Frontiers of Growth
Coûts et bénéfices des opérations de maintien de la paix
Paul Collier and Bjørn Lomborg
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OXFORD – Les opérations de maintien de la paix dans les pays qui sortent d'un conflit sont chères et complexes et depuis la guerre en Irak les pays riches doutent de leur chance de réussite. Aussi, un examen impartial des interventions militaires s'avère nécessaire. Une nouvelle étude du Consensus de Copenhague évalue pour la toute première fois les rapports bénéfices/coûts des missions de maintien de la paix de l'ONU. Elle conclue que la puissance militaire est un outil important pour réduire les effusions de sang tout autour de la planète.
L'Irak est un mauvais exemple pour évaluer ces missions. Contrairement à la vaste majorité des conflits, la guerre civile qui déchire ce pays a été déclenchée par une guerre internationale, alors que le scénario le plus courant consiste en une flambée de violence politique dans un pays pauvre, à faible taux de croissance et marqué par de fortes divisions ethniques.
L'un des défis les plus urgents de notre génération est de trouver la bonne stratégie à l'égard de ces pays structurellement instables. Car il va sans doute y avoir une escalade de la violence. La moitié des guerres civiles sont des reprises de conflits antérieures et les récents accords de paix ont laissé beaucoup de pays dans une situation d'instabilité. Le boom des matières premières et la découverte de richesses minières dans des pays fragiles ont semé les graines de la discorde, alors que contrairement à ce que l'on aurait pu croire, l'accession à la démocratie par des pays pauvres augmente la probabilité statistique de violences politiques.
Une partie de l'opinion estime que l'on ne doit pas intervenir dans les pays en conflit. Mais tant la compassion que notre propre intérêt dicte une autre attitude. Les guerres civiles modernes sont terribles. Les premières victimes en sont les civils des pays les plus misérables. Si les pays riches ne connaissent pas de violence, ils en supportent une partie du coût. Les pays déstructurés sont des paradis pour toutes sortes d'activités illégales, du trafic de drogues à l'entraînement des terroristes.
Une intervention militaire n'est pas une réaction appropriée à toutes les crises et elle ne devrait pas être la seule réponse du monde développé. Même si elle est très coûteuse, une aide après un conflit pour empêcher le retour de la violence est bien plus acceptable politiquement.
La période qui suit un conflit est le moment le plus propice pour fournir une aide, car elle permet aux autorités d'éviter une politique inflationniste désastreuse par ses conséquences ; et comme les exportations sont à un niveau très bas, il y a peu de risque d'une appréciation non désirée de la monnaie. Les bénéfices étant trois fois supérieurs au coût, c'est une bonne utilisation - peu spectaculaire il est vrai - des quelques fonds publiques disponibles.
L'étude du Consensus de Copenhague recommande que l'aide aux pays qui sortent d'un conflit soit conditionnée à une limitation des dépenses militaires. Les aides conditionnées sont controversées, mais environ 11% de toute l'aide est détournée au profit de l'armée, ce qui accroît le risque de violence. Avec moins de risque de conflit et une meilleure utilisation de l'argent, les bénéfices seraient 4,5 fois supérieurs aux coûts. Mais même dans ce cas, en terme d'efficacité l'utilisation de forces de maintien de la paix l'emporte sur l'aide considérée isolement.
La première analyse coût/bénéfice des missions de maintien de la paix montre que le risque d'un conflit futur dépend de l'échelle du déploiement militaire. 100 millions de dollars dépensés dans une mission de maintien de la paix réduit de 38 à 16,5% le risque d'un conflit dans les 10 ans qui suivent. Une somme de 200 millions de dollars par an fait tomber ce risque à 12,8%, avec 500 millions il descend à 9% et avec 850 millions à 7,3%.
En raison du coût colossal d'une guerre, la diminution de 1% du risque de guerre permet au monde d'économiser 2,5 milliards de dollar par an. Le déploiement le plus coûteux de forces de maintien de la paix réduit de 30% le risque de conflit dans les 10 ans, ce qui représente une économie de 75 milliards de dollars - à comparer au coût global de 8,5 milliards de dollars de la mission de maintien de la paix. C'est un investissement des plus prometteurs.
Une mission de maintien de la paix est encore plus efficace quand elle s'accompagne d'une garantie à long terme : l'engagement résolu d'envoyer des troupes en cas de nécessité. Cette garantie pourrait venir de l'ONU ou d'une institution régionale comme l'Union africaine afin d'offrir une protection aux gouvernements qui accèdent au pouvoir par le truchement d'élections authentiquement démocratiques.
Une garantie de ce type pourrait permettre d'éviter 3 ou 4 guerres civiles par décennie dans des pays pauvres. Cette stratégie pourrait aussi garantir l'avenir de pays qui sortent d'un conflit après une période initiale de cinq ans environ pendant laquelle la présence d'une force militaire de sécurité est nécessaire. Mettre sur pied une force de ce type reviendrait à 2 milliards de dollars par an, mais le bénéfice - une réduction importante du risque de conflit et la croissance économique - est de 11 à 39 fois plus élevé.
Une intervention militaire n'est pas le seul moyen dont dispose la communauté internationale pour réduire le risque de violence politique. La meilleure stratégie consisterait à combiner une aide conditionnée à une limitation des dépenses militaires, une mission de maintien de la paix et une garantie de sécurité à long terme, ce qui permettrait aux pays développés d'intervenir de manière cohérente lors des crises. La Commission de maintien de la paix de l'ONU est capable de coordonner cela. Le coût annuel de l'ensemble s'élèverait à 10,8 milliards de dollars par an, mais le bénéfice pour le monde serait au moins cinq fois plus important.
La discussion ne devrait pas exclure l'utilisation de la force militaire dans les situations où elle peut se révéler utile. Considérées comme un élément dans une stratégie globale, les opérations de maintien de la paix restent un moyen efficace pour stabiliser les pays fragiles et réduire les souffrances des populations parmi les plus vulnérables de la planète.
Paul Collier est professeur d'économie à l'université d'Oxford. Bjørn Lomborg est directeur du Centre pour le consensus de Copenhague et professeur adjoint à la Copenhagen Business School. Il est entre autres l'auteur de deux livres intitulés Cool It et The Skeptical Environmentalist.
Copyright: Project Syndicate, 2008.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
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