Tuesday, September 2, 2014
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Comment traiter avec les islamistes

La victoire massive du Hamas lors de l'élection des députés palestiniens a surpris une grande partie de l'opinion publique internationale. Pourtant ce résultat n'est pas étonnant, le triomphe du Hamas s'inscrit dans une évolution générale de la région. En Turquie, il y a quatre ans, un parti islamiste, le Parti de la justice et du développement, a remporté la majorité relative au Parlement et formé un gouvernement. Un mois plus tard au Maroc, un parti islamiste du même nom est arrivé en troisième position à l'occasion des élections législatives. En décembre dernier, les Frères musulmans (interdits depuis 1954) ont également réalisé un score important, remportant 20% des suffrages et 88 sièges au Parlement, devenant le principal parti d'opposition, face au Parti national démocrate (PND) de Moubarak. Le Hezbollah au Liban et les partis chiites en Irak ont également obtenu de bons scores lors des consultations électorales.

Malgré leurs proclamations en faveur de la démocratie, la plupart des gouvernements occidentaux sont réticents à traiter avec ces partis ou à accepter l'arrivée au pouvoir des islamistes par la voie des urnes. Le paradoxe est évident : les islamistes qui ont tendance à considérer la démocratie comme un complot occidental ont pris davantage au sérieux les appels à la démocratie du président Bush que ses amis autocratiques en Amérique et peut-être plus sérieusement que Bush lui-même. Dans sa première conférence de presse après la victoire du Hamas, Bush était manifestement embarrassé pour parler de ce "développement inattendu".

Au cours des trois dernières années, des personnes de la région, dont moi-même, ont longuement discuté à plusieurs reprises avec des membres du Conseil national de sécurité (NSC) et du ministère des Affaires étrangères des USA. Nous avons vivement prié le gouvernement du président Bush d'élaborer une politique claire à l'égard des islamistes des pays de la région qui sont disposés à gouverner en respectant les principes démocratiques.

La réticence des Américains à traiter avec les islamistes est due en partie à leur préoccupation en ce qui concerne la réaction des régimes autocratiques arabes dont certains sont ses alliés de longue date. Leurs craintes se sont avérées non seulement dépourvues de fondement, mais aussi contreproductives, car elle n'a pas arrêté la progression des islamistes au Moyen Orient.

Il est temps d'adopter une approche nouvelle et audacieuse à l'égard de toutes les forces politiques en compétition dans le monde musulman. Tout d'abord, l'Occident et l'Amérique doivent cesser de soutenir les régimes autocratiques, de commercer avec eux et de leur livrer des armes. Ensuite, il faut ouvrir l'espace politique aux forces démocratiques du monde musulman, ce qui suppose de soutenir les médias libres et une justice indépendante qui protège la liberté de la presse. Enfin, aussi difficile que cela puisse être, il faut ouvrir et maintenir un dialogue avec les islamistes.

L'Occident doit fixer des règles claires et cohérentes dans sa politique à l'égard des islamistes. Il est légitime et nécessaire de poser comme condition à la reprise de l'aide aux Palestiniens la reconnaissance par le Hamas du droit à l'existence d'Israël et son engagement de respecter tous les accords internationaux signés par l'OLP et par l'Autorité palestinienne. En guise de première étape vers sa reconnaissance par la communauté internationale, l'OLP a dû modifier sa Charte qui appelait à la destruction de l'Etat d'Israël. Il n'y a aucune raison pour que le Hamas ne fasse pas de même, si on le lui demande avec la vigueur nécessaire. Tous les mouvements de libération on renoncé à la violence en temps voulu, qu'il s'agisse de l'IRA, des sandinistes ou de l'African National Congress.

De la même manière, aussi difficile que cela puisse être sur le plan psychologique, Israël doit répondre à chaque geste de bonne volonté du Hamas. Rappelons-nous qu'en 1947, ce sont des "combattants de la liberté" juifs qui ont fait sauter l'hôtel King David, tuant des dizaines de soldats britanniques. Jusque dans les années 1970, ces guérilleros sionistes étaient recherchés en tant que terroristes par les autorités britanniques. Par la suite, l'un d'entre eux, Menachem Begin, a été élu Premier ministre d'Israël et a fait la paix avec le président égyptien Anouar Sadate.

Selon les autorités égyptiennes, Sadate lui-même était peut-être un terroriste qui aurait participé à un complot et joué un rôle dans l'assassinat d'un personnage politique connu. Pourtant, Sadate et Begin ont acquis le respect de l'ensemble du monde pour avoir pris des risques pour la paix, au point d'obtenir conjointement le Prix Nobel de la paix.

Aussi, tant pour le Hamas que pour l'Amérique, l'Occident et Israël, il est vain de regarder en arrière dans un mouvement de colère et de dépit. Bien au contraire, ils devraient aller de l'avant et considérer l'avenir pour le forger en s'appuyant sur tous les éléments positifs laissés par Sadate, Begin, Rabin et même Ariel Sharon. Si ces dirigeants ont fini par renier leur propre passé de violence et agir en faveur de la paix, pourquoi le Hamas ne le pourrait-il pas ?

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