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La tourmente financière frappe l’Amérique latine

Sebastián Edwards

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2008-11-10

LOS ANGELES – Il y a quelques semaines, le monde était suspendu au bord du gouffre. Heureusement, les mesures décisives prises par les autorités monétaires des économies avancées – dont l’injection sans précédent de liquidités – ont empêché une débâcle financière totale. Le monde a évité une « argentinisation » du système financier international.

Ce qui par contre n’a pas pu être évité est une récession, qui sera profonde, longue et globale. Dans les mois à venir, presque toutes les régions du monde éprouveront un ralentissement économique, caractérisé par une baisse des exportations et une augmentation du chômage.

Les événements récents ont démontré que les économies émergentes ne s’étaient pas « découplées » des économies avancées, bien au contraire. La plupart des économies émergentes sont encore fragiles et sensibles à ce qui se passe au sein des économies avancées. Les répercussions de cette récession se feront particulièrement sentir en Amérique latine.

Jusqu’à présent, le Brésil et le Mexique ont été le plus sévèrement touchés, au point que leurs entreprises ont perdu près de la moitié de leur valeur. La situation est si grave dans ces deux pays que les Etats-Unis leur ont accordé un prêt de 60 milliards de dollars il y a quelques jours.

Le Brésil et le Mexique ne sont pas les seuls à souffrir de la volatilité financière : la devise chilienne a perdu un tiers de sa valeur, au Pérou, le coût du financement extérieur s’est envolé et en Argentine, le gouvernement a dû recourir à des mesures extrêmes – la nationalisation des fonds de pension privés – pour parer à un désastre fiscal imminent.

En effet, avec une récession prévue pour durer un an et demi ou plus – ce qui ferait de cette récession la plus longue depuis la Seconde guerre mondiale – l’Argentine sera l’un des pays les plus durement touchés. Ses besoins en financements externes sont très importants et ses exportations ne manqueront pas de chuter. Les choix politiques auront aussi leur rôle à jouer dans les troubles financiers de l’Argentine.

L’administration de la présidente Cristina Fernandez de Kirchner est perçue avec un certain degré de méfiance par les investisseurs nationaux et étrangers, qui craignent des mesures arbitraires. La décision prise récemment par l’agence Standard & Poor d’abaisser la notation de l’Argentine est tout à fait justifiée et reflète la crainte des analystes que l’Argentine se retrouve à nouveau en défaut de paiement de sa dette publique.

Le Mexique et l’Amérique centrale souffriront également d’une récession prolongée. Pendant de nombreuses années, leur sort économique a été lié à celui des Etats-Unis. Ces liens se sont encore resserrés avec la signature d’accords commerciaux bilatéraux avec les Etats-Unis, et il est donc fort possible qu’ils connaissent une croissance négative en 2009, et peut-être au premier semestre 2010, avec les Etats-Unis en récession.

Les pays les moins affectés par la crise financière et la récession américaine seront ceux qui auront développé leurs activités vers l’Asie, notamment le Chili, la Colombie et le Pérou, et qui auront accumulé des réserves pour faire face aux crises imprévues. Ils seront aussi les plus rapides à retrouver leur taux d’emploi d’avant la crise.

Mais la question essentielle est de savoir ce qu’il se passera au Brésil, le géant de l’Amérique latine. Au cours des dernières années, les analystes financiers et les investisseurs ont commencé à voir le Brésil comme une puissance économique en devenir. On a parlé de miracle, et nombreux ont été ceux à prédire que le Brésil aurait une croissance fulgurante, comme la Chine et l’Inde, et ne serait plus cet éternel pays de « l’avenir ». Malheureusement, les faits suggèrent que cette analyse consistait surtout à prendre ses désirs pour des réalités.

Le boom économique brésilien de ces dernières années reposait sur des fondations incroyablement faibles. Le président Luiz Inacio Lula da Silva a su éviter l’écueil du populisme débordant du président vénézuélien Hugo Chavez et s’est attaqué avec succès à l’inflation. Mais il en faut plus pour transformer un pays en une puissance économique.

Lula a simplement décidé que le Brésil serait un pays « normal », mais une inflation contrôlée n’est pas le seul ingrédient d’une économie robuste avec un taux de croissance élevé et soutenu. La flexibilité, le dynamisme, la productivité et des politiques économiques qui promeuvent l’efficacité et l’esprit entrepreneurial sont également nécessaires.

Plusieurs études ont montré que le Brésil n’a pas su – ou pas voulu - adopter les mesures de modernisation indispensables pour encourager un boom de la productivité. Le Brésil est toujours un pays incroyablement bureaucratique, avec un système éducatif en crise, des impôts très élevés, des infrastructures médiocres, des entraves à la création d’entreprises et un taux de corruption important.

C’est hélas triste mais vrai : ces dernières années, le Brésil n’a pas choisi la voie de la modernisation et de l’efficacité et devra en assumer les conséquences au cours des difficiles années à venir.

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alexferro 06:18 19 Nov 08

You are probably right. Then again you won't believe how fast abureaucracy can move -- when it wants to.

alexferro


jlgaviao 05:07 21 Nov 08

Fully endorse your sentiment regarding Brazil. It is what it is, a boiling frog that it will survive only if something unexpected happens in the kitchen, which is not likely...


dmedina 09:40 25 Nov 08

Words come easy: "the rampant populism of Hugo Chávez"; but you do not say a word about how this financial hurricane will hit Venezuela. Exactly in the same way Lula "decide to avoid the rampant populism" of Chávez, you avoid to say anyhting about Venezuela beacuse you probably know that it is in a better position to face the crisis (not to avoid it, clearly).



AUTHOR INFO

Sebastián Edwards, a Professor of Economics at UCLA's Anderson Graduate School of Management, was the World Bank’s Chief Economist for Latin America from 1993-96.