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Catalyser la consommation et équilibrer la croissance

WASHINGTON, DC – La Chine a bien résisté à la Grande Récession. Le monde attend désormais de voir si l’incroyable montée de la demande intérieure en 2009 se maintiendra et si la Chine peut, selon les mots du Premier ministre Wen Jiabao, « jouer à fond le premier rôle du… consommateur qui génère une croissance économique ».

Le consommateur chinois a trop longtemps été brimé. Il doit aujourd’hui être placé au premier plan du modèle de croissance. Le gouvernement progresse déjà sur divers fronts pour atteindre ce but, comme en attestent clairement les déclarations faites cette semaine à l’Assemblée nationale populaire.

Parmi les nombreux facteurs de baisse de la consommation dans l’économie chinoise, le recul du revenu disponible des foyers occupe un rôle central. Ce qui, en fait, trahit la chute du revenu gagné en tant que part économique, due notamment aux changements structurels qui ont fait diminuer l’agriculture (où la part du revenu gagné est élevée) au profit de l’industrie (où le capital régit une plus grande proportion des revenus).

Parallèlement au recul du revenu gagné, le plafond imposé par le gouvernement sur les dépôts bancaires (premier type d’épargne pour la plupart des foyers) a ralenti les gains des foyers. Cette chute des revenus a été magnifiée par la hausse du taux d’épargne des foyers, générée par une protection insuffisante dans les secteurs de la santé et du grand âge, le coût élevé de l’éducation, le creusement de l’inégalité des revenus et l’évolution démographique.

Que faire donc ? J’ai récemment pris part à un groupe de réflexion organisé à Pékin par le FMI rassemblant officiels chinois, universitaires, experts internationaux et personnel du FMI pour discuter de la meilleure manière de catalyser la consommation des foyers en Chine. Les participants ont insisté sur le fait que le besoin de changement se faisait sentir dans de nombreux domaines, notamment afin d’améliorer le régime fiscal et la protection sociale, afin de développer les secteurs de l’immobilier et des services, et afin de niveler la distorsion relative des prix.

L’une des idées principales était d’alléger le poids fiscal pesant sur la main d’œuvre . Si l’on prend en compte les impôts sur le revenu personnel et les diverses contributions sociales, le système d’imposition du travail est trop élevé en Chine . Il est certes indispensable d’imposer des taxes pour couvrir les dépenses sociales, mais ce financement pourrait provenir d’autres recettes que les taxes sur le revenu gagné. La Chine pourrait envisager, à bon escient, de reporter une partie des taxes du domaine du travail vers la propriété, les gains de capitaux et les droits de succession. Une autre possibilité pour lever des fonds serait que le secteur des entreprises très rentables financées par l’état contribue au budget avec de plus gros dividendes.

Autre solution pour améliorer la consommation : soutenir davantage le peuple chinois . La crise mondiale a poussé le gouvernement de l’Empire du milieu à aller de l’avant avec son programme de réformes sociales. L’an dernier, de grands progrès ont été faits en vue d’étendre la couverture du système de pensions, d’évoluer vers un système de santé universel et de financer l’éducation dans le primaire à partir de fonds publics. Il est cependant possible d’en faire plus et d’accélérer les mesures actuelles, en trouvant des solutions pour obtenir une couverture complète des catastrophes sanitaires aux conséquences funestes et lever un fonds gouvernemental pour financer l’éducation dans le supérieur.

Réparer le marché de l’immobilier permettrait aussi de stimuler la consommation . Les distorsions sur ce marché sont un argument puissant en faveur de l’épargne, notamment pour les jeunes primo-accédants qui se débattent financièrement pour rassembler leur premier acompte. Le coût élevé de l’immobilier s’explique en partie par un système financier sous-développé, qui fait de ce domaine l’une des rares alternatives aux dépôts bancaires comme valeur de réserve.

Des taxes sur la propriété ou les gains de capitaux permettraient de juguler la demande immobilière en tant que moyen d’investissement. Du reste, une politique immobilière totale étendue à l’ensemble de la nation est indispensable pour garantir une accessibilité à l’achat de logement, notamment pour ceux disposant d’un revenu limité.

Il faut aussi, par conséquent, améliorer le système financier dans son ensemble . En créant des niches pour les pensions privées, des assurances-santé commerciales et des rentes, la Chine pourrait compléter son fonds gouvernemental réservé à la couverture sociale et faire ainsi diminuer les arguments en faveur de l’épargne préventive.

De même, élargir la gamme de produits d’épargne déjà disponible ferait accroître le revenu disponible des ménages et stimulerait la consommation. Un système financier plus élaboré fournirait des possibilités de réserve de valeur autres que l’immobilier ; la propriété deviendrait alors plus accessible. Ces questions seront examinées à la loupe par le FMI et le gouvernement chinois tout au long de cette année dans le cadre du Programme d’évaluation du secteur financier en Chine.

Qui plus est, entretenir un secteur des services dynamique aura des répercussions positives constantes sur la consommation. Dans les années à venir, une économie des services à part entière sera l’un des composants essentiels de la hausse de l’emploi et de la baisse de la dépendance de la Chine sur la production industrielle.

Mais stimuler une croissance rapide des services est une entreprise ardue. Il faut pour cela abaisser les barrières à l’entrée, notamment celles imposées au marché des services dominé par les oligopoles gouvernementaux. Il faut supprimer l’écart entre les prix clés qui favorisent la production manufacturière à grands capitaux, en faisant augmenter le prix du terrain, de l’énergie, de l’eau et du capital. Modifier le régime fiscal aidera aussi. Pour le moment, l’industrie est la première source de recettes fiscales du gouvernement, notamment au niveau local. L’état n’a donc pas assez de marge pour encourager une économie des services.

En fin de compte, un yuan plus fort devrait faire partie intégrante des réformes visant à stimuler la consommation. Une devise plus forte aurait pour effet d’améliorer le revenu des foyers. Cela représenterait aussi un argument de choc pour les sociétés qui souhaitent s’étendre dans l’industrie des services, générant alors plus d’emploi et davantage de choix pour les consommateurs chinois.

Si la Chine parvient avec brio à stimuler sa consommation de manière durable, son développement entrera dans une nouvelle ère. Ere à laquelle la croissance économique se poursuivra à un rythme enlevé. L’emploi sera plus fort, la protection sociale meilleure, la demande en ressources naturelles moindre. Finalement, cette ère sera d’une bien meilleure qualité, fondement d’une croissance mondiale plus équilibrée.

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