Saturday, July 26, 2014
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Promouvoir la sécurité en Asie

TOKYO – L’annonce faite par le président Barack Obama à la fin de l’an dernier au sujet du renforcement de la présence américaine en Asie de l’Est, accompagné d’une réduction des contingents en Europe, n’était en rien surprenante. Après tout, l’environnement de sécurité en Asie de l’Est est imprévisible et changeant, contrairement à celui de l’Europe qui est relativement stable. Dans ce contexte, les efforts actuels pour établir un cadre multilatéral global pour la région peuvent s’inspirer de l’histoire récente de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à mettre davantage l’accent sur les questions de sécurité en Asie de l’Est. La décision prise par le président russe Vladimir Poutine d’accueillir pour la première fois une réunion de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) à Vladivostok en septembre prochain reflète l’intérêt croissant de son pays pour la région. Et comme les Etats-Unis, la Russie a participé en novembre dernier au Sommet de l’Asie de l’Est (EAS).

L’EAS, ainsi que les réunions ministérielles du Forum régional de l’ASEAN (ARF) en juillet dernier, ont débouché sur des contributions importantes pour améliorer la sécurité de la région. L’approche adoptée par l’ARF pour mettre en place des relations plus prévisibles et constructives entre les pays de la région Asie-Pacifique repose sur trois piliers : les mesures d’instauration de la confiance, la diplomatie préventive et la résolution de conflits. Lors de la 18e conférence ministérielle l’an dernier, l’ARF a abordé la deuxième étape, la diplomatie préventive, tout en continuant à renforcer les mesures en vue d’instaurer la confiance.

La coopération maritime a fait l’objet d’une attention soutenue, tant de la part de la conférence ministérielle de l’ARF que de l’EAS, en particulier du fait que les activités du gouvernement chinois en mer de Chine méridionale et orientale ont créé une nouvelle incertitude dans la région. L’ARF s’est félicité de l’adoption des « Lignes directrices pour l'application de la Déclaration sur la conduite des parties en Mer de Chine orientale ». De même, le Sommet de l’Asie de l’Est a mis l’accent sur la lutte contre « la piraterie maritime, les opérations de recherche et de sauvetage en mer, l’environnement, la sécurité et la connectivité maritimes, la liberté de navigation, la pêche et autres domaines de coopération ».

Les deux réunions ont également porté sur la gestion des catastrophes naturelles et les ministres participant à l’ARF sont parvenus à une entente pour faire progresser la coopération régionale. Le Centre de l'ASEAN pour l'assistance humanitaire dans la gestion des catastrophes doit jouer un rôle de premier plan pour établir un réseau d’informations sur les catastrophes naturelles pour l’ensemble de la région et pour développer des mesures concrètes relatives à la gestion de ces catastrophes.

De même, plusieurs pays participant à l’EAS ont souligné l’importance des capacités d’intervention, comme les secours d'urgence en cas de catastrophe. Le Premier ministre japonais Yoshihiko Noda a annoncé que son pays était prêt à accueillir cet été une conférence internationale sur les catastrophes naturelles majeures, permettant ainsi au Japon de partager les leçons apprises à la suite du grand séisme et tsunami sur la côte orientale du pays en 2011. L’objectif doit être de rendre la région plus résistante aux désastres naturels dans le cadre d’un cadre plus général de coopération régionale.

Les évolutions rapides dans la région Asie-Pacifique nécessitent des orientations politiques qui optimisent la croissance tout en réduisant les risques. C’est pour cette raison que le ministre japonais des Affaires étrangères, Koichiro Gemba, a proposé la création de nouveaux réseaux « ouverts et à plusieurs niveaux » avec d’autres pays de l’Asie-Pacifique. « À plusieurs niveaux » signifie une coopération multinationale sur diverses questions, encouragée par des mécanismes bilatéraux, trilatéraux ou multilatéraux. Les travaux de l’ARF et de l’EAS s’inscrivent déjà dans ce concept, tandis que le Japon poursuit ses propres dialogues trilatéraux avec d’une part la Chine et la Corée du Sud et de l’autre, avec les Etats-Unis et l’Australie.

Le Japon estime que ces réseaux doivent être ouverts à tous les pays de la région Asie-Pacifique et que leur établissement nécessite la participation entière de la Chine. Mais la règle gouvernant la création de tels réseaux est à l’évidence le respect des lois internationales, une position reflétée par la déclaration finale de la réunion de l’ARF l’été dernier.

C’est à ce stade que l’approche de l’OSCE revêt une pertinence pour les nouvelles tentatives faites par les pays asiatiques pour mettre en place une architecture régionale. Malgré les différences socioéconomiques et politiques considérables entre l’Europe et la région Asie-Pacifique, les mesures d’instauration de la confiance et de la sécurité de l’OSCE méritent en particulier d’être étudiées de près.

Ces mesures visent à réduire le risque de conflits en renforçant la confiance entre États membres de l’OSCE et en exigeant une plus grande transparence dans le domaine de la planification militaire et d’autres activités. Le Document de Vienne, la clé pour comprendre la démarche de l’OSCE, prévoit notamment des échanges d’informations annuels sur les forces armées, les systèmes d’armes et équipements mis en service par les différents pays, ainsi que sur le planification et les budgets militaires.

L’adoption de telles mesures dans la région Asie-Pacifique serait une étape majeure pour promouvoir la confiance entre les pays asiatiques. Quelques pas dans cette direction ont déjà été faits dans le cadre de l’ARF, avec notamment la publication depuis une décennie du rapport annuel Perspectives de sécurité, basé sur les contributions des pays membres de l’ARF. En 2010, les ministres de l’ARF ont étendu la portée des Perspectives de sécurité en lui adjoignant le Format simplifié et normalisé qui comprend les doctrines de défense nationales, les budgets de la Défense et le nombre total des effectifs militaires de chaque pays.

Il existe deux approches principales pour répondre aux défis contemporains de sécurité régionale : les alliances traditionnelles, comme celle de l’Otan, dont la vocation est de défendre les membres en cas de menace potentielle, et des accords multilatéraux globaux, comme celui de l’OSCE, qui comprend tous les acteurs concernés au sein d’une région.

Comme le démontre clairement l’histoire de l’Europe depuis 1945, les alliances traditionnelles et les accords multilatéraux globaux peuvent être complémentaires et sont essentiels au maintien de la paix et de la stabilité régionales. La région Asie-Pacifique tente aujourd’hui, par le biais du Forum régional de l’ASEAN et du Sommet de l’Asie de l’Est de mettre en place un tel accord multilatéral global. Mais quels que soient les fruits de ces efforts, ils ne feront qu’accroître, et non diminuer, l’importance des relations bilatérales existantes, telle l’alliance entre les Etats-Unis et le Japon.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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