Thursday, April 24, 2014
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L’Expansion comme une solidarité

De nos jours, il est souvent dit que le sens de la solidarité de l’Union européenne a été mis en danger, pour ne pas dire totalement qu’il a totalement explosé, par l’élargissement vers les pays de l’Europe centrale et de l’Est. La Bulgarie et la Roumanie se rapprochant à leur tour de l'entrée dans l'UE, et les négociations qui doivent s’ouvrir avec la Turquie et la Croatie, il est devenu essentiel de remettre en question cette idée.

Les valeurs et les intérêts des nouveaux membres de l’Union européenne coïncident le plus souvent avec ceux des 15 premiers membres. Il est vrai, bien sûr, que l’élargissement a fondamentalement modifié l’Union et donné naissance à de nouveaux problèmes et à des questions politiques. Cependant, les nouveaux États membres d’Europe centrale et de l’Est sont profondément intégrés dans le développement économique, social et culturel de notre continent. Les liens qui nous unissent ont été érodés par quarante années de domination soviétique, mais cela n’a pas modifié fondamentalement le caractère européen de ces États.

Mon pays, la Pologne, a toujours eu des liens culturels profonds avec les autres pays européens, particulièrement la France. Nous avons participé à tous les développements européens majeurs en matière de musique, de littérature et de cinéma (avec, par exemple, les films d’Andrzej Wajda de l'ère Solidarnösc, tels que « Danton », une co-production française).

En matière de sport également, les Européens de l’Est sont intégrés depuis longtemps au reste de l’Europe. En effet, avant la Première guerre mondiale, l’équipe nationale de football allemande était entièrement composée de joueurs aux patronymes polonais. Mais, surtout, il existe un sentiment profond chez les Polonais, les Hongrois et les Tchèques, ainsi que d'autres, qui se sentent tous Européens. Ce qui est là le véritable sens du mot « solidarité » tel que le définit le dictionnaire Le Petit Robert : « relation entre personnes ayant conscience d’une communauté d’intérêt ».

La solidarité comme sens d’une unité résultant d’intérêts communs existe également clairement au sein des 15 membres d’origine que des membres de l’Union élargie d’aujourd’hui. Les exceptions prouvent la règle. Le manque d’unité au sein de l’Union européenne sur la question irakienne ne doit pas porter ombrage aux accords que les États membres ont conclu sur toutes les autres questions importantes en matière d'affaires internationales. Pour les questions économiques, les désaccords sur une régulation unique de l’Union européenne, par exemple, ne doivent pas masquer le fait qu'aucun État membre, nouveau ou historique, n’a jamais contesté le marché communautaire.

Finalement, le processus d’élargissement lui-même est manifestement un symbole d'unité européenne sociale, civile et culturelle. Le fait que cela provoqua débat et discussion ne contredit pas la conviction partagée par tous, anciens et nouveaux États membres, qu’ils ont obligation de reconstruire un continent après quarante années de division.

Restent quelques questions qui, si elles ne sont pas source de division fondamentale, sont inquiétantes. Devons-nous craindre le fait que l’Europe ne soit plus aujourd’hui un continent purement judéo-chrétien et blanc ? Les citoyens de l’Union européenne dont les origines sont dans d’autres continents et dont la religion est hindoue, islamiste, sikh ou bouddhiste pourront-ils s’identifier avec les valeurs et la culture « européennes » ? Seront-ils capables de se sentir européens comme l’ont toujours fait les Polonais ou les Tchèques ?

Ces questions sont surtout valables, en fait elles ne peuvent être évitées, dans le cas de la possible accession de la Turquie à l’Union européenne. L’intégration européenne est-elle animée par le respect des valeurs d’autrui ? S’agit-il de les partager ou d’y contribuer ?

Ce sont là des questions épineuses. Elles sont particulièrement difficiles si nous considérons la culture comme le ciment du futur de l’Europe. Tous les pays européens pensaient probablement dès le début que les nouveaux venus non Européens seraient assimilés de la même manière que les immigrés polonais furent assimilés dans la Ruhr allemande au dix-neuvième siècle.

Le fait que cela ne ce soit pas produit, du moins à grande échelle, ne veut pas dire que cela ne peut pas se produire. Il n’y a qu’à voir le nombre de citoyens respectables d’origine turque vivant en Allemagne. Ou le grand nombre de Britanniques indiens et pakistanais de deuxième génération que l’on voit maintenant en costume cravate avec ordinateur portable à la main, toujours entre deux avions.

Les Européens doivent cependant admettre que ces individus ne représentent qu’une minorité. Nombre de groupes d’immigrants en Europe se trouvent eux-mêmes rejetés par leurs communautés du fait de l’impossible intégration sociale et économique. La menace constante du terrorisme a rendu l’isolation des populations islamistes d’Europe encore plus dramatique.

L'Union européenne ne peut simplement pas déclarer la « solidarité » comme une valeur centrale et ne rien faire pour la favoriser chez ceux qui se sentent marginalisés. Ils doivent être autorisés, eux aussi, à sentir cette « relation entre personnes ayant conscience d’une communauté d’intérêt ». La solidarité européenne ne peut survivre à cette négligence et n'y survivra pas.

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