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Martin Feldstein

La déflation et son marasme

Martin Feldstein

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2009-04-24

CAMBRIDGE – Aux Etats-Unis et dans de nombreux autres grands pays, le taux d’inflation est désormais proche de zéro. The Economist a récemment publié un reportage indiquant que les économistes interrogés prévoyaient une chute générale des prix à la consommation aux Etats-Unis et au Japon pour 2009, tandis que l’inflation dans la zone euro ne serait que de 0,6 %. La Corée du Sud, Taiwan et la Thaïlande accuseront aussi une baisse du niveau des prix à la consommation.

La chute des prix en perspective reflète l'écroulement de la production industrielle, le taux de chômage très élevé qui en découle et la baisse spectaculaire du prix des matières premières. Dans les pays au taux d’inflation négatif, le recul de la production industrielle est supérieur à 10 %. En outre, l’indice des prix à la consommation sur toutes les marchandises a subi une baisse de plus de 30 % au cours de l’année dernière.

L’éventualité de la déflation est une question sérieuse car la chute des prix – et la perspective de les voir chuter davantage – ferait empirer la récession du moment de trois manières différentes.

La première incidence négative de la déflation est d’augmenter la valeur réelle des dettes. Ainsi que l’inflation sert les débiteurs en érodant la valeur réelle de leurs dettes, la déflation les pénalise en grossissant la valeur réelle de ce qu’ils doivent. Même si le taux actuel assez modéré de la déflation n’engendre pas de grave problème, il pourrait, si la crise continue dans cette veine, générer par accumulation une chute des prix d’environ 10 % dans les années à venir.

Dans ce cas, un propriétaire (par prêt hypothécaire) verrait la valeur réelle de son crédit augmenter de 10 %. Et comme la chute des prix entraînerait un déclin des salaires, le rapport salaire/mensualités à verser augmenterait aussi.

Outre cette augmentation du véritable coût d’une dette, la déflation serait synonyme de coefficients prêt/valeur plus élevés pour les propriétaires, causant davantage de non-remboursements, surtout aux Etats-Unis. Des prix plus bas entraîneraient aussi une augmentation de la valeur réelle de la dette des entreprises, affaiblissant alors leur bilan et compliquant leurs démarches pour obtenir un crédit supplémentaire.

Le deuxième effet négatif de la déflation est de gonfler le taux d’intérêts réel, c’est à dire, la différence entre le taux d’intérêt nominal et le taux d’« inflation ». Lorsque les prix augmentent, le taux d’intérêt réel est inférieur au taux nominal car l'emprunteur rembourse avec des dollars dont la valeur est moindre. Mais en cas de chute des prix, la valeur réelle du taux d’intérêt dépasse le taux nominal. Ce qui est aggravé par le fait que les emprunteurs ne peuvent déduire que des payements à taux d’intérêt nominal lorsqu’ils calculent leur revenu imposable.

Comme la Réserve fédérale américaine et d'autres banques centrales ont orienté leur taux d'intérêt à court terme près de zéro, elles ne peuvent pas faire davantage baisser leur taux afin d’éviter la déflation due à l’augmentation du taux d’intérêt réel. Des intérêts à taux réel plus élevé dissuaderaient les foyers et les entreprises d’acheter à crédit, ce qui ferait encore plus reculer la demande et conduirait à un effondrement des prix encore plus prononcé.

Le contexte économique inhabituel qui résulte de la chute des prix et des salaires peut aussi avoir des répercussions psychologiques nuisibles pour les foyers et les entreprises. La déflation nous mêne en territoire inconnu. Si les prix baissent d'1 %, peuvent-ils chuter de 10 % ? Si les banques centrales ne peuvent pas plus baisser les taux d’intérêt pour relancer l’économie, qu’est-ce qui pourrait stopper une chute des prix vertigineuse ? De telles questions sapent notre confiance et rendent toute essai de relance de l'activité économique plus difficile.

Certains économistes prétendent que la meilleure manière de gérer la déflation est d’injecter des liquidités dans le système par le biais des banques centrales afin de convaincre le public que l'inflation va à nouveau remonter et que les taux d'intérêts réels à long terme vont finir par baisser. Ce conseil conduirait les banques centrales à constamment gonfler la masse monétaire et, même après avoir appliqué cette mesure, les banques de réserve ne pourraient plus diminuer leur taux d’intérêt. En fait, c'est ce que font la Réserve fédérale américaine, la banque d’Angleterre et la banque du Japon sous couvert de « détente quantitative ».

Il n’est pas surprenant que les employés des banques centrales engagés à atteindre la cible d'inflation officielle ou non de 2 % par an ne se disent pas ouvertement disposés à abandonner leur poste ni à affirmer qu’ils recherchent un taux d’inflation élevé. Leurs actions expansionnistes ont néanmoins permis une hausse de l’inflation vers les objectifs fixés sur le long terme.

Aux Etats-Unis, le taux d’intérêt des obligations gouvernementales est désormais passé à 1,80 % pour cinq ans, 2,86 % pour dix ans et 3,70 % pour trente ans. Comparer ces taux au rendement des obligations gouvernementales protégées de l’inflation montre que les taux d’inflations correspondants sont les suivants : 0,9 % sur cinq ans, 1,3 % pour dix ans et 1,7 % pour trente ans.

Ironie du sort, bien que les banques centrales se focalisent actuellement sur la question de la déflation, le risque le plus important à long terme est que l’inflation augmente trop rapidement alors que les économies se rétablissent et que les banques utilisent de considérables sommes en provenances de leur réserves pour approvisionner des crédits dont le but est de stimuler les dépenses et la demande.

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AUTHOR INFO

Martin Feldstein, a professor of economics at Harvard, was Chairman of President Ronald Reagan's Council of Economic Advisors and President of the National Bureau for Economic Research.