Friday, October 31, 2014
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Ne fermez pas la porte à l’Afrique

VIENNE – Par les temps qui courent, vous n'irez pas bien loin avec un dollar dans une économie riche. Mais dans un pays pauvre comme celui d’où je viens, la Sierra Leone, même 50 cents permettent de sauver une vie ou de nourrir une famille entière. Le moindre sou investi en Afrique compte au présent tout comme au futur.

Les experts sont unanimes : la crise financière, alimentaire et énergétique va assommer le « bottom billion » [le milliard d’êtres humains vivant avec un dollar par jour dans 60 pays du monde]. A cause de la crise, nombre de pays africains ne pourront vraisemblablement pas atteindre d’ici à 2015 l’objectif du millénaire de réduction de la pauvreté.

Le continent a fait quelques progrès significatifs dans le domaine socio-économique au cours de la dernière décennie. J’ai pu moi même le constater lors de récents voyages au Bénin, au Ghana, en Ethiopie, en Egypte, en Namibie, au Nigeria, au Sénégal et en Afrique du Sud. Ces progrès, pour n’en citer que quelques-uns sont les réformes pour le marché libre, la libéralisation des économies, l’introduction d’un solide environnement professionnel, le renforcement de la position de la femme et l’éducation. Mais la plupart d’entre eux sont désormais menacés.

La crise financière a asséné un coup aux transferts de fond. Les émigrés perdent leur emploi ou se débattent pour mettre de l’argent de côté et l’envoyer à leurs proches. Le dernier rapport publié par la Banque mondiale sur l’économie dans le monde laisse penser que les transferts vont chuter de 5 à 8 % cette année.

Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg des dizaines de millions que l’on décompte. Les sociétés étrangères réduisent leur capital, assèchent les importations et exportent leur financement. Le commerce est en déclin. Le taux de chômage, surtout au sein de groupes désavantagés tels que les jeunes et les femmes, s’échelonne. Rien qu’en Sierra Leone, plus de 60 % des jeunes du pays n’ont pas d’emploi.

Si l’on ne parvient pas à aider le « bottom billion », les flux migratoires augmenteront en masse et l'insécurité croîtra de par le monde. Rester les bras croisés devant les nations les plus pauvres équivaut à repousser une crise d’une bien plus vaste ampleur qui conduira à la famine, l’agitation et de massives migrations. La pauvreté est un incubateur de maladies et le flux de migrants légaux et illégaux les amènera dans les nations les plus riches.

La pauvreté, ce n’est pas seulement « leur » problème. C’est aussi le nôtre. Si les pays en développement s’écroulent, des millions de personnes viendront frapper à notre porte, et l’Europe sera la première escale. De telles migrations massives vont sérieusement entacher les relations sociales déjà tendues dans certains pays. Impossible de prévoir les conséquences. Seule une réaction coordonnée mondiale permettra de garantir que sur le long terme le milliard d’habitants les plus pauvres au monde se rendra en Europe comme touriste ou partenaire de travail et non comme demandeur d’asile.

L’Afrique a aussi un rôle à jouer. L’investissement doit changer, ne plus dépendre de la volonté des donneurs ni reposer sur une agriculture paysanne. L’Afrique doit apprendre à se rendre compétitif à l’échelle mondiale et obtenir une croissance durable avec l’industrialisation et en créant un marché unique. Elle doit aussi promouvoir la production et le commerce, développer le secteur agro-industriel et susciter des richesses et de nouveaux emplois. Le développement du secteur agro-industriel permet d’obtenir une meilleure croissance économique, de stimuler le commerce régional tout en améliorant la sécurité alimentaire et réduisant la pauvreté.

La mondialisation s’est révélée positive dans beaucoup de pays en développement. Nous ne pouvons nous permettre de laisser ce processus s’évanouir à ce moment crucial. Nous devons le généraliser et nous assurer que :

·        des ressources financières continuent d’affluer en Afrique et dans le monde en développement pour qu’ils poursuivent leur intégration dans l’économie mondiale ;

·        les marchés sont ouverts et le protectionnisme évité ;

·        le commerce permet aux nations les plus pauvres de sortir de la pauvreté ;

·        les ressources naturelles sont gérées convenablement en vue d'un développement universel plus avancé.

De par leur solide expérience dans ce domaine, les nouveaux pays industrialisés, notamment ceux d'Asie, peuvent montrer aux pays africains comment galvaniser leur économie, accélérer le processus de création des richesses et réduire la pauvreté sur le continent. 

Enfin et surtout : il est impossible de se développer sans un accès à l’énergie. Il faut utiliser la crise actuelle pour dégager une nouvelle approche : améliorer l’accès à des services fiables, abordables et renouvelables pour un développement durable, promouvoir une énergie plus efficace pour s’assurer que la croissance économique ne provoque pas de hausse de la demande ni de dégradation de l’environnement, y compris pour ce qui est du changement climatique.

Le potentiel d’exploitation de l’énergie hydraulique est énorme en Afrique mais jusqu’à présent, seuls 7 % ont été exploités. Les réserves de gaz naturel et de pétrole représentent respectivement 8 % et 10 % des réserves mondiales. Mais de majeurs investissements sont nécessaires pour développement l’énergie à la fois de manière traditionnelle et renouvelable.  

La proportion des mille milliards de dollars promis par le G20 que l'Afrique recevra est encore inconnue. Il est de notre devoir garder un œil sur ces chiffres et de rappeler aux dirigeants ce dont les pays en développement qui vivent dans leur ombre ont besoin. C’est ainsi que les priorités politiques seront redressées, des stratégies mises en place pour éviter une catastrophe humaine, et que l’Afrique sera soutenue pour garantir la place qu’elle mérite à la table économique mondiale.

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