Thursday, November 20, 2014
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Faillite et grand gouvernement

WASHINGTON – D’éminents parlementaires américains sont déterminés à aller jusqu’à l’épreuve de force avec l’administration Obama sur la question du plafond de la dette du gouvernement fédéral. D’ordinaire, on pourrait s’attendre à ce que les parlementaires Républicains hésitent à ce stade des négociations, mais une minorité intransigeante semble penser que faillir à ses engagements vis-à-vis de la dette publique ne serait pas une mauvaise chose.

Ces représentants – avec lesquels j’ai récemment pu échanger lors de trois auditions publiques du Congrès – sont convaincus que le gouvernement fédéral américain est trop important par rapport à l’économie, et que des mesures drastiques doivent être prises pour le ramener sous contrôle. Selon votre estimation du pouvoir des Tea Party au Capitole, un défaut au moins partiel de la dette ne paraît pas aussi improbable que par le passé – et les agences de notation se sont d’ailleurs récemment prononcées sur ce risque renforcé. 

Mais les conséquences d’un quelconque défaut impliquerait ironiquement, une augmentation de la taille du gouvernement par rapport à l’économie américaine – le résultat exactement inverse de ce que l’intransigeance des Républicains prétend éviter.

La raison est simple : un défaut du gouvernement détruirait le système du crédit tel que nous le connaissons. Les taux d’intérêts fondamentaux de référence sur les marchés financiers modernes sont les taux soi-disant « sans risque » sur les obligations d’état. Soustraire ce pilier au système – ou créer un fort degré de risque autour des bons du Trésor américain – perturberait de nombreux contrats privés et toutes sortes de transactions.

De plus, de nombreuses personnes et sociétés détiennent leur « coussin de réserve » sous la forme de bons du Trésor américain. Les placements collectifs monétaires qui sont perçus comme étant les plus sûrs par exemple, ne détiennent que de la dette du gouvernement américain. Si le gouvernement fait défaut, cependant, ils ne seront plus en mesure de maintenir la valeur faciale des fonds placés chez eux. 

Il en résulterait une volatilité des capitaux – mais vers où ? De nombreuses banques auraient un problème similaire : un effondrement des prix des bons du Trésor américain (la contrepartie des taux d’intérêt élevés, puisque les prix des obligations et les taux d’intérêts évoluent dans des directions inverses) détruirait leurs bilans.

Aucune société aux États-Unis ne serait épargnée par un défaut du gouvernement – ni aucune banque ou autre institution financière susceptible de proposer une protection de l’épargne sûre. Il y aurait une ruée sur l’argent liquide comme jamais depuis la Grande Dépression, avec de longues files devant les DAB et les guichets pour tenter de retirer le maximum de liquidités possible.

En outre, le crédit aux particuliers disparaitrait du système économique américain, mettant la Réserve Fédérale devant un choix difficile. Soit elle entre dans la danse et met directement à disposition des foyers et des entreprises un énorme montant de crédit (un peu comme la Gosbank, la banque centrale de l’Union Soviétique), soit elle peut rester sans rien faire, tandis que le PIB chute de 20 à 30% - l’ampleur de la baisse constatée dans les économies modernes lorsque le crédit s’assèche brutalement.

La consommation et l’investissement seraient entrainés dans la chute libre du secteur privé. La capacité de l’Amérique à exporter serait aussi fragilisée, parce que les marchés étrangers seraient probablement affectés, et parce que, de toute façon, si les entreprises exportatrices ne peuvent obtenir de crédit, elles ne pourront probablement pas produire.

Les Républicains ont raison sur une chose : un défaut entrainerait une contraction des dépenses publiques en termes réels. Mais quelle serait la chute la plus forte, celle des dépenses publiques ou celle de la taille du secteur privé ? La réponse est presque certainement le secteur privé, compte tenu de sa dépendance sur le crédit pour acheter des intrants. Finalement, prenez la contraction qui a suivi le quasi effondrement du système financier en 2008 et multipliez-le par 10.

Le gouvernement a par ailleurs accès à la Fed, et pourrait donc mettre la main sur des liquidités pour régler les salaires. Avec un plafond de dette inchangé, cela nécessiterait une certaine dextérité juridique. Mais l’alternative serait certainement l’effondrement de la sécurité nationale américaine – les soldats et les gardes aux frontières doivent être payés, les transports doivent fonctionner, etc.   

Emettre de l’argent dans cette situation entrainerait probablement une bouffée inflationniste mais la Fed pourrait décider autrement, parce que les États-Unis n’ont jamais connu une telle situation auparavant, le crédit est en train d’imploser, et les mesures désespérées d’expansion du crédit mises en place en 2008 ne se sont pas avérées si mauvaises que le craignaient les critiques.

Donc voila à quoi ressemblerait un défaut sur la dette américaine : le secteur privé s’effondrerait, le chômage dépasserait rapidement les 20% et, tandis que le gouvernement rétrécirait, il resterait l’employeur de dernier ressort.

Les Républicains de la Chambre des Représentants et du Sénat qui ne veulent pas relever le plafond de la dette jouent avec le feu. Ils soutiennent une politique qui aurait des effets désastreux, et qui accomplirait le contraire de ce qu’ils prétendent obtenir, parce qu’un défaut rendrait immédiatement le gouvernement non plus moins, mais plus important.

La seule loi que le Congrès ne peut abroger est la loi des conséquences involontaires.

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