![]() |
The Rules Of The Game by Lucian Bebchuk |
![]() |
War and Peace by Shlomo Ben-Ami |
![]() |
![]() |
Transatlantic Perspectives by Boskin, Sinn |
![]() |
Crossing Cultures by Ian Buruma |
![]() |
![]() |
![]() |
The Statesmen's Debate by Castaneda, Haass, Rocard |
![]() |
![]() |
Finance in the 21st Century by Davies, Shiller |
![]() |
Anatomy of the Global Economy by J. Bradford DeLong |
![]() |
Net World by Esther Dyson |
![]() |
The Next Financial Order by Barry Eichengreen |
![]() |
The Magic of the Market by Martin Feldstein |
![]() |
The Rebel Realist by Joschka Fischer |
![]() |
Capitalism Then and Now by Harold James |
![]() |
Global Warning by Bjorn Lomborg |
![]() |
European Observer by Dominique Moisi |
![]() |
Of Might and Right by Joseph S. Nye |
![]() |
History in Motion by Chris Patten |
![]() |
Roads to Prosperity by Dani Rodrik |
![]() |
The Unbound Economy by Kenneth Rogoff |
![]() |
After the Storm by Nouriel Roubini |
![]() |
Economics and Justice by Jeffrey D. Sachs |
![]() |
The Ethics of Life by Peter Singer |
![]() |
Against the Current by Robert Skidelsky |
![]() |
I Dissent: Unconventional Economic Wisdom by Joseph E. Stiglitz |
![]() |
Awakening India by Shashi Tharoor |
![]() |
The Next Wave by Naomi Wolf |
Lorsque les Alliés de l'OTAN se rassembleront à Istanbul, la majeure partie des discussions porteront sur les divisions entre l'Amérique et l'Europe sur l'Irak. Mais l'Europe n'est pas la seule à s'être éloignée des Etats-Unis gouvernés par le président George W. Bush. Le fiasco américain en Irak a entraîné de nombreuses conséquences imprévisibles, notamment un anti-américanisme grandissant en Amérique Latine, qui a rapidement produit des effets innombrables sur la politique de la région.
Le parallèle avec l'Europe ne s'arrête pas là. Avant l'Administration Bush, plusieurs présidents américains ont beaucoup travaillé pour remplacer la relation existant entre les Etats-Unis et l'Amérique Latine (états hégémoniques/états dominés) par la relation existant avec les alliés européens. Tout ceci est désormais sérieusement compromis, les événements ayant pris une tournure imprévue. La séparation totale d'avec les Etats-Unis en Amérique Latine portera non seulement préjudice aux relations hémisphériques, mais elle risque également de discréditer des idées plus larges qui sont étroitement associées aux Etats-Unis.
Un grand nombre de ces effets secondaires pernicieux commence déjà à être perçu. La première conséquence, qui est aussi la plus lourde, concerne le déclin du prestige des Etats-Unis et de l'Administration Bush, et le respect envers ce pays et cette Administration, dans l'opinion publique latino-américaine.
Ce n'était pas le cas au début du mandat de Bush. Au contraire, de nombreuses capitales au sud du Rio Grande attendaient beaucoup de l'équipe qui avait pris possession de la Maison Blanche en 2001. Après tout, au cours de ses neuf premiers mois au pouvoir, Bush a déclaré qu'il accorderait une attention toute particulière à l'hémisphère et ses actions semblaient confirmer ses dires. Il a visité le Mexique avant tous les autres pays, il a renouvelé le Statut de protection temporaire pour les immigrants d'Amérique Centrale, il a maintenu l'abandon, accordé par le président Bill Clinton, de certains restrictions commerciales sur les pays et les sociétés traitant avec Cuba et il a donné un nouvel élan aux négociations afin de créer une Zone de libre-échange des Amériques.
L'Irak a changé toute la donne. L'invasion, l'absence d'armes de destruction massive ou de liens entre Saddam Hussein et l'Al Qaeda, les photographies de victimes civiles irakiennes et les scènes qui se sont ensuivies de mauvais traitements humiliants ou de tortures de prisonniers et de détenus irakiens, ont tous contribué à l'effondrement massif, profond et probablement durable du soutien aux Etats-Unis dans la région. Cette chute de popularité peut se mesurer dans les sondages d'opinion publique, dans les éditoriaux des journaux, dans les résolutions de congrès, dans les déclarations de sommets et dans les manifestations de rue.
Le deuxième effet découle directement du premier. Au moins d'un point de vue rhétorique, les partis ou les chefs de gouvernements faisant montre d'un anti-américanisme marqué gagnent du terrain, du maire de la ville de Mexico Andrés Manuel López Obrador jusqu'au parti Frente Amplio en Uruguay, de Schafick Handal de l'ancien FMLN à El Salvador jusqu'à Evo Morales en Bolivie, sans mentionner des gouvernements tels que celui de Hugo Chávez au Venezuela et celui de Nestor Kirchner en Argentine. Ces forces anti-américaines ne sont pas toutes nécessairement de gauche ; elles critiquent toutefois les Etats-Unis avec véhémence. Selon toute vraisemblance, elles deviendront plus vocifératrices et injurieuses avant de s'adoucir car l'opinion publique semble récompenser les positions et les attitudes qu'elles ont adoptées.
Les amis de l'Amérique en Amérique Latine sentent la flamme de ce courroux anti-américain. Ils se trouvent forcés de changer leur propre rhétorique et leur propre attitude afin d'atténuer leur défense de politiques considérées comme proaméricaines ou inspirées par les Etats-Unis, et de renforcer leur résistance aux exigences et aux souhaits de Washington. Dans de nombreux cas, les exigences et les souhaits de l'Amérique sont contraires aux intérêts de l'Amérique Latine, et il importe de leur résister. Mais dans d'autres cas, l'opposition aux préférences de l'Amérique est façonnée par l'opinion publique et va contre les instincts des dirigeants qui sont plus avisés.
L'Administration Bush est seule responsable de cette situation. Elle aurait pu éviter une erreur monumentale, comme s'est révélée l'être la guerre en Irak, ou elle aurait pu accepter les Nations Unies à ses côtés dès le début de la guerre, en s'assurant que les actions militaires, et l'occupation et la reconstruction du pays qui se sont ensuivies, reçoivent un soutien multilatéral massif. Au pire, l'Administration Bush aurait pu agir seule, mais avec suffisamment de force, de compétence et de diligence (et avec le respect approprié et impératif des droits de l'homme et du droit international) pour que cette tâche soit accomplie rapidement.
Au lieu de cela, l'Administration Bush, pour des raisons qui sont de plus en plus incompréhensibles, a mené seule cette guerre. En outre, elle a suivi, pour ce faire, une stratégie de " fin de partie ", et avec une démonstration de force tellement " décevante " qu'elle a rendu le comportement scandaleux de la prison d'Abu Ghraib quasiment inévitable. Ce faisant, l'équipe de Bush a laissé les amis de l'Amérique en Amérique Latine, tout comme en Europe et ailleurs, dans une situation malheureuse : incapables et réticents, à juste titre, à soutenir la marche folle des Etats-Unis, et peu enclins, de manière compréhensible, à envenimer les relations hémisphériques en général avec le type de critique véhémente exigée par l'opinion publique locale.
Jorge Castañeda est un ancien ministre des Affaires étrangères du Mexique et il est actuellement candidat à la présidence du Mexique.
Copyright : Project Syndicate, juin 2004.
Traduit par Valérie Bellot