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L’Europe au bord de la crise politique

BERKELEY - L’Europe est à nouveau au bord du précipice. Le dernier plan de sauvetage grec, mis en place il y a à peine six semaines, est sur le point de s’effondrer. La crise de confiance a contaminé les grands pays de la zone euro. La survie de l’euro comme celle de l’union Européenne elle-même sont en jeu.

Pour restaurer une certaine confiance, les dirigeants européens ont réagi par une cacophonie de propositions. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, a appelé à des règles budgétaires plus strictes. Mario Draghi, président de la Banque d'Italie et successeur désigné de Trichet à la BCE, a appelé à des limites contraignantes non seulement sur les budgets mais également sur tout un ensemble d’autres politiques nationales. Guy Verhofstadt, chef de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe au Parlement européen, compte parmi les partisans de plus en plus nombreux à se prononcer en faveur de la création d’euro-obligations. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a quant à lui estimé que l’Europe avait besoin de passer à une union fiscale totale.

Si ces propositions ont une chose en commun, c’est bien qu’elles échouent toutes à appréhender les problèmes immédiats de la zone euro. Il se pourrait que certaines d’entre elles, comme un renforcement des règles fiscales et une surveillance plus étroite des politiques affectant la compétitivité, contribuent à parer une crise future, mais elles ne permettront certainement pas de résoudre l’actuelle.

D’autres propositions, comme celle d’un passage à l’union fiscale, exigerait une révision fondamentale des traités fondateurs de l’UE. La création d’euro-obligations nécessiterait quant à elle plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de pouvoir parvenir à un certain degré de consensus politique.

Seulement, l’Europe ne dispose pas de plusieurs mois, et encore moins d’années, pour résoudre la crise dont elle souffre. Au stade actuel, elle ne dispose plus que de quelques jours pour éviter le pire. Les dirigeants de l’Europe doivent impérativement être capables de distinguer les mesures qu’il est impératif de prendre immédiatement de celles qui pourront être prises plus tard.

La première et la plus urgente des tâches consiste pour l’Europe à procéder au blindage de ses banques. Les inquiétudes au sujet de leur stabilité constituent l’oil du cyclone. Ce n’est pas par hasard si les valeurs bancaires sont celles à avoir été frappées le plus durement lors du récent crash financier.

Il y a plusieurs manières de recapitaliser les fragiles banques d’Europe. Les gouvernements français et allemands, qui disposent d’une certaine marge de manouvre budgétaire, sont en mesure de le faire pour les leurs. En ce qui concerne les pays en difficulté fiscale, le fonds de sauvetage européen (Fonds européen de stabilité financière) peut leur accorder des prêts à cet effet. Si davantage d’argent est nécessaire, le Fonds monétaire international peut créer un fonds spécial, en utilisant ses propres ressources et en les associant aux sommes apportées par les gouvernements asiatiques et leurs fonds souverains.

La deuxième tâche la plus urgente consiste à ménager pour la Grèce un espace qui lui permettrait de respirer un peu. Les Grecs sont en train de fournir un effort quasi surhumain pour stabiliser leurs finances et restructurer leur économie. Mais le gouvernement ne parvient toujours pas à satisfaire ses objectifs fiscaux, davantage en raison du ralentissement économique que de sa propre faute.

Ceci soulève un risque de voir l’UE et le FMI se sentir contraints de cesser leurs efforts de soutien, ce qui conduirait à un défaut anarchique sur les dettes, et au chaos social, politique et économique que ce scénario peut laisser présager. En Grèce même, la stabilité politique et sociale est d’ores et déjà ténue. Un tir de flashball malheureux pourrait bien suffire à transformer la prochaine manifestation en une véritable guerre civile.

Encore une fois, il existe bien des façons d’obtenir de l’aide. Les créanciers peuvent accepter d’assouplir les objectifs fiscaux de la Grèce. L’échange de dette boiteux convenu en juillet peut être passé à la trappe et remplacé par un échange qui permettrait cette fois-ci d’accorder au pays un soulagement de la dette plus significatif. D’autres États européens, sous la conduite de la France et de l’Allemagne, sont en mesure de fournir une aide extérieure. Il serait également temps pour ceux qui ont parlé d’un Plan Marshall pour la Grèce de traduire leurs paroles par des actes.

La troisième tâche la plus urgente consiste à réamorcer la croissance économique. La stabilité financière de l’Europe toute entière en dépend. Sans croissance, les recettes fiscales resteront stagnantes, et la capacité à répondre aux dettes continuera de s’éroder. La stabilité sociale en dépend de la même manière. Sans croissance, l’austérité deviendra intolérable.

Ici également, il existe plusieurs solutions au problème. L’Allemagne peut réduire les impôts. Une relance budgétaire coordonnée dans le nord de l’Europe serait encore plus bénéfique.

Mais le fait est que les gouvernements du nord de l’Europe, contraints par l’opinion publique nationale, demeurent réticents à agir. Dans ces conditions, la seule source concrète de relance reste la BCE. Il faudra réduire les taux d’intérêts, et la BCE devra assurer le suivi des achats d’actifs à grande échelle comme ceux récemment annoncés par la Banque nationale suisse.

Un accomplissement de ces trois tâches pourrait permettre de ménager tout le temps nécessaire - et il en faudra - pour envisager les changements radicaux que constituerait de nouvelles règles budgétaires, une harmonisation des politiques nationales, et le passage à une totale union fiscale. Toutefois, comme aimait plaisanter John Maynard Keynes, « À long terme, nous mourrons tous. » La tendance des dirigeants européens à agir dans la cadre d’une réflexion continuellement basée sur le long terme, au détriment des impératifs à court terme, pourrait bien en effet sonner le glas de leur monnaie unique.

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