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2005-07-07

L’allocation « supplémentaire d’urgence » de 82 milliards USD devant servir à financer les opérations militaires en Irak et en Afghanistan entraîne les États-Unis à dépenser plus de fonds dans le domaine militaire qu’il n’en faut sur une base annuelle pour permettre à chaque enfant au monde de recevoir, sur dix ans, une éducation primaire et secondaire. Bien sûr, il n’est pas question ici de savoir si l’éducation universelle est abordable financièrement, mais plutôt si l’Amérique et le monde peuvent se permettre de négliger les avantages politiques, économiques, sociaux et médicaux qu’apporte l’éducation des 380 millions d’enfants qui, sur la terre entière, ne sont actuellement pas scolarisés.

L’éducation, tout autant que la puissance militaire, est un impératif de sécurité, car elle aide le monde – les individus et les sociétés – à échapper aux conséquences de la pauvreté endémique, de la croissance démographique rapide, des problèmes de l’environnement et des injustices sociales. L’éducation renforce le capital social et culturel, ce qui contribue ensuite à des États forts et stables. Elle améliore la santé des hommes, augmente l’espérance de vie et réduit les taux de fécondité.

Hormis ces avantages évidents, l’éducation est également une obligation humanitaire généralement bien acceptée et un Droit de l’homme de compétence internationale.

Ce droit est pourtant lettre morte pour les 28 % des enfants en âge d’être scolarisés qui ne sont pas inscrits à l’école. La plupart sont analphabètes et vivent dans la pauvreté absolue. La majeure partie de ces enfants sont des filles. Quant à ceux qui entrent à l’école primaire dans les pays en développement, plus d’un sur quatre abandonne l’école avant d’être alphabétisé. De plus, s’inscrire ne signifie pas obligatoirement venir en classe et la présence en classe n’implique pas nécessairement d’être éduqué, tout comme recevoir une éducation n’entraîne pas nécessairement de recevoir une bonne éducation.

En 2000, la communauté internationale s’est engagée à réaliser l’éducation primaire universelle (EPU) pour 2015. De nombreux pays pauvres sont gravement en retard pour atteindre cet objectif. Au taux actuel de croissance de l’éducation, on estime à 118 millions les enfants qui n’assisteront à aucun cours primaire en 2015.

Et près du double n’assisteront à aucun enseignement secondaire. La Banque mondiale, l’UNICEF et l’UNESCO ont estimé que pour atteindre l’EPU en 2015, il faudra entreprendre des dépenses de 6,5 à 35 milliards USD, en plus des 82 milliards USD que les pays en développement dépensent chaque année dans le domaine de l’éducation primaire. Ces fonds sont nécessaires pour les écoles, les enseignants, la formation des enseignants, le matériel et l’équipement, l’administration et les évaluations.

D’après un projet de cinq ans que nous avons mené à l’American Academy of Arts and Sciences (académie américaine des arts et des sciences), nous pensons que les objectifs de l’EPU n’est pas suffisamment ambitieux : la communauté internationale doit s’engager envers une éducation secondaire universelle de qualité et la mettre en place, en sus de l’éducation primaire. Les pays en développement dépensent chaque année près de 93 milliards USD pour l’éducation secondaire. Si l’on adopte une approche progressive jusqu’en 2015, le coût annuel supplémentaire pour étendre l’éducation secondaire à tous les enfants sera de 27 à 34 milliards USD.

Créer l’espace nécessaire pour répondre aux besoins de l’éducation universelle impliquera un investissement significatif. Ces fonds serviront au mieux à améliorer –et non pas éliminer—les disparités internationales en matière d’accès à l’éducation et de qualité. Cela ne prend pas en compte les coûts des autres améliorations nécessaires pour encourager les enfants à participer : les repas, les bourses scolaires, des enseignants plus efficaces, dynamiques et mieux formés. Cela ne prend pas non plus en compte les coûts de l’amélioration de la capacité des gouvernements nationaux à recueillir des données et mettre en place puis gérer certaines réformes du monde éducatif.

Bien que des fonds supplémentaires soient essentiels, ils ne seront pas suffisant. Dans certaines régions, les barrières culturelles empêchent l’éducation des filles et des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques. L’effort politique nécessaire à la diffusion et la réforme de l’éducation est difficile à rassembler dans les pays les plus riches du monde.

Il faudra engager un débat ouvert pour garantir une éducation de qualité pour tous, un engagement international pour l’amélioration de son efficacité et une certaine efficacité économique, la reconnaissance de la nécessité d’offrir une éducation secondaire à tous les enfants et la reconnaissance de la diversité éducative et le besoin d’adapter les politiques humanitaires aux contextes locaux.

Aucun de ces objectifs ne seront possibles sans compléments des fonds déjà fournis aux pays en développement. Le monde, et même les États-Unis eux-mêmes, a la capacité de fournir ces fonds supplémentaires nécessaires. Alors que les leaders politiques du G8 vont se réunir en Écosse, il est difficile d’imaginer qu’ils puissent proposer de meilleur investissement dans notre avenir commun.

Joel E. Cohen enseigne la démographie à l’université Rockefeller et à l’université Columbia de New York. David E. Bloom enseigne l’économie et la démographie à la Harvard School of Public Health de Boston. Ils ont codirigés le projet Universal Basic and Secondary Education de l’American Academy of Arts and Sciences (http://www.amacad.org/projects/ubase.aspx).

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AUTHOR INFO

Joel E. Cohen is Professor of Populations at the Rockefeller University and Professor of Populations at Columbia University in New York City.
David E. Bloom is Professor of Economics and Demography at the Harvard School of Public Health.