Wednesday, August 20, 2014
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Les visionnaires divisés de l'Europe

BERKELEY - Les dirigeants européens, contrairement à l'ancien président américain George H. W. Bush, n'ont jamais eu de problème avec les « visions ». Ils ont toujours su ce qu'ils voulaient que leur continent soit. Mais avoir une vision n'est pas la même chose que la mettre en œuvre. Et quand il s'est agi de mettre leurs idées en pratique, les dirigeants de l'Union européenne, à plusieurs reprises, n'ont pas été à la hauteur.

Cette tension entre les objectifs des Européens et leur capacité à les atteindre se joue à nouveau dans le sillage du récent sommet de l'UE. Les dirigeants européens sont maintenant d'accord sur une vision de ce que l'UE doit devenir : une union économique et monétaire complétée par une union bancaire, financière et politique. Les problèmes commencent dès que la discussion aborde la manière – et surtout le moment – d'établir les trois dernières unions.

L'union bancaire, les dirigeants européens l'ont convenu, consiste à créer une autorité de surveillance unique. Cela signifie l'établissement d'un régime commun de garantie des dépôts et d'un mécanisme de clôture des établissements financiers insolvables. Il s'agit de donner aux moyens de sauvetage de l'UE le pouvoir d'injecter directement des fonds dans les banques qui souffrent d'une insuffisance de capital.

De même, l'union financière consiste à donner à la Commission européenne (ou bien à un Trésor européen) l'autorité pour mettre un veto aux budgets nationaux. Cela signifie qu'une partie des dettes des membres sera mutualisée : les dettes des différents gouvernements seront converties en euro-obligations, donc en une dette conjointe de tous les membres. La Commission (ou le Trésor) devra alors décider combien d'euro-obligations supplémentaires il faut émettre et au compte de qui.

Enfin, l'union politique signifie le transfert des prérogatives des assemblées législatives nationales au Parlement européen, qui devra ensuite décider comment structurer l'union financière, bancaire et monétaire de l'Europe. Les responsables de l'UE pour les opérations au jour le jour, y compris le Conseil de la Banque Centrale Européenne, devront être responsables devant le Parlement, qui pourra les rejeter pour un manquement à s'acquitter de leurs mandats.

Des visions à foison. Le problème est qu'il existe deux approches diamétralement opposées à leur mise en œuvre. Une stratégie suppose que l'Europe a désespérément besoin maintenant des mesures de cette union plus profonde. On ne peut pas attendre pour injecter des capitaux dans les banques. Il faut prendre des mesures immédiates à l'égard de mutualisation de la dette. Il faut que la BCE ou un Mécanisme européen de stabilité élargi achète aujourd'hui des obligations aux gouvernements en péril.   

Au fil du temps, selon ce point de vue, l'Europe pourrait se doter des institutions nécessaires pour compléter ces mesures. Cela pourrait créer un superviseur bancaire unique, renforcer les pouvoirs de la Commission européenne ou créer un Trésor européen. De même, cela pourrait renforcer le Parlement européen. Mais la création d'institutions prend du temps et l'offre fait dangereusement défaut, étant donné le risque de panique bancaire, de crises de la dette souveraine et d'effondrement de la monnaie unique. C'est pourquoi les nouvelles mesures doivent venir en premier.

L'autre point de vue estime que procéder aux nouvelles mesures avant que les nouvelles institutions ne soient en place serait téméraire. Mutualiser les dettes avant que les institutions européennes n'aient un droit de veto sur les politiques budgétaires ne ferait qu'encourager un comportement plus téméraire de la part des gouvernements nationaux. Procéder à des injections de capitaux avant que le superviseur unique ne soit en place, encouragerait seulement davantage de prise de risque. Et permettre à la BCE de diriger les banques avant que le Parlement européen n'acquière le pouvoir de tenir la BCE pour responsable, approfondirait seulement le déficit démocratique de l'UE et provoquerait une violente réaction en retour.

L'Europe a déjà connu cette situation auparavant – dans les années 1990, quand la décision a été prise d'introduire l'euro. A cette époque, il y avait deux écoles de pensée. Un camp a argué du fait qu'il serait téméraire de créer une union monétaire avant que les politiques économiques n'aient convergé et que les réformes institutionnelles ne soient complètes.

L'autre école, en revanche, s'inquiétait que le système monétaire existant fût rigide, fragile et sujet aux crises. L'Europe ne pouvait pas attendre pour achever le processus de renforcement des institutions. Il valait mieux créer l'euro plus tôt que plus tard, les réformes et les institutions appropriées devant venir ensuite. Au risque de commettre une généralisation excessive, on peut dire que le premier camp a été constitué principalement des Européens du Nord, tandis que le second a été dominé par le Sud.

La crise des taux de change de 1992 a alors fait pencher la balance. Une fois que le système des taux de change d'Europe a explosé, l'argument des « Sudistes » selon lequel l'Europe ne pouvait pas se permettre de reporter la création de l'euro l'a emporté.

Les conséquences n'ont pas été heureuses. L'union monétaire sans union bancaire, financière ni politique a été un désastre.

Mais ne pas la faire aurait été également un désastre. La crise 1992 a démontré que le système existant était instable. Ne pas progresser vers l'euro aurait engagé l'Europe dans des crises bien plus perturbatrices. C'est pourquoi les dirigeants européens ont choisi avec ambition de s'engager dans ces mesures.

Ne pas procéder à présent à la recapitalisation des banques et aux achats d'obligations d'État conduirait à un même désastre. Le pétrin dans lequel l'Europe se trouve lui est donc déjà familier. La seule issue consiste à accélérer de manière significative le processus de renforcement des institutions. Ce ne sera pas facile. Mais en cas de désastre, on ne peut pas attendre.

Traduit de l'anglais pas Stéphan Garnier.

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  1. CommentedZsolt Hermann

    It seems that as we slowly understand the nature and the fundamental reasons behind the Eurocrisis, and in truth behind the whole global crisis, more and more people agree that the solution is towards further, deeper integration.
    I think instead of the question when, how quickly such an integration should take place the real question is how can we motivate the public to agree to such a fundamental, revolutionary change, especially today when they trust their leaders less and less.
    We have enough experience from human history that revolutions, structural changes which were introduced forcefully, or by tricking the public into it did not last, and usually resulted in terrible wars, or oppressive regimes.
    Even if the change makes sense to a small number of people, even if those people have the best intention and have all the objective data supporting their view they will not be successful unless they can transmit, project their vision to those who have to actually perform the changes, take on the burdens, the general public.
    We could see very clearly through the Greek or other European examples that while the politicians, financial elite agreed on new policies, stimulus or austerity packages, the actual public did not go along with it, rejected it, and we will continue to see this scenario through government changes, riots or other events as long as we do not change our attitude and approach.
    Thus the only option politicians, the present leaders have to facilitate the needed changes is a global, integral education program, explaining to each and every culture, social layer, gender and age why we ended up in the dead end of the global crisis, and why only a full and equal integration, a mutually considerate and responsible human system can offer us a safer and sustainable future.
    We all need to learn and immediately pass on the fundamental characteristics and laws of the global, integral, interdependent natural system we exist in.

  2. CommentedGary Marshall

    Hello Mr. Eichengreen,

    Below is a proof of an idea that will force a European banking, fiscal, and political union.

    If anyone can find the flaw, I shall be more than happy to give him or her $50,000. I am just tired of doing this. Its not the end of the world, but a new beginning.

    ####

    The costs of borrowing for a nation to fund public expenditures, if it borrows solely from its resident citizens and in the nation's currency, is nil.

    Why? Because if, in adding a financial debt to a community, one adds an equivalent financial asset, the aggregate finances of the community will not in any way be altered. This is simple reasoning confirmed by
    simple arithmetic.

    The community is the source of the government's funds. The government taxes the community to pay for public services provided by the government.

    Cost of public services is $10 million.

    Scenario 1: The government taxes $10 million.

    Community finances: minus $10 million from community bank accounts for government expenditures.
    No community government debt, no community government IOU.

    Scenario 2: The government borrows $10 million from solely community lenders at a certain interest rate.

    Community finances: minus $10 million from community bank accounts for government expenditures.
    Community government debt: $10 million;
    Community government bond: $10 million.

    At x years in the future: the asset held by the community (lenders) will be $10 million + y interest. The deferred liability claimed against the community (taxpayers) will be $10 million + y interest.

    The value of all community government debts when combined with all community government IOUs or bonds is zero for the community.

    Theoretically, at some point in the future, the government would collect taxes from the community, i.e. the taxpayers, and simply hand them back to the community, i.e. its lenders, erasing the acquired community government debts and assets.

    In conclusion, if a community borrows from its own citizens to fund worthy public expenditures rather than taxes those citizens, it will not alter the aggregate finances nor the wealth of the community. Adding a financial debt and an equivalent financial asset to a community will cause the elimination of both when summed.

    Whatever financial benefit Taxation possesses is nullified by the fact that borrowing instead of Taxation places no greater financial burden on the community.

    However, the costs of Taxation are immense. By ridding the nation of Taxation and instituting borrowing to fund public expenditures, the nation will shed all those costs of Taxation for the negligible fee of borrowing in the financial markets and the administration of public
    debt.

    Regards,
    Gary Marshall

  3. CommentedEric West

    How so? The 1992 crisis proved that trying to force monetary union was a supremely stupid idea and reinforced the notion that free-floating sovereign currencies was the only just way to proceed when dealing with such disparate economies. This statement simply does not hold up - if modest currency alignment was dangerous, the single currency was insane. It still is... and the faster we dismantle it and return to sovereign currencies, the better.

  4. Commentedtony maher

    Your banking, fiscal and political union visions are just that - visions.

    The leadership have exhausted the patience of their respective electorates who do not share this vision at all.

    It is the democratic deficit which is pulling down these euro castles in the air.

      CommentedAntoni Jaume

      «The leadership have exhausted the patience of their respective electorates who do not share this vision at all.»

      You are not entitled to speak for all of the Europeans.

      «It is the democratic deficit which is pulling down these euro castles in the air. »

      The democratic deficit is not something that any brit has any right to speak about. They're the main culprit of it. The British government is always standing against the European parliament. They're the ones that want to do all in the dark, giving precedence to governments over parliament.

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