis d’environ 2,5% pour 2012-2013 ; les prévisions actuelles donnent un taux légèrement supérieur à 2%.

Par contre, le multiplicateur budgétaire avait sérieusement été sous-estimé – ainsi que l’a désormais admis le WEO. Les prévisions pour la Grande-Bretagne – où les tensions dans le secteur financier sont assez comparables à celles endurées par les Etats-Unis – sont en conséquence beaucoup moins justes.

Le rapport WEO d’avril 2010 prévoit une croissance annuelle en Grande-Bretagne de près de 3% en 2012-2013; mais le PIB devrait plutôt se contracter cette année et n’augmenter que de 1% l’année prochaine. Une grande part de cette couteuse divergence avec les projections antérieures peut être attribuée à la vision partagée par les autorités britanniques et le FMI sur la moindre incidence de la consolidation budgétaire.

De même, les économies lourdement endettées de la zone euro (Grèce, Irlande, Italie, Portugal et Espagne) ont connu des performances considérablement plus mauvaises qu’envisagées, en conséquence des coupes budgétaires drastiques et des hausses d’impôts. Le PIB du Portugal, par exemple, était supposé augmenter de 1% cette année ; en fait, il se contractera de 3%. La Commission Européenne prétend que ce ralentissement est plus le reflet du risque élevé de la dette souveraine que de la consolidation budgétaire, mais la Grande-Bretagne contredit ce point de vue dans la mesure où elle estime que les marchés considèrent le risque souverain comme virtuellement inexistant.

Le multiplicateur du commerce international, bien que moins reconnu, permet d’expliquer pourquoi le ralentissement de la croissance a été si généralisé et persistant. Lorsque la croissance de l’économie d’un pays ralentit, ce dernier réduit ses importations, ce qui entraine un ralentissement de la croissance des autres  pays, les obligeant à leur tour à réduire leurs importations.

La zone euro a été l’épicentre de ces forces restrictives sur la croissance globale. Puisque les pays de la zone euro commercent énormément entre eux et avec le reste du monde, leur ralentissement a grandement contribué à la baisse du commerce international, et donc à la fragilité de la croissance globale. Mais surtout, avec la chute des importations européennes depuis l’Asie de l’est, la croissance des économies de l’est asiatique a donc été profondément ralentie depuis l’année dernière et les prévisions de 2010 – et comme prévu, la croissance de leurs importations depuis le reste du monde s’est elle aussi ralentie.

Le commerce global a chuté de manière régulière avec, pour ainsi dire, aucune augmentation dans les six derniers mois. La notion très répandue à une époque, et intégrée dans les prévisions de croissance, selon laquelle les exportations apporteraient une porte de sortie à la crise n’a jamais été crédible. Cette notion a maintenant été inversée : au moment où la croissance économique s’est arrêtée, la chute de la demande en importations auprès des partenaires commerciaux a entrainé la généralisation et l’intensification des difficultés économiques.

C’est en Allemagne que l’impact du ralentissement du commerce global est le plus visible dans la mesure où elle ne souffrait pas d’un endettement excessif des particuliers ou des entreprises et profitait d’une situation budgétaire favorable. Pour échapper à la crise, l’Allemagne a eu recours à une croissance rapide de ses exportations – surtout pour répondre à la demande vorace de la Chine. Même si l’on s’attendait à ce que la croissance ralentisse en conséquence, elle est estimée à environ 2% en 2012-2013. Mais comme la croissance de la Chine ralentit elle aussi – en partie en conséquence de la baisse des exportations vers l’Europe – les prévisions concernant le PIB de l’Allemagne ont été divisées par deux. Et, compte tenu du fait que la croissance de cette année est déjà largement installée, l’économie de l’Allemagne s’est désormais stabilisée – et pourrait même se contracter.

En périodes favorables, le commerce généré par la croissance d’un pays renforce la croissance globale. Mais en périodes de crise, les répercussions commerciales ont l’effet inverse. Dans la mesure où l’économie globale est devenue de plus en plus interconnectée, ces multiplicateurs commerciaux sont intensifiés.

En effet, même si elles sont moins terribles et menaçantes que la contagion financière, les répercussions commerciales influencent de manière profonde les prévisions de croissance globale. Ne pas admettre leur impact implique que les prévisions d’exportations – et donc de croissance – continueront d’être erronées. Il est peu probable que l’on constate la croissance globale projetée pour l’année prochaine. Au contraire, les erreurs et les retards politiques dans les pays individuels toucheront profondément les économies partout dans le monde. 

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  1. CommentedNathan Coppedge

    On the other hand, this is supposed to be the heyday of the virtual economy.

    Histories are always missing histories.

  2. CommentedRoman Bleifer

    Most estimates are based on the essence on the extrapolation of the past for future periods. They work well enough in times of stability. But such predictions can not be taken into account to predict the fluctuations typical of periods of crisis. Much more accurate forecasts are built on an understanding of the qualitative character of the processes ( http://crisismir.com/analiticheskie-materialy/ekonomika/13-mirovoj-ekonomicheskij-krizis-prichiny-i-posledstviya-quo-vadis.html ). Attempts to counteract the crisis as the financial crisis has failed. Systemic problems of the world economy can not be solved alone financial instruments. In the global economy began to form a system of global production. It was as a system, not as a sum of national economies.

  3. CommentedProcyon Mukherjee

    Multipliers are different in every country.

    Ashoka Mody’s article is dedicated to the developed economies, while the developing like India’s story is more severe; a country with a predominantly young people coming into the labor force each year in numbers that the rest of the world would struggle to achieve, we have a growth conundrum that is muddled in lack of political will.

    To recast the multiplier in India, one would have to simply start with institution building, elimination of corruption and building governance structures to make any difference.

    But if one sector has to be singled out it is the core sector, which must be put back on track. A country which still has hundreds of thousands of villages lacking electrification, the power in the bulk of the electricity producing states is surplus! A country where thousands of miles must be connected by roads, the infrastructure companies cannot progress without land acquisition. And to top it all we have a coal sector, which continues to produce less and less as there is a policy lock-jam.

    Procyon Mukherjee

  4. CommentedZsolt Hermann

    The greatest reason for the prediction errors is that we simply refuse to see reality.
    Almost everybody as if by the wave of a magic wand entered a mass hypnosis, refusing to wake up, continuously repeating the by now "religious mantra" of "continuing growth", "return to growth", "recovery, stimulus", and so on...
    You cannot kick a dead horse and hope that it will carry you, the unnatural and unsustainable constant quantitative growth economic model is dead.
    People are still playing with the numbers, a little makeup here a little cosmetic surgery there, if nothing else works let us print more money like in a gigantic, virtual Monopoly Game.
    Humanity matured through evolution into a global, interconnected and interdependent system.
    Just like any species living in colonies, or herds, or any other living ecosystem, humanity is also a single, intertwined organism in a mature state, and this human organism is part of a closed and finite natural system.
    In such systems after the initial stages of development constant, expansive growth is not possible any longer, different interactions, qualitative changes are necessary and all elements have to interact in a very precisely mutual fashion to secure the life and sustainability of the whole system.
    If in such a system a cell or an organ refuses to settle into the overall balance and pushes on with expansive and quantitative growth, that is a cancer, or a virus that is totally harmful from the respect of the global system and also from its own viewpoint as even its own life depends on the well being and longevity of the whole system.
    What stands here is all scientifically proven, but humans are incapable of digesting it as it would require a fundamental change in lifestyle and attitude.
    But since we are only part of the system we have no free choice about it, the only question is if we make the necessary adjustments willingly, being conscious partners in the process, or we are beaten to change by suffering, and the threat of extinction.

  5. CommentedFrank O'Callaghan

    The biggest multiplier (apart from confidence) is equality. Increasing the incomes and wealth of the great majotity while decreasing their indebtedness will spur the growth.

    The concentration of wealth in few hands is a drag on the world economy.

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