Tuesday, October 21, 2014
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Congo, une guerre qui s’éternise

HARARE – Le Haut Commissaire de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, disait il y a peu de la République démocratique du Congo: “Comme personne ne se sent menacé à l’extérieur, ce pays ne préoccupe pas vraiment la communauté internationale.”

Plus maintenant: la province du Nord-Kivu dans l’Est du Congo, fait quotidiennement la une des journaux ces jours-ci. En août dernier, des combats ont encore éclaté au nord de Goma, la capitale de cette province, déclenchant une crise humanitaire grave dont on ne voit pas l’issue.

Comme lors de la guerre civile qui aura duré huit ans (dans ce qu’on appelait alors le Zaïre) et qui a pris fin en 2002, nombre de groupes de la région sont parties prenantes des combats actuels: non seulement les forces du gouvernement congolais, qui s’opposent aux partisans du général tutsi Laurent Nkunda, mais aussi les rebelles hutus du Rwanda, responsables du génocide rwandais dans les années 1990, ainsi qu’une force incontrôlable, les milices Maï-Maï. “C’est un panier de crabes,” m’a dit un ami congolais.

Comme toujours, les civils, pris entre deux feux, sont les principales victimes. La reprise des combats, huit mois après une prometteuse initiative de paix baptisée “accord de Goma,” signifie pour la partie est du Congo un surcroît de morts et un amenuisement des chances de retour à la normalité.

Même dans les moments où les combats lui laissent un peu de répit, le Congo souffre indirectement des effets de la guerre. Le Comité international de secours (IRC) a mené et publié, un peu plus tôt cette année, une enquête portant sur la mortalité, qui montre que ce conflit constitue l’épisode le plus meurtrier depuis la Seconde guerre mondiale: on estime à 5,4 millions le nombre de personnes ayant péri au cours de la dernière décennie, de la guerre et de ses effets prolongés. Aujourd’hui, un quart de million de personnes est jeté sur les routes, et la moitié d’entre elles se trouve en territoire contrôlé par les rebelles, quasiment coupée de tout secours. Elles ont besoin de nourriture et d’abris, d’eau potable et de latrines, de soins médicaux et d’éducation. Les femmes et les filles ont besoin d’être protégées des violences sexuelles, en recrudescence dès que les familles sont déplacées de force.

Cela peut sembler étrange, mais du point de vue d’une organisation humanitaire, peu importe à qui appartient le territoire sur lequel se trouvent les civils qui manquent du nécessaire, tant qu’ils restent accessibles. Les travailleurs humanitaires qui sont dans ce pays depuis une douzaine d’années, surtout ceux qui appartiennent à des groupes comme le mien, l’IRC, doivent travailler avec toutes les parties prenantes du conflit, parce que les civils à secourir se trouvent partout. Mais les organisations ont besoin qu’on leur ménage un accès.

La force des Nations Unies pour le maintien de la paix au Congo, la Monuc, a reçu du Conseil de sécurité un mandat l’autorisant à intervenir pleinement pour protéger la population civile. Par conséquent, quand les travailleurs humanitaires voient leur route barrée sous la menace des armes, sans avoir voix au chapitre, les organismes humanitaires ont naturellement recours à la Monuc pour qu’elle leur ouvre la voie.

Les travailleurs humanitaires ne sont pas des stratèges, ayant les compétences pour juger si la nature et l’envergure du déploiement des forces de maintien de la paix sont adaptées ou non. En revanche, les organismes d’aide humanitaire présents sur le terrain sont plus que qualifiés par leur expérience, pour juger de l’impact de la présence de ces forces, et nous sommes fondés à dire que la protection des travailleurs humanitaires peut s’avérer dangereusement insuffisante.

En octobre dernier, au plus fort des combats dont l’enjeu était Rustshuru, une ville du Nord, les équipes de l’IRC stationnées là ont décidé d’évacuer temporairement, le danger étant tout simplement trop grand. D’un commun accord avec d’autres organismes d’aide humanitaire, les membres de l’IRC ont formé un convoi que la Monuc a offert de protéger à l’aide de véhicules d’intervention rapide. Mais quand le convoi a été stoppé sur la route par des hommes en armes, les forces uruguayennes de maintien de la paix ont tout bonnement battu en retraite et se sont éclipsé, en abandonnant les travailleurs humanitaires à leur destin.

Après des heures de harcèlement, d’humiliation, de menaces à la grenade dégoupillée, de coups de feu tirés en direction des pieds d’un de nos collègues, puis le pillage et la mise à sac des locaux de l’IRC, un autre groupe de la Monuc – indien cette fois – est venu secourir les travailleurs humanitaires et les a évacués en hélicoptères.

La protection du travail humanitaire en cours est essentielle à la survie, ne serait-ce que physique, des Congolais déplacés du Nord-Kivu, mais seul un cessez-le-feu suivi d’un traité de paix, s’inspirant de l’accord de Goma, est une solution viable.

Contre toute attente, les combats actuels, et la multitude de personnes que ces combats ont déplacées, auront contribué à attirer l’attention sur ces événements. Ce moment doit être mis à profit pour renforcer la Monuc, mais, avant tout, pour tirer parti de tout l’avantage acquis auprès des combattants et des autorités qui les soutiennent, afin d’amener toutes les parties à revenir à la table des négociations. On peut et on doit arrêter cette tragédie, dont la télévision montre les privations en gros plans, si on ne veut pas – comme il arrive souvent au Congo – que cette crise disparaisse de la une des journaux, pendant qu’à l’abri des regards le massacre continue.

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