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The Frontiers of Growth

Le FMI a besoin d'un dirigeant issu des pays émergeants

Sebastián Edwards

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2004-03-17

La démission de Horst Kohler de son poste de directeur du Fonds monétaire international offre l'opportunité unique de réformer cette institution financière internationale en difficulté.

Ce dont le FMI a besoin pour faire un premier pas vers une réforme générale, c'est d'un nouveau dirigeant avec une solide formation technique, une perspective large et une expérience acquise sur le terrain de la gestion des risques macroéconomiques auxquels doivent faire face les pays émergeants et les économies en transition. M. Kohler ne possédait aucune de ses caractéristiques. Bureaucrate sans éclat et économiste médiocre, il ne représentait même pas le premier choix de l'Allemagne pour le poste.

Malheureusement, au lieu de nommer la meilleure personne pour le poste, c'est probablement la politique qui va dominer, comme d'habitude. On s'attend à ce que le poste de directeur soit confié à un Européen. Jusque récemment, M. Rodrigo Rato, le ministre des finances espagnol, semblait avoir pris la tête du peloton. Cependant, depuis la défaite du Parti Populaire lors des élections espagnoles, il est peu probable que l'Europe en fera encore son candidat pour le poste du FMI.

Pourtant, le fait que l'on envisage la candidature de M. Rato sérieusement montre combien le processus est épuisé. M. Rato est un homme politique capable et sous sa direction, les finances espagnoles ont prospéré. Toutefois, ce serait tiré par les cheveux que de le défendre comme le meilleur candidat pour le poste de directeur du FMI.

M. Rato est avocat de formation et possède un MBA. Il n'a cependant aucune expérience de la conduite à tenir en cas de crise, des réformes économiques d'importance ou de la prévention des crises. Si les qualifications professionnelles devaient avoir un poids quelconque dans le choix du prochain directeur du FMI, M. Rato n'aurait jamais dépassé le premier stade des sélections.

Il n'est pas surprenant que les personnes les mieux formées à la prévention et a la résolution des crises se retrouvent dans les pays d'Amérique latine connaissant une certaine réussite. Après des décennies d'instabilité, une poignée de pays d'Amérique latine, le Chili et le Mexique en particulier, sont devenus l'exemple même de la prudence, de l'austérité et de la stabilité macroéconomique. Ces nations latino-américaines ont fait leur apprentissage à la dure. Leurs dirigeants ont compris que pour parvenir à la prospérité et au progrès social, de bonnes réformes économiques conjuguées au réalisme politique et aux programmes sociaux bien financés étaient nécessaires.

L'ancien Président mexicain, Ernesto Zedillo, un économiste respecté et l'actuel directeur du Yale Center for Globalization (le centre de recherches sur la mondialisation de l'université de Yale), est un excellent candidate pour le poste du FMI. Sous sa présidence, le Mexique a fait de gigantesques bonds en avant vers la stabilité et s'est transformé en société plus ouverte et plus démocratique.

M. Zedillo avait, précédemment, fait carrière dans la restructuration de la dette mexicaine et il possède donc une connaissance approfondie des marchés internationaux. De plus, c'est sous sa direction que le programme social Progresa à la fameuse réputation fut lancé pour réduire la pauvreté dans les zones rurales.

M. Alejandro Foxley, le premier chilien à devenir ministre des finances après le retour de la démocratie en 1990, et un des architectes de l'extraordinaire succès économique du pays, représente un autre candidat idéal pour diriger le FMI. Des personnalités aussi différentes que Joseph Stiglitz, un des critiques les plus féroces du FMI, et Robert Rubin, l'ancien ministre des finances du Trésor américain louent les réussites économiques du Chili. Dans ces réussites, on retrouve une croissance économique rapide, la diminution de moitié de la pauvreté en moins de dix ans, et la gestion des capitaux spéculatifs grâce à des restrictions ancrées dans les marchés sur les entrées de capitaux à court terme.

En effet, le profil de M. Foxley est tellement parfait pour le poste que la plupart de ceux qui ne le connaissent pas pourrait croire que c'est une invention. Possédant un doctorat d'économie, c'est un chercheur respecté et largement publié, un gestionnaire expérimenté, et un politicien capable qui a été élu au sénat chilien il y a cinq ans. M. Foxley comprend les souffrances des pays émergeants et en transition, et sait de par son expérience sur le terrain que les politiques visant à la stabilité macroéconomique donnent des résultats importants en terme de croissance, de prospérité et de réduction de la pauvreté.

Il ne fait aucun doute que les politiques défendues par M. Zedillo ou M. Foxley acquièreraient immédiatement une certaine crédibilité. Si l'un d'eux devenait le prochain directeur du FMI, le fonds aurait alors un rôle plus décisif que jamais par le passé. Pour une fois, les politiciens des pays industrialisés devraient faire le bon choix et choisir le candidat le plus capable pour ce poste essentiel.

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AUTHOR INFO

Sebastián Edwards, a Professor of Economics at UCLA's Anderson Graduate School of Management, was the World Bank’s Chief Economist for Latin America from 1993-96.