Wednesday, April 23, 2014
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Les intérêts fondamentaux croissants de la Chine

TOKYO – La Chine est aujourd’hui en conflit avec les Philippines à propos du récif de Scarborough et avec le Japon à propos des îles Senkaku, tous deux situés bien au-delà de la limite de 200 milles marins des eaux territoriales chinoises en mer de Chine méridionale. À vrai dire, les revendications de la Chine sont aujourd’hui tellement étendues que de nombreux Asiatiques se demandent ce qui pourrait bien satisfaire le désir de la Chine de garantir ses « intérêts fondamentaux ». N’y a-t-il aucune limite, ou la Chine se perçoit-elle à nouveau comme l’Empire du Milieu devant lequel le monde entier doit s’incliner ?

Jusqu’à présent, la Chine a formellement mentionné Taïwan, le Tibet et la province du Xinjiang comme faisant partie de ses« intérêts fondamentaux », des termes qui évoquent de façon péremptoire les notions de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. La Chine tente aujourd’hui d’appliquer les mêmes termes aux îles Senkaku et s’approche dangereusement du moment où cette revendication s’appliquera à l’ensemble de la mer de Chine méridionale ; en fait certains gradés chinois l’ont déjà fait.

Les îles Senkaku, situées à l’ouest d’Okinawa dans la mer de Chine orientale et aujourd’hui inhabitées, ont été rattachées au Japon par le gouvernement Meiji en 1895. Elles ont brièvement été occupées par les employés d’une entreprise de pêche de bonites. En 1969, la Commission économique pour l'Asie et l'Extrême-Orient des Nations Unies (CESAP) a effectué un relevé topographique des fonds marins de la mer de Chine orientale et a conclu à la présence possible de vastes gisements de minéraux, dont des réserves importantes d’hydrocarbures près des îles Senkaku. Deux ans s’écoulèrent avant que Taïwan et la Chine revendiquent chacun l’archipel, en 1971, mais la position du gouvernement japonais a toujours été que sa souveraineté ne faisait aucun doute.

En avril dernier, le gouverneur de la préfecture de Tokyo, Shintaro Ishihara, un patriote très connu et éloquent, a annoncé que le gouvernement métropolitain envisageait de racheter les quatre îles de l’archipel, aujourd’hui aux mains de propriétaires japonais privés. Les dons effectués par la population japonaise en vue de cette opération s’élèvent actuellement à plus de 700 millions de yens (8,4 millions de dollars).

Les autorités chinoises ont réagi à la proposition de Ishihara avec leur sensibilité coutumière en refusant de recevoir le fils de Ishihara, le secrétaire général du Parti libéral démocrate, le principal parti d’opposition, alors que sa visite était prévue depuis longtemps.

Et lors d’une réunion plus tôt ce mois-ci entre les Premiers ministres japonais, Yoshihiko Noda, et chinois, Wen Jiabao, à l’occasion d’un sommet trilatéral avec la Corée du Sud, Wen a mentionné le mouvement indépendantiste ouïghour de la province autonome du Xinjiang et les îles Senkaku dans la même phrase. « il est important de respecter les intérêts fondamentaux de la Chine et les questions particulièrement sensibles », a-t-il souligné.

Jusqu’à ce moment, le gouvernement chinois n’avait jamais utilisé les termes « intérêts fondamentaux » pour parler des îles Senkaku. À la suite de la déclaration de Wen, le sommet s’est rapidement détérioré. Tandis que le président sud-coréen Lee Myung-bak s’entretenait avec le président chinois Hu Jintao, les discussions prévues entre Noda et Hu, ainsi que la réunion prévue entre le président de la fédération patronale Keidanren, Hiromasa Yonekura, et le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi, étaient annulées. La déclaration conjointe à l’issue du sommet a été retardée d’une journée et ne faisait aucune référence à la Corée du Nord, pourtant l’un des principaux sujets de préoccupation pour le Japon comme pour la Corée du Sud.

Les camouflets infligés aux dirigeants japonais n’avaient sans doute pas seulement pour objectif de servir d’avertissement au sujet des îles Senkaku, mais également de critique du Japon pour avoir accueilli la quatrième conférence du Congrès mondial ouïghour à Tokyo en mai dernier. Ces conférences avaient été précédemment organisées en Allemagne et aux Etats-Unis et celle-ci, qui a souligné la nécessité de protéger les droits de l’homme et les traditions, la culture et la langue ouïghours, n’avait pas reçu l’aval officiel du gouvernement japonais.

Si la raideur diplomatique était la seule manifestation des revendications territoriales étendues de la Chine, les dirigeants asiatiques pourraient dormir tranquillement. Mais il faut bien remarquer que la marine chinoise est de plus en plus présente en mer de Chine méridionale, non seulement autour des îles Senkaku et du récif de Scarborough, mais également à proximité des îles Spratleys revendiquées par le Vietnam. À la lumière de la culture du secret et de l’augmentation considérable du budget de l’armée chinoise, la nouvelle détermination de la Chine a fait naître une certaine anxiété parmi les autres pays riverains de la mer de Chine méridionale.

L’intimidation des Philippines par les autorités chinoises a par exemple compris, outre l’envoi de navires de guerre au large du récif de Scarborough, une soudaine restriction des importations de produits philippins. Et les réactions de la Chine à l’égard du Japon sont devenues bien plus paranoïaques depuis que le Parti démocrate du Japon (PDJ) est au pouvoir.

Les luttes intestines au sein du parti communiste chinois à la suite de l’éviction de Bo Xilai, et la fuite du militant aveugle des droits de l’homme Chen Guangchen lors de discussions économiques avec les Etats-Unis, ont rendu les déclarations nationalistes des dirigeants chinois plus tranchées que d’habitude. Aucun responsable ne veut  apparaître conciliant lorsque les « intérêts fondamentaux » supposés de la Chine sont en jeu.

Les autorités chinoises n’ont pas jusqu’à présent organisé de manifestations monstres contre le Japon, ou d’autres pays, habituellement utilisées pour faire part de leur mécontentement. Mais cette omission ne fait sans doute que refléter la position instable des dirigeants chinois dans le sillage de la chute de Bo : ils ne peuvent être sûrs qu’une manifestation anti-japonaise ne dégénère pas en une manifestation contre le gouvernement.

Les véritables intérêts fondamentaux de la Chine ne sont ni son expansion territoriale, ni son hégémonie sur les pays voisins, mais le respect des droits de l’homme et l’amélioration du bien-être de ses citoyens, qui coïncident avec les intérêts fondamentaux de la communauté internationale au sujet de la Chine. Jusqu’à ce que les autorités chinoises comprennent que leurs revendications territoriales en mer de Chine méridionale doivent faire l’objet de discussions multilatérales, de façon à ce que des pays plus petits comme les Philippines et le Vietnam ne se sentent pas menacés, les « intérêts fondamentaux » grandissants de la Chine seront à l’origine de l’instabilité en Asie de l’Est.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedYoshimichi Moriyama

    Jay, the Senkaku or Diaoyu Islands constituted no part of the concessions that China made to Japan in the Sino-Japanese Shimonoseki, Japan, Treaty.

    In 1920 shipwrecked Chinese fishermen were stranded to one of the islands and rescued by the Japanese. The Chinese consular stationed in Nagasaki, Japan, sent letters of gratitude to the islanders, in which he referred to the islands as belonging to Japan.

    Neither Taiwan nor China made protests to the United States when the U.S. put the islands under US administration and when it returned them to Japan.

    In 1953, on January 8, the People's Daily introduced the islands as part of Okinawa, Japan.

    In 1972 Premier Zhou En-lay said to the chairman of a Japanese party(the Komei Party) in Beijing that it came to the knowledge of some Chinese historians that there was oil undersea around the Senkaku and that they began to stir up the dust.

    For a little bit more details, read my comment to www.yaleglobal.yale.edu/Can China Afford To Confront the World?-Part One.

    Michi Moriyama sent three comments, dated October 14 and 15 to www.nytimes.com./Look Out For the Diaoyu Islands by Nicholas Kristof. You will see the predicament Japan was in before it made war with China. Japan, facing Wester imperialism, seriously wanted cooperation from China to fend off the danger. But China treated the Japanese proposal with its traditional disdain. It proudly thought that the Western Devils would ultimately be made to be subjugated and kow-tow before the greatness of the Middle Kingdom.

  2. CommentedKim Kim

    Regarding the Scarborough Shoal dispute, even the USA itself does not recognise Phillipines claim of soverignty over the islands.

  3. CommentedKim Kim

    Author gives a nationalistic account of issue: "The Senkaku Islands, located to the west of Okinawa in the East China Sea and currently uninhabited, were incorporated into Japan by the Meiji government in 1895"

    The islands were wrestled from China after she lost the Sino-Japanese war in 1895. After WWII, it was agreed by Allied powers (Cairo and Potsdam declarations) that Japan return all land she had taken from China in the earlier wars. This include Taiwan, and the "Senkaku Islands" which had been administered by one of Taiwan's county. But the islands was administered by US army stationed in Okinawa, and "returned" to Japan after the American withdrawl there in 1972.

    The current flare up is due to Japanese right wing politicians' attempt to use the island dispute to discredit the ruling party. Even the current Japanese ambassador to China opposed the govt for trying to nationalise the islands. Japanese politicians are playing with fire by dragging the Diaoyu/Senkaku islands into their domestic power struggle.

  4. CommentedPre AkoNi Pre Ako Ni

    The China-Philippines dispute

    It is really very complicated. In this situation, Philippines must act as a decision maker not just for Philippines itself but for the future of the world however there are only two choices, peace or war? In this case, both are evil!

    1. For Philippines to decide for peace-

    Philippines must surrender everything to China then it will make China more powerful so China can control and play the world so the world must bow to China- almighty! It’s time for India to obey China otherwise China will support Pakistan to punish India and probably the worst scenario, China will not accept dollar and euro currencies anymore in the future. Therefore, I see China’s rise a lot of uncertainties and darkness. For Philippines to decide for peace is just actually to prolong the possibility of nr. 2 – War!

    2. For Philippines to decide for war-

    Philippines alone can not match China. It will just be bloody but the after all Philippines will go back to Nr. 1- surrender everything to China. But the world is watching! The Philippines will never be alone so that means WW3. If there is still to win in the WW3 against China then Philippines will be world hero but unfortunately it’s the end of the world.

    3. The third alternative is to ask if there will be possibilities for China to give up for peace and China to continue a peaceful rise.

    Here are some alternatives to comply Nr.3 - boycott Made in China but how? GOD made the world but the rests are made in China. Germany and Europe must stop supporting and making china fat. How can the world didn’t understand or am I, who do not understand, now i will give up, i want to hear opinions.

  5. CommentedYoshimichi Moriyama

    I posted three comments, dated October 16, 2010, to www.nytimes.com/Nicholas Kristof/Look Out For the Diaoyu Islands and another to www.yaleglobal.yale.edu/Can China Afford To Confront the World-Part One. I think they may give a little more detailed account and history.

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