Tuesday, September 2, 2014
1

Serait-ce le dernier round pour Evo Morales ?

LA PAZ – Le gouvernement populiste du Président bolivien Evo Morales semble voué à l'échec politique. Face à une croissance des prix de 11% par an et des plaintes de plus en plus nombreuses émanent des secteurs les plus touchés du pays, Evo Morales a promis qu'il y aurait du changement, mais il tarde à prendre des décisions, laissant ainsi en place les politiques qui enveniment le problème.

Bien sûr, le bon sens économique l'emporte parfois, mais c'est généralement de courte durée. À la fin de l'année 2010 par exemple, le gouvernement Morales a décidé de supprimer les subventions relatives aux combustibles fossiles afin de réduire le fardeau fiscal lié au prix de l'énergie sur le marché du pays importateur, et à sa revente – à des prix qui n'ont pas changé depuis dix ans. Mais le gouvernement est revenu sur sa décision en une semaine, les boliviens qui avaient amené M. Morales au pouvoir ayant envahi les rues en signe de protestation. À ce moment là, Morales a promis de “gouverner en obéissant.”

Les sondages d'opinion ont enregistré une forte chute de la popularité de Morales ; la protestation sociale qu'il a su orchestrer par le passé s'est finalement retournée contre lui. La longue grève des travailleurs des transports publics a été suivie par celle tout aussi longue initiée par le Central Obrera (la fédération des syndicats de Bolivie) et par les fonctionnaires boliviens.

Après des années de gel des salaires, les employés des transports publics revendiquaient une augmentation, tandis que les autres demandaient des salaires plus élevés pour compenser l'inflation, qui est, en Bolivie, plus élevée que la moyenne latino-américaine, alors que la croissance économique y est plus faible. Morales a cédé face à ce mouvement de protestation, il a fait quelques concessions et des promesses à court terme – ce qui aura pour effet de favoriser la poursuite de l'inflation.

Par ailleurs, face au manque de résultats probants quant à l'administration des entreprises d'État, M. Morales risque de perdre le soutien populaire qui lui avait été apporté en tant que candidat favorable à la nationalisation. Ainsi, Morales a tenté d'apaiser les syndicats du Central Obrera en leur proposant de nationaliser trois mines de taille importante. Mais les travailleurs, qui savent comment Morales conçoit la gestion, ont refusé l'offre, préférant rester dans le secteur privé.

Cependant, le gouvernement ne semble pas disposé à admettre que le public ne se satisfait pas de sa politique idéologique, ou de l'échec de l'industrialisation forcée. Aucune usine d'État créée (qui produisent du papier, du carton, des produits laitiers, de l'urée, du ciment, des textiles, et de l'acide citrique) au cours de ces dernières années n'est pleinement opérationnelle, et les entreprises nationalisées (notamment les raffineries de pétrole du pays) ont connu des baisses de production et de rendement.

Convaincu qu'il peut augmenter la production et l'emploi, M. Morales a obligé la banque centrale à octroyer des prêts à des conditions favorables aux entreprises publiques. En d'autres termes, son gouvernement est déterminé à garder son emprise sur l'économie.

Pendant ce temps, le trafic de drogue se développe et se diversifie, malgré l'augmentation des effectifs de la police. Trop peu d'efforts ont été déployés en vue de détruire les plantations de coca, et les saisies de plus en plus fréquentes de cocaïne et de pâte de coca venant du Pérou indiquent que les activités liées au trafic se délocalisent vers la Bolivie, ce qui représente une source croissante d'argent illicite et favorise l'émergence de groupes criminels mieux organisés – et plus violents.

Les voisins de la Bolivie, et tout particulièrement le Brésil et le Chili, ont exprimé une inquiétude croissante envers cette tendance. Alors qu'ils avaient obtenu un engagement verbal de la part de Morales, qui avait promis d'enrayer le trafic de stupéfiants, le manque d'efficacité du gouvernement est devenu flagrant quand un Général de la police bolivienne a été arrêté au Chili alors qu'il transportait une énorme cargaison de cocaïne vers les États-Unis. Le fonctionnaire, condamné aux États-Unis pour trafic de drogue, était le chef de l'agence de renseignement sur qui repose l'efficacité de la lutte contre le trafic de drogue.

Face à ce problème de croissance, Morales a eu recours à deux tactiques qui lui ont permis de détourner l'opinion publique par le passé : en relançant le conflit qui oppose la Bolivie au Chili, les revendications boliviennes portant sur une partie du pays qui offrirait un accès vers la mer, mais qui est enclavée dans le territoire chilien ; et en inaugurant une nouvelle campagne électorale, pour élire des juges cette fois.

Mais cette réclamation intentée contre le Chili ne semble pas avoir le même attrait qu'autrefois, et les juges nouvellement élus à la Cour suprême ainsi que le Tribunal constitutionnel se sont retournés contre le gouvernement. En effet, Morales a subi une défaite retentissante, 60% des électeurs ayant rejeté l'initiative du gouvernement à grands renforts de bulletins de vote nuls ou blancs.

Le mouvement créé par une population autochtone des basses-terres boliviennes a joué un rôle crucial. Ses membres ont organisé une marche vers La Paz pour exiger le respect des territoires autochtones et du parc national “Isiboro-Secure” (TIPNIS). Après 65 jours passés à faire face à la répression policière et aux barrages posés par des groupes alliés de Morales, les marcheurs ont été accueilli à La Paz comme des héros. Leurs efforts ont contraint Evo Morales à interdire la construction de routes dans le parc national, projet financé par le Brésil et soutenu par l'ancien président de ce pays, Luiz Ignacio Lula da Silva.

Les perspectives politiques d'Evo Morales semblent peu réjouissantes. Les dépenses du gouvernement sont en train d'épuiser une grosse partie des revenus issus de l'exportation. Le déficit budgétaire a fait son grand retour. L'inflation – principalement causée par la hausse du prix des aliments – génère le mécontentement, et l'insécurité juridique décourage les investisseurs susceptibles d'accroître l'offre. Les groupes organisés (les syndicats, les comités de quartier et les collectivités) sont de plus en plus impatients, et la gestion des institutions de l'État est de plus en plus chaotique.

Changer de cap et ajuster sa politique en vue de répondre aux revendications du peuple devrait être chose facile pour un régime dont les pouvoirs sont entre les mains du Président. Un caudillo peut prendre des décisions clés seul, car il reçoit un soutien populaire fait sur mesure, et devient de fait la seule personne indispensable. Mais Morales est un homme politique opiniâtre, il persiste malgré l'absence de résultats positifs. À cause de cela, il continue de s'aliéner le soutien de sa base électorale ; finalement, les formules magiques qui lui ont permis d'accéder au pouvoir vont peut-être bien causer sa perte.

Serait-ce le dernier round pour Evo Morales ?

Hide Comments Hide Comments Read Comments (1)

Please login or register to post a comment

Featured