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Martin Feldstein

Le Rétablissement et la Croissance de la Chine

Martin Feldstein

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2009-03-25

CAMBRIDGE – La Chine sera probablement la première des grandes économies à se remettre de l’actuelle récession. Sa croissance ne retrouvera peut-être pas le rythme à deux chiffres des récentes années, mais il est sûr qu’en 2010, la Chine progressera plus rapidement que n’importe quel pays européen ou même occidental.

Que la Chine mette fin à son ralentissement actuel ne signifiera pas nécessairement que tous ses partenaires commerciaux en profitent. Le peu de retombées économiques témoignera de l’attention qu’elle aura portée, durant son rétablissement, à l’accroissement de la demande nationale.

Il est certain que la Chine est éprouvée par la baisse globale de la demande d’un grand nombre de ses produits manufacturés. La forte chute des ventes de détail aux Etats-Unis et en Europe se traduit par une diminution du volume des commandes de produits manufacturés en Chine.

Et, alors que le yuan est resté plus ou moins stable par rapport au dollar, au cours de l’année qui vient de s’écouler, la forte appréciation du dollar par rapport à l’euro et aux autres devises a conduit à l’augmentation du yuan en termes pondérés par les échanges. Ce qui a contribué à freiner les exportations chinoises.

Les mises à pied qui touchent les ouvriers chinois ont ravivé la baisse de la demande des biens et des services locaux, les ménages étant amenés à réduire leurs dépenses. Les petites entreprises qui exportaient 100% de leur production ont été contraintes de fermer. Les travailleurs peu qualifiés, qui ont quitté par millions les fermes de la Chine continentale pour travailler dans les centres industriels côtiers, sont maintenant forcés de rentrer au village. Les familles qui bénéficiaient de leurs envois de fond, se voient maintenant obligées de réduire leur consommation également.

Les autorités chinoises ont la ferme intention d’inverser la tendance, pour rendre leur emploi à ceux qui l’ont perdu et en créer pour les millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. Outre la détresse de millions de chômeurs, leur insuccès exposerait le pays au risque d’instabilité politique, qui tient à l’obligation de maintien de la prospérité économique.

Le gouvernement s’est d’abord donné pour objectif de stimuler l’ensemble de la demande, en axant ses dépenses sur les infrastructures lourdes, notamment les routes et le transport public. Mais il s’avère plus stratégique de modifier cette politique de manière à accroître les dépenses liées à la consommation, et de relever le niveau des dépenses de l’Etat en matière de soins de santé par exemple, ce dont les ménages auraient le bénéfice immédiat.

Cela fait des années qu’en Chine, la dépense de consommation demeure à la traîne du taux de croissance. Cela correspond à la baisse de la part des salaires dans le PIB et à l’augmentation de la part de l’épargne relativement aux revenus des ménages. Pour stimuler la consommation, le gouvernement doit inverser ces deux tendances.

Les entreprises privées représentent le secteur qui progresse le plus rapidement dans l’économie chinoise, mais celles qui sont détenues en partie ou entièrement par l’Etat continuent à être de gros employeurs. Le gouvernement peut directement intervenir sur les niveaux de salaire de ces entreprises, et, ce faisant, modifier le niveau moyen des salaires.

Le fort taux d’épargne des ménages chinois représente à la fois l’épargne, naturellement forte, des jeunes générations, et celle des générations plus âgées, qui n’ont eu que peu de revenus durant leur jeunesse, et qui ont donc peu épargné. La somme des taux d’épargne du secteur des ménages est égale à la différence entre l’épargne des épargnants et la non-épargne des non-épargnants. Etant donné que l’épargne des jeunes est aujourd’hui élevée et que la non-épargne des personnes âgées est basse, le taux d’épargne net est élevé.

Les jeunes ont de nombreuses raisons d’épargner. Le système public de retraite n’est pas fiable, il n’y a pratiquement pas d’assurance maladie qui couvre les coûts exorbitants des soins de style occidental, les parents doivent payer les frais de scolarité de leurs enfants, le crédit pour financer l’achat de biens durables est rare, et il faut verser un lourd acompte pour l’achat d’un appartement.

Je suis persuadé que le gouvernement s’attaquera à tous ces motifs, responsables de la forte épargne, en rendant le crédit plus accessible, en lançant un nouveau système d’assurance maladie, et en atténuant quelques-unes des contraintes qui pèsent sur les acomptes.

Le Premier ministre Wen Jiabao a précisé, dans les réflexions qu’il livrait récemment à l'Assemblée populaire nationale, qu’il prendrait toutes les mesures nécessaires pour stimuler la demande et assurer une croissance solide à la Chine. Je ne doute ni de sa volonté, ni de son aptitude à y parvenir.

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AUTHOR INFO

Martin Feldstein, a professor of economics at Harvard, was Chairman of President Ronald Reagan's Council of Economic Advisors and President of the National Bureau for Economic Research.